El Silencio es un Cuerpo que cae, l’intimité au coeur des souvenirs – Cinelatino

19 mars 2018 Par
Lili Nyssen
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En compétition au Cinelatino à Toulouse dans la catégorie Documentaire, le documentaire Es Silencio es un Cuerpo que Cae de la réalisatrice argentine Agustina Comedi est une plongée vertigineuse au sein des souvenirs et des secrets, alternant de joyeuses images d’archives et des témoignages, à la recherche de la vérité. 

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« Le silence est un corps qui tombe ». Le silence pèse comme un corps inconscient, dont les membres pendent dans le vide. Agustina Comedi, réalisatrice de ce documentaire argentin, nous plonge dans les tréfonds de son histoire familiale, qu’elle explore à travers les quelques 100 heures de rushes enregistrées par son père, qui passait son temps le camescope au poing, à éternaliser des instants familiaux et des souvenirs entre amis. Ce père, Jaime, emporté par un accident à l’âge de 53 ans alors qu’Agustina n’en avait que 12, se meut dans l’espace, derrière la caméra, entre l’amour et les secrets. Le film est la volonté de la réalisatrice de percer ces secrets, de les comprendre, de se démener entre les deux vies de son père, l’une dont elle a fait partie, l’autre de laquelle la petite fille était exclue. Car ce papa, avant de se marier et de fonder une famille, vivait sa sexualité et ses idées politiques au sein de la communauté homosexuelle, et avait partagé sa vie avec plusieurs hommes. Ce passé est englobé de silence au sein de la famille. La petite fille naît et grandit et évolue au coeur du silence, va à Disneyland, apprend le violon, chante à table, joue avec ses amies, va au zoo, filmée par son héros, son papa, toujours derrière la caméra. Et lorsqu’elle a douze ans, Jaime meurt d’un accident de cheval. Avec les années, allusions et silence font ressortir le passé de Jaime au grand jour, et la petite fille devenue grande se lance à sa recherche. Alors, le documentaire oscille entre les images du camescope et les témoignages. Agustina se lance à la poursuite des souvenirs, qu’elle recense auprès des anciens amis de son père, ces fantômes inconnus qui, devant la caméra, donnent du sens aux interrogations de la réalisatrice. Elle, malgré ses 30 ans, porte sur ce monde le regard d’une petite fille qui questionne tout autour d’elle. Elle pénètre l’intimité d’un mort, au beau milieu d’un contexte historique où l’homosexualité était combattue par des électrochocs et attaquée par le SIDA.

Le documentaire est un coffre fort, renfermant la beauté de la découverte, la préciosité des souvenirs et la rareté de la délicatesse du silence percé.

Projeté le 19 mars au cinéma ABC à 13h40, Toulouse

Visuel : visuel presse, ©Agustina Comedi, Es silencio es un cuerpo que cae