Interview de Thomas Vinterberg, réalisateur de Festen et de Submarino

1 septembre 2010 Par
Coline Crance
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Après avoir été conquis par le film « Submarino », laboiteàsorties a eu la chance de pouvoir rencontrer l’excellent Thomas Vinterberg, connu du public français pour son renversant « Festen », lors d’une fin d’après-midi chez Mk2. Peuplé de symboliques, dressant un portrait très noir de la société, « Submarino » méritait bien quelques éclaircissements.  Le film sort en salle aujourd’hui (voir notre critique) et fait partie des surprises de la rentrée !


Submarino est un film très sombre qui montre un visage  assez monstrueux de la nature humaine. Peut -on dire que ce film est une « représentation » de l’enfer ? Ou dépeint-il une réalité?

C’est plutôt un tableau plutôt réaliste du coté obscur de Copenhague et du Danemark, et je suis sûr qu’il existe des côtés tout aussi obscurs à Paris. Ce n’est pas l’enfer, c’est la réalité, ou du moins une réalité. Une réalité certes pas très ensoleillée  mais qui se veut sans tabou.

La mort est-elle un moyen de transcendance dans le film ?

La mort dans l’histoire est là pour montrer qu’il s’agit d’une histoire de deuil et de paternité. Le film s’intéresse à ce qu’est la parenté, à ce que cela veut dire d’être responsable l’un pour l’autre. Le livre est centré sur ce message , une phrase du roman disait : «  on doit s’occuper les uns des autres, on doit se porter les uns les autres. »

La mort dans le livre agit selon un schéma bien précis et systématique. Quand on perd de vue celui que l’on chérit, il finit par mourir. Bien sûr ce n’est pas réaliste, dans la vie les gens ne meurent pas d’abandon et de solitude, enfin pas tellement…. Mais le film en tout cas, est un appel urgent et secret aux gens pour qu’ils s’occupent des uns et des autres.
La mort n’est pas une punition, je crois que c’est un rappel de cette nécessité de s’occuper les uns des autres, d’être solidaires dans les pires extrémités.

Quel est le rôle symbolique des lumières dans submarino?

Nous avons essayé de recréer le sensation d’être sous l’eau et de donner envie au spectateur de remonter à la surface et d’atteindre l’air. C’est pour ça que le film s’appelle « Submarino ». Cette imagerie grise, bleue et claustrophobique, était pensée pour oppresser les personnages. Puis tout en contraste, à la fin du film, dans l’église,une lumière pure, et  une blancheur s’installent et entourent les personnages. Face à la lumière grisâtre du film s’oppose celle de l’espoir. Quand on voit le père et le fils lors d’un dernier plan du film, ils sont inondés de lumière : j’ai voulu leur donner un peu d’espoir. Pour moi, le film est un voyage du fond de la mer à la surface, et c’est en pensant à cela que l’équipe du film a organisé la lumière.

Faut-il suivre la vision du monde des enfants pour comprendre le film?

En fait, être parent, la paternité, fait déjà partie de la vie des enfants : puisque qu’au début du film deux petits garçons ont adopté un bébé, la question est « qui est l’adulte? », « qui est responsable?  » « qui s’occupe de qui? », les enfants s’occupent-ils de leur mère, ou est-ce le contraire? Je crois que c’est tout le thème du film : s’occuper les uns des autres. Nick est un personnage noir, arrogant, brutal et violent, mais en même temps, il essaie d’aider tout le monde, il tente de devenir un père pour tout le monde, il voudrait se rattraper et agit par culpabilité d’avoir perdu son petit frère au début du film.

Le film sort en salle aujourd’hui , mercredi 1er septembre. Avec ce film , Thomas Vinterberg , réalisateur de Festen, revient à son plus haut niveau.