DVD : La politique enchantée, par Serge Moati

14 octobre 2008 Par marie | 0 commentaires

mati, tous en scène 

Rien de plus ennuyeux qu’une campagne électorale en France : de scrutins en scrutins, ce sont les mêmes figures, les mêmes partis, les mêmes journalistes ; un amas de chiffres, de clips et d’affiches… Comédien, le journaliste Serge Moati recolore ses gris souvenirs : depuis les années 80, il trimbale sa caméra de QG en meetings, d’isoloirs en comptoirs, et réalise des documentaires à regarder comme une série télé, en boulimique, et à estimer comme un cours de communication politique.

1988, 1995, 2001, 2002, 2007… 5 DVD pour 5 campagnes, par ceux qui les ont vécu en militants, proches conseillers, analystes politique ou citoyens, tout simplement.

 

 

Quitte à regarder une série, autant commencer par le premier épisode : « …10 ans après, 1981-1988, les années Mitterand ». 1981, après 23 ans dans l’opposition, la gauche arrive au pouvoir. Le soir du 2e tour, un orage éclate sur Paris, comme si les prophéties des militants UDF et RPR s’illustraient dans le ciel : « Les communistes c’est le chaos » s’effrayent-ils, tandis que de son côté, la crainte de Lionel Jospin, Premier secrétaire du PS depuis janvier 1981 est « de ne pas être à la hauteur de l’évènement ». En attendant, la place de la Bastille est en fête, Michel Rocard, ex-candidat malheureux, au départ refoulé par le staff, monte bon joueur sur la scène. Quelques jours plus tard, François Mitterrand Président va au Panthéon déposer une rose sur la tombe de Jaurès. Les militants RPR fustigent dès ce moment le « Roi Mitterrand », seul devant le tombeau des grands Hommes une larme roulant sur son nez. Dix ans plus tard, ce sont les communistes et les socialistes qui affichent leur déception. Quant à Philippe de Villiers, il se moque du « charisme du vieux chanoine », dont « la Lettre aux Français « (campagne de 1988) serait « l’Evangile selon Saint Mathieu ». « Il est de plus en plus grégorien » s’amuse le député UDF de Vendée. Si la gauche a perdu le monopole du cœur, ainsi que le laisse entendre les vieux militants, elle a été reconnue comme capable de gérer le pays, fait peu évident en 1981.

« 47,3…% Les coulisses d’une campagne ». Ancien conseiller de campagne de François Mitterand, homme de gauche, Serge Moati a plus évidemment ses entrées au Parti Socialiste. Aussi, en 1995, il se concentre sur la campagne de Lionel Jospin. Le film s’ouvre avec Raymond. Le militant, déjà rencontré dans le film précédent, résume en trois mots les dernières élections présidentielles « 1981 : l’amour », « 1988 : la tendresse », « 1995 : la rupture ». A gauche, en ce début de campagne, point d’effervescence. Lionel Jospin est un candidat modeste qui se rend aux plateaux des JT comme sur le canapé d’un analyste « J’apprends », « J’ai changé » explique-t-il aux téléspectateurs de TF1. Au QG, les ténors et les jeunes socialistes (dont leur président, Benoît Hamon) discutent images et affiches : une seule idée par tract conseille le spécialiste en communication « comme dans la publicité ». Les bonnes vieilles méthodes ne sont pour autant pas oubliées, Bertrand Delanoë, chargé de la Communication de la campagne, tracte à la sortie du métro, prenant soin de ne laisser aucun papier par terre « Ca fait mauvais genre »…. Et Jospin note, note et note, raye ses fiches, les reprend, les relit, dans l’isolement adéquat au travail intellectuel. On le voit stressé, concentré, maladroit… Mais de meetings en meetings, au son des « Jospin président », le candidat se galvanise, transpire, convainc. Et, le soir du premier tour, en apprenant son score : 47,3%, le professeur redevient gamin…  

