La cinémathèque fête le cinéma hongkongais

25 septembre 2017 Par
Guillaume Laguinier
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Le cinéma hongkongais est à l’honneur à la Cinémathèque avec une rétrospective de 20 films jusqu’au 11 octobre. L’occasion pour les amateurs de découvrir de nouveaux réalisateurs, ou de revoir leurs classiques. La réalisatrice de la Nouvelle Vague chinoise Ann Hui a fait l’honneur de sa présence à la Cinémathèque, où elle a présenté son dernier  film Our time will come.

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Chez TouteLaCulture, on a tendance à penser que le moindre prétexte est bon pour se rendre à la Cinémathèque. Avec ses beaux escaliers en marbre, ses affiches de grands classiques, son adorable personnel, l’endroit se suffit presque à lui même. Alors quand, en plus, l’institution préférée des cinéphiles organise une grande rétrospective pour fêter 20 ans de cinéma hongkongais, les amateurs de productions chinoises n’ont plus d’excuses !

20 ans de cinéma hongkongais

Ainsi, depuis le 20 septembre, soirée inaugurale qui a vu le lieu être honoré de la présence d’Ann Hui, figure de la Nouvelle Vague chinoise et jusqu’au 11 octobre, 20 films seront projetés. La réalisatrice présentait à l’occasion, et en avant-première européenne, son nouveau film Our Time Will Come. Parmi les autres créations programmées, de grands noms comme Wong Kar-Wai (The Grandmaster, In the mood for love), Cheang Pou-Soi (Love Battlefield)… côtoient des réalisateurs plus modestes dont il faudra, sans doute, retenir le nom.

Il faut dire qu’il semble loin, très loin, le temps où le cinéma asiatique était, pour nos yeux d’européens, cantonné aux simples films de kung-fu! Les productions chinoises cartonnent, à présent, au box-office. On repasse les œuvres d’Ozu et de Kurosawa dans les cinémas spécialisés lors de séances qui mènent, malgré leur discrétion,  à une sincère émulation. On s’échange des titres entres amateurs, on savoure cette gestion différentes des cadres, des nœuds dramatiques, du jeu d’acteur.

Ces réalisateurs, relativement nouveaux dans le cœur du public français, ont changé la manière dont on s’affronte, dont on s’aime, dont on observe la nature, la pluie, ou les tenues au cinéma. Ici, tout est comme chorégraphié. Dûment orchestré.

De l’art de raconter une histoire

La rétrospective s’est donc ouverte avec Our Time Will Come, le dernier long métrage d’Ann Hui. Le film, sorti en juillet en Chine, devrait arriver dans les salles européennes cette année. La réalisatrice met en images son ressenti sur une période peu connue de l’Histoire du pays: l’occupation d’Hongkong par les forces japonaises, et de là, la résistance qui s’organise. Le tout sur fond de triangle amoureux et de drames familiaux. N’en déplaise donc, à la spectatrice passionnée qui manifesta pendant la projection son mécontentement, dû au fait que le mandarin soit la langue principale du film alors qu’on parlait, disait-elle, cantonnais à Hongkong en ces temps, l’objet cinématographique n’a aucune volonté de fidélité historique. Il fait plutôt sien l’adage d’Alexandre Dumas qui répondait à ses détracteurs « On peut violer l’Histoire, à condition de lui faire un bel enfant. »

Dimanche, c’était au tour du maître absolu des cinéastes asiatiques contemporains, le maestro, monsieur Wong Kar-Wai d’être projeté avec The Grandmaster (2013). Le film est l’une des nombreuses œuvres cinématographiques à raconter la vie d’Ip Man, expert en arts martiaux respecté par tous et qui deviendra le maître de Bruce Lee. Sous la baguette de Wong Kar-Wai, l’histoire et l’Histoire, encore et toujours, se percutent. Car parler d’Ip Man c’est parler de tant d’autres choses: d’une Chine des traditions, de la guerre, d’un destin brisé mais magnifié, d’un peuple qui sublime les notions d’honneurs et de bienséances, des arts martiaux, évidemment, servi dans le film par les chorégraphies virtuoses de Yuen Woo-ping, d’amour, de gloire… etc Dans l’ouragan visuel s’ajoute la tradition, les décors sublimes qui donnent au moindre troquet des allures de palais impérial, le visage toujours aussi pur, toujours aussi dur, toujours empreint d’une beauté d’abîme de Zhang Ziyi (Mémoire d’une Geisha, Le secret des poignards volants…) qui joue l’un des personnages principaux.

Ces deux films sont à la fois tellement différents et si semblables. D’un même sérail. On connaissait du cinéma chinois ce souci des détails, des constructions de plans, de la poésie. Le scénario, on l’oublierait presque, est là aussi élevé au rang d’art; les destins des personnages s’entrecroisent au grès des aléas de l’Histoire: leurs passions peuvent condamner des nations, voir naître des héros, briser des serments ancestraux ou n’avoir pour seules incidences que celle de rendre beau le destin d’un protagoniste, et belle la soirée du spectateur.

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