[Festival Cinéma Brésilien] « Looking for Rio » Eric Cantona en plein coeur du foot brésilien

2 avril 2014 Par
Olivia Leboyer
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A soixante-douze jours du coup d’envoi du Mondial, Rio attire naturellement tous les regards. Loin du sensationnalisme, Eric Cantona déambule dans la ville pour en saisir le pouls, les vibrations. Produit par les frères Cantona, un beau documentaire sur la passion du foot, comme art de vivre.

Ouvrir le Festival de Cinéma Brésilien en présence d’Eric Cantona, c’est évidemment impressionnant. En compagnie de ses deux frères, Eric nous a parlé de son attachement viscéral pour la ville de Rio, coeur du football. Très vivant, ce Looking for Rio (référence au merveilleux Looking for Eric de Ken Loach) va à la rencontre des habitants de la ville, connus ou non. Eric Cantona discute librement avec Romario, avec des supporteurs dans un café, avec des historiens, des artistes comme Tunga : attentif, à l’écoute, il cherche à capter un état d’esprit, une âme. Le foot, ici, c’est une véritable religion, une ferveur quasiment originelle. A Rio, quatre clubs mythiques galvanisent les foules : Fluminense, club plutôt élitiste et chic (au départ, c’était le nom d’un club d’aviron), Flamengo, club bouillonnant de vie, Vasco de Gama, le premier club à s’être ouvert aux joueurs Noirs, et Botafogo, club surprenant avec ses supporteurs souvent pessimistes. Avec sa belle voix profonde, Cantona nous conte la légende de ces quatres clubs qui ont chacun, à un moment, inspiré et bouleversé la ville. Le classico Fla-Flu est ainsi devenu un événement incontournable, où l’on retient son souffle.

Pour les habitants, le foot n’est pas seulement un sport, mais la métaphore de tout ce qui importe dans une vie. Le foot est un art qui révèle énormément de choses. Improvisation, passion, surprise, revers et coups de chance ou de génie ont marqué profondément les mémoires. Cinq titres de champion du monde, une défaite histoire en 1950 contre l’Uruguay qui a provoqué le bannissement du gardien Barbosa (le choc de Maracana), la beauté des gestes de Pelé et la folie enthousiasmante de Garrincha, autant d’images indélébiles.

Eric Cantona ne se contente pas de dérouler la légende dorée, soucieux également de gratter sous la surface : ainsi, il revient sur le racisme rampant de la société brésilienne (le Fluminense avait obligé un joueur noir à se badigeonner de poudre de riz ; le Vasco a marqué l’Histoire avec une lettre s’opposant fermement à toute discrimination), sur les inégalités très fortes au sein de la population (le prix des places de Stade ne cesse d’augmenter, excluant ainsi les couches les plus pauvres), sur l’infrastructure énorme déployée pour le Mondial là où d’autres priorités sociales devraient préoccuper un gouvernement corrompu (comme le souligne Romario, aujourd’hui député). Cantona nous rappelle que le foot est avant tout un combat pour la vie, pour l’espoir : de beaux plans de matchs dans les favelas montrent que le talent peut évidemment se révéler partout. Emu, Cantona contemple le stade foulé par le tout jeune Ronaldo, génie parti dans les clubs européens. A l’exception de Fred, les joueurs brésiliens les plus doués cèdent aujourd’hui aux sirènes de l’Europe. Mais Eric Cantona rappelle aussi que l’impulsion, l’urgence, la passion sont l’élément déterminant.

Rio vit au rythme du football depuis toujours : au regard de cette histoire, l’organisation d’une Coupe du Monde, avec ses dérives mercantiles, semble un peu anecdotique. Le foot coule dans les veines des habitants de Rio : souhaitons au Brésil un beau Mondial 2014, avec la Victoire !

Looking for Rio, documentaire d’Emmanuel Besnard et Gilles Perez, avec la collaboration d’Eric Cantona et de Gilles Rof, 60 minutes, Canto Bros Productions, Diffusion Canal + et Canal Horizon.

visuels: photo ©Romain Staros Staropoli