DVD : Delirious, de Tom Dicillo

24 octobre 2008 Par loic | 0 commentaires

deliriousLa sortie en DVD de Delirious, le sixième film de Tom Dicillo permettra à tous ceux qui n’ont pas eu le plaisir de le voir en salle de ne pas bouder leur plaisir plus longtemps. Comme l’indique le titre, le réalisateur américain continue à faire des films déjantés et délirants. L’acteur Steve Buscemi est dans un univers qui lui convient tout à fait. Et en plus, c’est plutôt émouvant.

Delirious raconte l’histoire d’un photographe people qui engage un assistant, un jeune SDF particulièrement reconnaissant de tout ce qu’on lui offre. Ce beau SDF va réussir à approcher une grande star du hip-hop et entamer une relation avec elle. Les relations avec son ami photographe se corsent lorsque celui-ci veut prendre des clichés d’une soirée privée organisée par la jolie chanteuse…

Le film : Ça tourne à Manhattan ! avait particulièrement marqué son temps. Ce film, sorti en 1995, mettait en scène Steve Buscemi en réalisateur maudit. L’univers décrit était rempli de loosers à grosse tête, le constat était drôle mais amer. Delirious est presque le contraire. Certes, le personnage principal est un SDF looser mais l’issue est particulièrement optimiste. En effet, Delirious pourrait presque être un film classique tant sa construction narrative est conventionnelle : le jeune naïf croise la belle star, ils tombent amoureux, un incident les sépare, ils se retrouvent enfin… Au final, c’est simplement une belle fable simplette. Sauf que celle-ci est particulièrement efficace. L’étrangeté de Delirious (comme celle de son personnage principal) vient de l’écart entre ses origines et son destin : c’est un film qui s’inscrit plutôt dans une logique « underground », mais qui narre une intrigue joliment américaine avec l’efficacité des plus grands films hollywoodiens. Résultat, on ne sait plus très bien si l’on a affaire à un film confidentiel ou à un blockbuster qui s’ignore. Évidemment, c’est une énorme qualité puisque chaque spectateur, l’exégète du cinéaste comme le néophyte, sera surpris et certainement séduit.

Si la jolie fable est belle et captive le spectateur comme rarement un film peut le faire (!), le véritable sujet du film se situe légèrement à l’arrière-plan, dans la relation qui se noue et se dénoue sans cesse entre Steve Buscemi et Michael Pitt. Si le gentil SDF (M. Pitt) appartient tout entier au registre de la fable (il est beau, sans défaut, naïf et pardonne les erreurs de son ami), le photographe (S. Buscemi) est impitoyablement humain. Tom Dicillo montre avec beaucoup de subtilité un personnage qui détruit sa relation avec l’autre, car il se sent toujours menacé par lui. Dans Delirious, Steve Buscemi est un personnage véritablement pathétique (humilié par ses parents, méprisé par ses collègues, sans aucune relation extérieure) mais le jeu de l’acteur amène également un aspect comique. Chaque mimique, chaque geste, chaque élément du personnage incarné par Buscemi pourrait prêter à rire tellement son jeu est burlesque, et né dans une connivence totale avec le réalisateur. Mais avec quel réalisateur Steve Buscemi n’a-t-il pas été en connivence ? Jarmusch, les frères Coen, Tarantino, Terry Zwigoff, et d’autres…, il a participé à l’élaboration d’un cinéma d’un autre genre, en accompagnant des cinéastes peu conventionnels dans des univers décalés. Dans Delirious, Buscemi est superbe.

L’édition : on peut trouver un entretien d’une quinzaine de minutes entre Steve Buscemi et Tom Dicillo. Le réalisateur du documentaire les a filmés, marchant dans les rues new-yorkaises, en train d’évoquer divers éléments de leur filmographie respective, et de leur manière d’aborder la création cinématographique. Ce court film n’est pas inintéressant même si rien de primordial n’est jamais amorcé. D’autre part, le clip de la star de hip-hop du film est également disponible. Cela permet de constater à quel point Tom Dicillo est convaincant dans l’exercice du pastiche.

L. Barché


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