Festival du Film Israélien, Soir 2 : Balle à Blanc & La grammaire intérieure

25 mars 2011 Par
La Rédaction
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Pour ce deuxième soir au Cinéma des Cinéastes, le festival du Film Israélien nous avait programmé deux films extrêmement différents : d’abord Balle à blanc de Haim Bouzaglo un docu-fiction sur la tentative d’assassinat d’Ariel Sharon. Puis le bouleversant « La Grammaire intérieure » de Nir Bergman, d’après le livre de David Grossman (Seuil, 1999).

 

 

2004 : Le premier ministre Ariel Sharon vient d’annoncer  son intention de retirer ses troupes de la bande de Gaza. Il a reçu plusieurs menaces de mort. Mais le premier ministre veut absolument assurer son discours pour le jour de l’Holocauste. Amos Snir, chef de la sécurité israélienne, a 60 heures pour éviter le prochain assassinat politique …

Haim Bouzaglo mêlant les images d’archives et la fiction réalise un film efficace. Grâce à « cette traque aux suspects » , il offre une rapide synthèse de la politique israélienne et des désaccords nourris au sein de la population.  Les choix politiques divisent familles, amis ; les drames personnels y étant souvent mêlés. Les quatre suspects potentiels sont suivis pas à pas dans leur détermination. Toutefois, le danger de la docu-fiction est que l’un annihile l’autre. Parfois trop distant , l’oeil de Haim Bouzaglo hésite entre un regard d’expert et purement pragmatique à travers le personnage d’Amos Snir et un véritable portrait fouillé du drame et de la passion meurtrière des principaux suspects. L’intrigue perd en crédibilité, laissant échapper quelques sourires au spectateur face à des personnages bien trop convenus , telle que la jolie blonde criminologue sortie tout droit d’une série américaine ou d’un chef de la sécurité qui n’ pas le temps de s’occuper de sa famille etc ..

Dans Balle à Blanc on ne s’ennuie pas , mais le spectateur aurait aimé qu’Haim Bouzaglo dépasse le simple film d’action pour livrer un réel drame psychologique et un vrai regard de cinéaste sur la situation politique de 2004.

Balle à Blanc d’Haim Bouzaglo, film israélien de 2010 avec Amos Lavi, Reymonde Amssallem, Eyal Aharonovitch, Eyal Schecter, George Iskander, Sharon Zelikovski, Arie Tcherner, Shmulik Shilo, Michael Koresh, Fira Kanter. durée : 1h33

Balle à Blanc passe à nouveau au Cinéma des cinéastes le samedi 26 mars à 22h et le lundi 28 mars à 20h.

 

Adapté du livre de David Grossman, « La Grammaire intérieure » se penche sur le quotidien d’un petit garçon hyper-sensible et trop intelligent dans une famille modeste du Jérusalem des années 1960. Aharon (Roee Elsberg) n’arrive plus à grandir entre 10 et 13 ans. La différence entre son esprit vif et agile avec les mots et son corps grossit jusqu’à lui rendre la vie insupportable. Sa mère, insupportable castratrice pleine d’amour (fantastique Orly Silbersatz) et son père, homme simple et survivant des camps (Yehuda Almagor) ne peuvent pas l’aider car ils ne le comprennent pas. Seule sa sœur, la vivante Yochi (Yael Sgerski) et son meilleur ami de toujours, Gidon (Eden Luttenberg) parviennent à le sortir de son questionnement sans fin sur le monde. Eux et la mélancolique voisine, Madame Blum (Evelyn Kaplun), qui joue du piano et à qui Aharon emprunte des livres en son absence… Un jour Gidon et Aharon tombent amoureux de la même gracieuse jeune-fille, Yaeli. Frères de sang, ils signent un pacte de ne jamais la voir l’un sans l’autre. Mais le corps et la différence de Gidon lui jouent des tours en l’empêchant d’entrer dans les mouvements de jeunesse inévitables de l’époque, tandis que sa belle s’intéresse de plus en plus à Gidon, car à 13 ans ce dernier ressemble vraiment à un homme…

Fresque à la fois poétique et pudique sur l’enfermement d’un adolescent, « la Grammaire intérieure » multiplie les points de vue pour dresser un contraste : d’un côté, un entourage bruissant de vie, de violence et d’amour, de l’autre un enfant qui, comme le petit Oscar du Tambour de Günter Grass, refuse de grandir et s’enferme dans ses propres mots. Ces mots viennent pallier des incompréhensions profondes, dans un monde encore en construction et où l’on ne demande jamais « pourquoi? », dans un pays de non-dits, où les jeunes doivent être forts, bien nourris, travailleurs et où le malaise psychologique est un luxe que personne ne peut vraiment se permettre. Chacun des personnage du film, de la grand-mère folle, au père mutique, en passant par la mère hystérique, est une parcelle de ce monde qu’Aharon fuit pour trouver des mots à l’intérieur de lui-même. Les dialogues du films rendent bien les jeux d’enfant triste de Aharon. Nir Bergman, qui nous avait déjà beaucoup émus avec « Broken Wings » (2002), bouleverse son public en trouvant le ton juste pour dépeindre la ferme volonté adolescente de dire « non » au compromis et au train de vie gris du monde. Chacun et chacune y retrouveront un peu de leurs treize ans, même s’ils ont pu être plus heureux que ceux d’Aharon.

« La Grammaire intérieure », de Nir Bergman, avec Orly Silbersatz, Yehuda Almagor, Roee Elsberg, Eden Luttenberg, Evelyn Kaplun, Yael Sgerski Israël, 1h44.

« La Grammaire intérieure » passe à nouveau au Cinéma des cinéastes vendredi 25 mars à 18h. A ne pas manquer.

 

Coline Crance et Yaël Hirsch

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