« 2001 La prise de l’Hôtel de Ville ». Dans le documentaire précédent, Bertrand Delanoë se balladait en anorak sur les scènes de meetings pour donner les dernières instructions techniques avant l’arrivée du candidat PS. 6 ans plus tard, il roule pour la mairie de Paris, pour lui. Face à lui, le maire sortant, Jean Tiberi, et le candidat désigné par le RPR, Philippe Seguin. Cette dernière candidature est, pour Bernard Bled, collaborateur de M. Tiberi comme une « décision prise par Staline sous l’effet de l’alcool ». Le maire explique lui cette nomination inopinée par la volonté de Jacques Chirac de « trouver un job à Seguin ». Toujours est-il que, grâce à cette « implosion de la droite », « tout à coup, Delanoë existe » se réjouit Daniel Cohn-Bendit. Quand la droite se déchire par articles interposés, le conseiller de Paris organise sa campagne comme un sportif, prend soin de prendre l’air et, comme Lionel Jospin en 1995, appelle les siens « mes enfants ». Mais tous, au RPR comme chez les Verts, à l’Hôtel de Ville ou dans le 5e, ont, devant la caméra, la langue acerbe ; ils savent que le documentaire ne sera diffusé qu’après la campagne….

« Tous en scène ». Tout de même certaines campagnes sont ennuyeuses. Mêmes aux yeux de M. Moati. Point de candidat « par passion » ni « par désir » en 2002. François Bayrou est toujours dans les trains, Jean-Marie Le Pen fredonne ses « airs vieilles France » et Noël Mamère, le candidat des Verts se tâte : cravate ou pas ? Chemise ou pas ? Il faudra la créativité du candidat UDF pour mettre un peu de piment dans « ce match de nullité » : François Bayrou s’invite à Toulouse en plein meeting RPR. Et encore les cœurs ne sont pas plus échauffés, aux premiers rangs Alain Juppé affiche une tête déprimée et Roselyne Bachelot discute cuisine avec ses voisins. Côté socialiste, en off, Jacques Séguéla propose son idée de banderole, en on, François Hollande s’enflamme : la campagne « n’est pas un art du paraître ». Si la question sociale était au centre des débats en 1995, 7 ans plus tard, c’est sur la sécurité que l’on s’affronte. La banlieue est un passage obligé, Jacques Chirac s’y fait traité de « voleur », en bon professeur, François Bayrou y sanctionne par une claque un jeune mal poli. Et pendant ce temps, dans son bureau, sous ses icônes, Jean-Marie Le Pen passe des appels pour, maire après maire, gagner de nouveaux signataires. « Pour une femme aimante, c’est extrêmement dur à vivre » confie Mme Le Pen à J-3 du dépôt des signatures. Quelques semaines plus tard, le soir du second tour, la même avoue : « Je préfère m’occuper des chiens et des chats » (comprendre : que des Français). La première dame sera Bernadette…

« La prise de l’Elysée ». Du haut de son balcon, Jean-Marie Le Pen balaye Paris avec sa longue vue. Le réalisateur, qui cette fois pose sur ses images une voix tantôt emphatique, tantôt amusée, toujours théâtrale, se concentre sur « la bande des 4 » : Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou et Jean-Marie Le Pen. La caméra franchit les portes du Paquebot, s’invite au Banquet Républicain du FN, se ballade sur les marchés et sous les serres avec l’UDF, court de meetings sarkozyens en débats participatifs ségolèniens. La France est maillée, sillonnée, en avion, en train en auto : « je suis une valise » rigole Claude Bartolone fatigué. « Pour réussir en politique, il faut être capable de s’emmerder » baille Vincent Peillon, porte parole de Ségolène Royal, en plein meeting. Quand il n’est pas ennuyé par les militants, c’est la candidate elle-même qui le fait froncer les sourcils : « Elle fait une déclaration, mon dieu ! elle fait une déclaration.» Et le soir, il doit l’engueuler par téléphone : « il ne faut pas faire dans la nuance […] quitte à parfois être un peu de mauvaise foi». Les analystes sont tout aussi excités, Jean –Michel Apathie s’enthousiasme de cette élection  « sans sortants ». La politique reprend ses droits, comme si 2002 n’avait pas été qu’une « parenthèse ». Roselyne Bachelot elle a vécu ces deux fins de scrutins de manière uniforme, en pleurant : « c’est inouï ce qui arrive ce soir » confie-t-elle.

Serge Moati, MK2, 14,99 euros le DVD, Sortis le 25 septembre.


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