[Interview] Rencontre avec Clémence Demesme à la naissance de l’Américaine

2 août 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Clémence Demesme est cinéaste, photographe et metteuse en scène. Celle qui nous avait enchantés avec la direction artistique de la performance déambulatoire Tout Contre, mise en scène par Sébastien Bonnabel, revient avec un nouveau projet de film dont Toute La Culture va suivre la création. Volet 1 : rencontre au bar du Festival d’Avignon, une nuit, après une lecture dans un jardin, un 13 juillet.

Clémence Demesme, on s’était déjà rencontrées pour votre film La chair et les volcans, je crois que vous avez un nouveau projet, est-ce-que vous pouvez me raconter de quoi il s’agit ?

J’ai réalisé la La chair et les volcans, il y a deux ans. Le film est sorti l’année dernière. Maintenant, il fait sa vie en festival, il est en ce moment à la Muestra Internacional de Cine con Perspectiva de Género (MICGénero). Parallèlement, depuis déjà quatre ans, est née l’idée d’une histoire, cette fois-ci de long métrage, que j’ai écrit et retravaillé. Et là, sur l’invitation de la maison d’édition « Diable Vauvert » et l’association « Les Avocats du Diable », j’ai pu faire une résidence en Camargue. J’ai pu finir une première mouture de mon histoire, de mon projet, de scénario pour L’Américaine.

Vous en êtes où du projet, est-ce-qu’il y a déjà eu des lectures ? Vous en êtes juste à l’étape d’écriture ?

Je suis toujours dans l’écriture, plus que jamais. J’ai encore beaucoup de travail devant moi. Mais là, à cette étape, j’ai donné deux soirs de lecture, en collaboration avec Sébastien Bonnabel et la « Compagnie du Libre Acteur », du scénario de L’Américaine à Avignon.

Pourquoi à Avignon ? Le cinéma et Avignon ne font pas forcément bon ménage…

Oui, c’est vrai. Alors déjà, je suis Avignonnaise. J’ai toujours beaucoup fait de théâtre et je pense que c’est le théâtre qui m’a amenée au cinéma. J’avais l’amour de l’image, l’amour du théâtre, du verbe incarné et pour moi, naturellement, la jonction entre les deux, c’était le septième art.
À Avignon, j’avais la possibilité de faire ce projet dans un lieu qui correspondait à l’histoire qui se passe en Provence dans les années 80, la plupart du temps dans des jardins. Donc l’idée de faire une lecture dans des décors qui pouvaient être similaires à l’histoire, en été, en Provence, avait du sens.
Et surtout, au sein de la compagnie avec laquelle j’ai collaboré, certains des comédiens jouaient pendant le festival d’Avignon. Ils étaient donc disponibles entre leurs spectacles, leurs tractages et leurs autres activités pour venir m’accompagner dans cette lecture.

Est-ce-que la lecture vous a donné des idées de réalisation ?

Oui, complètement. Quand on a travaillé avec les comédiens de la compagnie, chacun avait un personnage. On avait, en tout, sept acteurs (Marie Hennerez, Marie Combeau, Pauline Cassan, Jean Francois Cesarini, Philippe de Monts, Kevin Rouxel et Philippe Blondelle), donc, quasiment, un comédien pour chaque rôle principal. En faisant les lectures des dialogues, je pouvais voir ce qui fonctionnait ou non. On a pu préciser des choses. Puis des fois, les comédiens, en se trompant ou en faisant de vraies propositions, ont fait des trouvailles que je vais garder.

Vous avez déjà en tête la façon dont vous voulez filmer ? Vous filmez de façon assez onirique, poétique, ça va être comme ça ou vous avez envie de quelque chose d’assez réaliste ?

Non, je pense que ça sera assez onirique. J’ai envie de quelque chose de très planant. Il y a deux films auxquels je pense beaucoup dans l’écriture : The tree of life de Terrence Malick et L’homme de sa vie de Zabou Breitman qui sont deux films très différents mais qui ont quelques chose de très solaire, de très mélancolique et en même temps une sensation un peu toxique. J’écris L’Américaine dans cette idée là. Par exemple, le soir de la lecture, ProductAir, une des start-up de la French Tech est venue voir le projet. Ce sont des personnes qui réalisent des captations en drone dans la région. J’aimerai énormément collaborer avec eux pour une partie des plans tournés. Avoir des images de Provence, d’immersion dans la nature, quelque chose d’assez volant et aérien. Quand je pense à L’Américaine, je vois des tourbillons, de l’émotion. On sent le vent. On est dans les branches. On pénètre dans le cœur des gens comme dans la nature.

Quelle est la prochaine étape de travail pour vous ?

L’idée de la lecture, c’était d’inviter des personnes parce que j’aimais leur point de vue. Soit c’étaient des amis, soit des gens dont j’aimais le travail ou dont j’avais entendu parler, et leur point de vue m’intéressait. J’ai incité les personnes à me faire des retours, que ce soit le soir même ou après par mail et d’être tout à fait transparent par rapport à ce qu’ils avaient ressenti vis-à-vis du projet et de l’histoire. J’espère déjà que cette lecture m’apportera des retours qui vont faire grandir et évoluer le projet.
Maintenant, je pense que je vais laisser décanter quelques semaines. L’année dernière, je n’ai pas eu la chance de passer l’été en Provence. Ça m’a beaucoup manquée puisque j’étais en Australie et c’était l’hiver. Mais ce mois d’août, j’ai vraiment envie de le passer ici, d’être proche de ma région, de me nourrir de mon quotidien, de la nature, de ce que j’entends à la terrasse d’un café, de n’importe quoi pour nourrir mon écriture en immersion ici.
Sans doute que fin août, je reviendrais en résidence d’écriture à Vauvert. Après ça, j’espère finir une première version de scénario fin septembre, commencer à démarcher des producteurs et peut être que j’en trouverai un assez fou pour me suivre dans ce projet. En tout cas, je l’espère.

 

Retranscription : Antoine Roynier

Visuel : © Clemence Demesme


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