La rétrospective Depardieu s’ouvre sans lui et sur un Marco Ferreri de fin du monde

7 janvier 2016 Par Yaël | 0 commentaires

Ce mercredi 6 janvier 2016, la Cinémathèque française ouvrait son cycle « Depardieu » qui montrera 50 œuvres où joue le monstre sacré. L’acteur en tournage n’était pas là pour présenter le film Rêve de Singe de Marco Ferreri mais l’émotion était bien présente.

C’était en effet le dernier film que Serge Toubiana présentait en tant que directeur de la Cinémathèque après avoir installé ce lieu mythique à Bercy. Le président du lieu, Costa Gavras était très ému par cette dernière. Toubiana a parlé avec émotion de Gérard Depardieu, mettant en avant un de ses premiers grands rôles dans le Nathalie Granger de Marguerite Duras et évoquant, dans le Ferreri qui allait suivre comme dans dernier Guillaume Nicloux, Valley of love, l’authentique capacité de l’acteur de se mettre à nu. Il a parlé de « puissance irruptive » chez Depardieu et a fait rire l’assemblée en évoquant la galerie de « grands hommes » que l’acteur a incarnés, de Christophe Colomb à DSK en passant par Obélix.

Puis Toubiana a passé la main au nouveau directeur de la cinémathèque, Frédéric Bonnaud, avec émotion.

Datant de 1978, Rêve de Singe de Marco Ferreri se passe dans un Manhattan de fin de monde et entérine une certaine apocalypse de la virilité. Film onirique, sensuel et souvent sans suite, il met en scène un Depardieu sexy en diable qui se fait appeler Lafayette et travaille à la fois dans un théâtre indépendant où il parle mal des femmes et une des actrices (qui deviendra sa petite amie) le viole et dans un musée loufoque qui reproduit en cire périssable la fin de l’Empire Romain. Il a peu d’amis, dont le vieux et élégant Luigi (Mastroianni, éblouissant) et trois autres personnes âgées qu’il emmène volontiers à la mer. Un jour, ils découvrent un grand cadavre de King Kong et Lafayette finit par adopter le bébé de ce singe.

D’une liberté folle et en même temps travaillant la décadence d’une manière terriblement angoissante, Rêve de Singe est pavé de scène foudroyantes et cultes. Entre elles, on se perd avec joie dans les courbes et le visage d’un Depardieu déjà et toujours charismatique. Les larmes d’un Mastroianni vieillissant aussi bien que la réflexion crue sur la frontière entre l’homme et l’animal, sont autant de points qui touchent et font réfléchir. Un film aussi puissant qu’il est décousu pour ouvrir une rétrospective impossible : comme le disait Serge Toubiana en introduction, a filmographie de Depardieu est si riche qu’elle aurait pu avoir lieu « il y a dix ans, vingt ans ou trente ans ». On est très heureux de l’avoir commencée en voyant un film rare et fort.

visuels : affiche officielle + Costa/Toubiana/ Bonnaud (c) YH


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: