[Sortie DVD] « Mandico in the box » laissez les rêves troubles de Bertrand Mandico vous imprégner

10 janvier 2017 Par
Olivia Leboyer
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De Bertrand Mandico, nous avions aimé Hormona (voir notre critique), plongée dans des fantasmes sexuels étranges et visqueux. Cet hiver, une anthologie de son travail vient de sortir en DVD : achetez-la, vous découvrirez 15 films, moyens ou courts métrages, d’une vraie puissance d’évocation.

Bertrand Mandico travaille les matières, ce qui nous relie à la nature et aux êtres, créatures humaines ou autres. Les films regroupés sur ces 2 DVD (1998-2012) se ressemblent, par les obsessions tenaces, mais diffèrent sensiblement dans la forme : en noir et blanc ou en couleur, de durées variables, plus ou moins elliptiques, les expérimentations prennent des teintes plus ou moins violentes, plus ou moins explicites, toujours étonnantes. Car Mandico capte des fulgurances, des visions hallucinées, comme des eaux-fortes : ainsi, dans Boro in the box (très remarqué à la Quinzaine des réalisateurs cannoise), moyen-métrage décliné en abécédaire (L = Lanterna magica, M = Mort, O = Obscène, etc.), le spectateur suit l’itinéraire d’un futur cinéaste polonais, né en bébé-boîte : « Toute ma vie, j’ai vécu dans une boîte trouée ». Métaphore amusante du créateur, à distance du monde, enfermé dans ses obsessions malsaines, la boîte évolue dans un monde vaporeux, qui lui échappe (« Il fallait se rendre à l’évidence, je n’étais pas ce qu’on appelle un bébé rond et joufflu »). Difforme, monstrueuse, la boîte peut néanmoins guetter les oiseaux-femmes nues et, parfois, s’accoupler avec « ces êtres doux, compréhensifs et pleins d’orifices ». Voyeur, un peu triste, le cinéaste-boîte s’amuse des défauts que la critique va immanquablement trouver à ses films biscornus (prétention, vanité, obsessions, pornographie, accent polonais, vulgarité). Mais, à coup sûr, on y trouvera surtout une sensibilité vive, une pureté mélangée de tout un tas d’autres choses, nommables ou non.

Les autres films sont tout aussi singliers. Les incursions dans l’imaginaire sexuel, peuplé de monstres et de matières mélangées, frappent. Un sexe de femme est doté d’une paire d’ailes bleutées. Dans S…Sa…Salam…Salammbô, c’est un corps de vieille femme, nu et décrépi, qui est scruté, tandis que la belle Elina Löwenshon (bouleversante, récemment, dans Suite armoricaine de Pascale Breton) souffle une haleine bleue sur ces images tristes. Muse de Bertrand Mandico, Elina Löwensohn imprègne de sa présence mystérieuse plusieurs de ces films : « Ma muse ? Par pudeur, je ne dirai rien sur elle », glisse le cinéaste dans Boro. Dans Burlesque et froid, la vision se fait brève, tranchante, et tend vers l’absurde. Comme ces poussins qui picorent une table après le départ des convives dans Il dit qu’il est mort. Et dans le beau Odile dans la vallée, Odile nous intime à froid, dans une lumière blanche : « Ne regardez pas mon manque de solitude ».

Regardez, au contraire, cette solitude étrange, déformée de rêves troubles, toujours à la lisière du fantastique. Le sexe est intimement lié à la nature, à la terre. Un livret accompagne les DVD : de très beaux textes (notamment de Pacôme Thiellement, dont nous avions beaucoup aimé le recueil de textes Pop Yoga, chez Sonatine).

Mandico in the box, de Bertrand Mandico, France, Malavida, 2016, couleur et N&B, édition limitée de 2 DVD couvrant plus de 10 ans de création singulière, livret de 16 pages (textes inédits de Pacôme Thiellement, Yann Gonzalez, Elina Löwensohn, Hal Hartley).

visuels: photo officielle (Boro in the box), affiche officielle du coffret.


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