Festival Un état du monde: « j’espère que ça ne sera pas trop dur pour vous »

25 novembre 2017 Par
Sarah Reiffers
| 0 commentaires

Danielle Arbid et Marcela Saïd, toutes deux invitées de cette 9ème édition du festival Un état du monde au Forum des images, ont eu le même mot pour présenter leur film, Dans les champs de bataille (2004, Liban) et Mariana (2017, Chili) respectivement. « Un film dur », ont-elles prévenu. Ce qui en dit long sur, justement, l’état du monde. Zoom sur deux regards féminins portés sur des pays marqués par la guerre ou la dictature.

Dans les champs de bataille (2004), de Danielle Arbid

Pour son premier long métrage, la cinéaste franco-libanaise Danielle Arbid concentre sa caméra sur le visage de l’épatante Marianne Feghali qui interprète Lina, jeune fille de 12 ans vivant avec sa famille dans le Beyrouth de 1983. Entre deux bombardements Lina observe, écoute, essaye vainement de comprendre le monde des adultes qui l’entoure, et passe son temps avec la bonne de sa tante Siham, jeune femme de 6 ans son aînée qui l’initie à la sexualité. Danielle Arbid filme à hauteur d’enfant, s’attarde sur les hanches, les ventres – et toujours revient vers les fenêtres à barreaux, les portes entrouvertes, les grillages et barrières devant lesquels elle montre ses personnages et Beyrouth. Dans un tel monde même l’amour se transforme en prison pour l’autre. Et pourtant Dans les champs de bataille transpire continuellement un désir de liberté, de connaissance et de sensualité. Dans un Beyrouth où la mort guette à chaque coin de rue, où tout un chacun est une boule de tension et de violence ne demandant qu’une étincelle pour exploser, est-il possible, encore, de s’éveiller, de grandir et de s’épanouir? Pour rire et aimer sous les bombes, tout simplement.

Mariana (2017), de Marcela Saïd

Dans le Chili d’après la dictature, Mariana, la quarantaine, bourgeoise, désinvolte, tente de vivre aussi librement qu’un homme, mais retombe dans la servitude qu’elle s’impose elle-même à travers, notamment, la maternité et l’obéissance aux ordres. Ironiquement, elle s’entoure de chiens et de chevaux, animaux symbolisant la liberté domestiquée. Avec Mariana, Marcela Saïd pose un regard accusateur sur la responsabilité civile durant la dictature de Pinochet. Rien, dans son film, n’est ni noir ni blanc: la réalisatrice y privilégie l’ambiguïté, la grisaille, pour montrer que personne n’est jamais véritablement entièrement bon, ni entièrement mauvais. Elle nous met face à face avec des personnages qu’il est impossible d’aimer, une héroïne qui fait le mauvais choix, des anciens colonels collabos, un mari macho, pour renverser les codes du genre et pointer le doigt sur le non-dit: les civils ont eux aussi leur part de responsabilité dans l’oppression et la répression. Une voix déterminée qui a beaucoup de choses à dire, et à qui l’on souhaite un futur aussi bruyant et ample que possible.