« L’Esprit de Caïn »: sortie vidéo du « grand film malade » de Brian De Palma

26 mars 2017 Par
Gregory Marouze
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Toute la Culture revient sur L’Esprit de Caïn, « grand film malade » de Brian De Palma, qui paraît en DVD et Blu-Ray. Alors que Arte rend actuellement hommage au cinéaste de Carrie, Phantom of the Paradise, L’Impasse, Scarface, Body Double et de tant d’autres classiques avec la rediffusion de certains de ses films et un documentaire évènement, Toute La Culture s’est dit qu’il serait judicieux de reparler d’un film déconcertant, qui n’est pas le plus célébré – loin de là – de son auteur… D’autant que Split, de M. Night Shyamalan, à l’affiche depuis le 22 février dernier, présente des similitudes troublantes avec L’Esprit de Caïn, sorti il y a 25 ans.

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Lorsqu’il réalise L’Esprit de Caïn (Raising Cain) en 1992, Brian De Palma, ne va pas bien. Il vient d’essuyer un cuisant revers critique et public avec l’adaptation du best-seller de Tom Wolfe, Le Bucher des Vanités. Aujourd’hui encore, De Palma est très attaché à ce film produit par la Warner, et dont le casting est une pure folie (Tom Hanks, Bruce Willis, Melanie Griffith, Morgan Freeman, Kim Cattral, F. Murray Abraham, …).

A l’époque tout le monde déteste Le Bûcher des Vanités. Les Etats-Unis ne comprennent pas le film et encore moins l’humour de De Palma. On lui en veut d’avoir adapté le livre culte de Tom Wolfe.

De Palma cherche alors à se refaire en écrivant seul le script d’un thriller dont il a le secret. Le film sera produit pour un budget modeste par la femme de De Palma de l’époque (la productrice Gale Ann Hurd, ex-Madame James Cameron) et tourné près du lieu d’habitation du couple.

Ce qui frappe aujourd’hui lorsqu’on revoit L’Esprit de Caïn, c’est la proximité que Split, sorti il y a quelques semaines entretient avec le film de De Palma. On y retrouve un tueur aux personnalités multiples (27 dans le film de De Palma, 23 dans celui de Shyamalan). On y découvre aussi un acteur, John Lithgow, multipliant les performances de jeu, jouant à l’écran les différentes personnalités du tueur. Tout comme le fait James McAvoy dans Split. D’autres similitudes frappantes sont au cœur des deux films. Nous ne les spoilerons pas…

Si on doit se concentrer exclusivement sur L’Esprit de Caïn, on peut considérer le film comme étant passionnant. L’Esprit de Caïn est vu par les fans du cinéaste comme l’un de ses meilleurs longs-métrages ou comme l’un de ses plus ratés, Toute La Culture considère qu’il s’agit d’une œuvre passionnante, même s’il s’agit – selon l’expression consacré de François Truffaut – : d’un « grand film malade ».

Avec L’Esprit de Caïn, De Palma tente de revenir aux thrillers psychanalytiques qui ont fait sa renommée dans les seventies : Soeurs de Sang, Pulsions, Obsession, …

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Il convoque de nouveau Pino Donaggio son compositeur attitré de cette époque (quand De Palma ne travaillait pas avec Bernard Herrmann le musicien indissociable de son maître: Alfred Hitchcock).

L’Esprit de Caïn est un « grand film malade » car, si rien n’y fonctionne vraiment, le film ne cesse d’interroger et fasciner : John Lithgow – pour lequel De Palma a spécialement écrit le film, qui était au casting de Obsession et Blow Out – semble en roue libre. Il en fait des tonne, montre des yeux exorbités, s’agite dans tous les sens, en rajoute dans le drame ou la comédie pour faire croire à sa folie, aux personnalités multiples de son personnage Carter Nix.

Lithgow n’est pas vraiment aidé par le scénario inutilement tarabiscoté de De Palma. Il vaut mieux éviter de se déconcentrer lors de la vision du film si on veut goûter et comprendre toutes les subtilités, tours de force de la construction narrative. D’une certaine façon, De Palma expérimente, tente d’imposer un script qui retrouve la complexité des grands films noirs américains.

Paradoxalement L’Esprit de Caïn a été un gros succès financier pour Brian De Palma (il le révèle dans le livre d’entretiens épatants – hélas épuisé – que Laurent Vachaud et Samuel Blumenfeld ont fait avec le cinéaste) alors qu’il est loin d’être un grand succès lors de sa sortie salles.

Si De Palma fascine toujours dans L’Esprit de Caïn pour sa mise en scène, l’outrance de son cinéma, sa capacité à jongler avec la vulgarité, on se demande tout de même où il veut bien en venir.

La séquence finale (exercice de style un peu vain), entièrement tournée au ralenti fait plus sourire que frissonner. A plusieurs reprises, on se demande si nous sommes en prise avec un film sérieux, une comédie ou une parodie d’un long-métrage de De Palma, parodié par De Palma lui-même.

il est intéressant de revoir L’Esprit de Caïn aujourd’hui en Blu-Ray et DVD, quand on l’a découvert lors de sa sortie en France le 30 septembre 1992 . Et il d’autant plus intéressant de le visionner, si on le n’a jamais vu.

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Et comme le cinéaste a signé dans les années qui suivirent d’autres thrillers psychanalytiques bien moins intéressants (l’affreux Femme Fatale, le nanardesque Passion, remake ridicule à l’esthétique proche d’un épisode de Derrick, du Crime d’Amour de Alain Corneau), on n’a aucune honte à éprouver du plaisir à la vision de L’Esprit de Caïn.

A plusieurs reprises, lors de la séquence finale déjà évoquée notamment, De Palma fait du De Palma qui serait revisité par Dario Argento. Si le réalisateur du futur premier Mission : Impossible ne pousse pas le baroque aussi loin que le cinéaste italien de Suspiria, il ne se défend tout de même pas mal. L’Esprit de Caïn est un film précieux car il semble quasi impossible à produire de nos jours.

Voilà un film qui ne s’embarrasse pas de clichés, pour mieux les retourner et s’en amuser. Voilà un film qui n’a pas peur du ridicule et le revendique. Voilà un film qui frôle le bis voire le Z, mais propose un véritable objet cinématographique, tant du point de vue de son écriture iconoclaste, que de sa mise en scène savante.

Et si L’Esprit de Caïn était un film de Brian De Palma à réhabiliter d’urgence ?

Grégory Marouzé

Synopsis : Le docteur Carter Nix est un pédopsychiatre réputé qui décide d’abandonner sa carrière pour mieux pouvoir élever la fille qu’il a eu avec Jenny, elle-même médecin. Cette dernière se montre concernée par l’obsession grandissante que son mari porte à l’éducation de leur enfant, jusqu’à commencer à douter de la santé mentale de l’homme qu’elle a épousé et qu’elle croit connaitre.

L’Esprit de Caïn de Brian De Palma

Interdit aux moins de 12 ans

Blu-ray version cinéma :
Présentation du film par Stephane Du Mesnildot (20′)
Bande-annonce originale
Galerie photos

Blu-ray Director’s Cut :
« L’Esprit de Caïn, le remontage » : un essai vidéo de Peet Gelderblom (13′)
« Le changement de Caïn » : la restauration (3′)
Galerie photos

– le Blu-ray du film en version cinéma restaurée (1992)
– le Blu-ray du film en version Director’s Cut montée par Peet Gelderblom et validée par Brian De Palma (2016)
– le DVD du film
– un livret collector écrit par Stephane Du Mesnildot, rédacteur aux Cahiers du Cinéma (20 pages)
– jaquette réversible avec affiche originale au dos

Prix généralement constaté: 19,99€

Visuels: © Elephant Films  © Sony Pictures

Arte +7: Obsession de Brian De Palma

Arte+7: De Palma documentaire de Noah Baumbach et Jake Paltrow