DVD : Claude Lévi Strauss par lui-même

28 novembre 2008 Par marie | 1 commentaire

levi strauss

Journée spéciale et inauguration d’une plaque commémorative au musée du Quai Branly, émissions télévisées et radiophoniques, ou une  récente publication à la Pléiade, pour son 100E anniversaire, Claude Lévi-Strauss cumule les hommages. Dans ce fatras de « richesses intellectuelles » « consommées avec boulimie » comme l’aurait dit l’anthropologue lui-même, La Boite à sorties s’est penché sur le coffret de  DVD des éditions Arte de Pierre-André Boutang et Annie Chevallay.

 

 Le coffret DVD Claude Lévi Strauss des éditions Arte contient quatre documentaires : « Claude Lévi Strauss par lui-même », « A propos de Tristes Tropiques » « Un cabinet de curiosités et Lévi Strauss et la musique. Arte n’aura pas oublié les leçons de celui qui, de la contemplation d’une fleur aussi finement ordonnée que la boule de pissenlit, devint le « père du structuralisme » : les 4 DVD se complètent et se répondent harmonieusement, formant ainsi un récit intelligible.

 

Claude Lévi Strauss par lui-même : du pays sauvage à la pensée sauvage

 

Comme Tristes Tropiques s’ouvrait avec le fameux « Je hais les voyages et les explorateurs », avant de relater les expériences de voyage de l’anthropologue, le film Claude Lévi Strauss par lui-même commence par ces propos « Je ne peux pas dire que je me sente particulièrement à l’aise dans le siècle dans lequel le hasard m’a fait naître », avant d’enchaîner sur la vie de son auteur, ses influences et son oeuvre, une pensée qui aura marqué son siècle….

 

Claude Lévi Strauss a grandi dans un « atelier d’artiste » auprès d’un père portraitiste « peu embrayé sur son époque » mais bricoleur et d’un grand-père maternel grand rabbin de Versailles. Les fins de mois étaient bouclées par des petits travaux d’artisanats auxquels participait Claude. En 1930, grâce à une commande de l’Exposition coloniale pour le Pavillon de Madagascar, la famille put acheter une vieille magnanerie en ruine dans les Cévennes. Ce fut dans cette région du Sud de la France que l’adolescent eût « la révélation du pays sauvage ». Randonneur, il se passionna de géologie, la science de « l’infrastructure » par excellence. Sa découverte de Freud, et donc de la superstructure que représentait l’Inconscient, fut pour lui une « révolution intellectuelle» : Il s’avérait avec la psychanalyse que même ce qui se présentait sous une apparence irrationnelle pouvait cacher une rationalité secrète.

 Constat dont l’universitaire se souvint lors de ses études des sociétés primitives d’Amérique Latine : Bororo, Caduveo, Nambikwara…, et de son analyse des mythes de ces mêmes tribus. Les mythes sont le ferment de la « pensée sauvage », une pensée qui prend l’univers pour un donné et qui, pour le comprendre, utilise ré agence les éléments qu’elle a sous la main. Bricoleuse, la pensée sauvage s’oppose à la pensée scientifique, pensée de « l’ingénieur » qui cherche à pénétrer toujours plus avant les différentes couches de l’univers : quand la science explique les éléments du réel un par un, les mythes tâchent de rendre compte de la totalité de l’expérience sociale.

 

D’Un Cabinet de curiosités à Lévi Strauss et la musique: les mythes revisités

 

Pour le comprendre, l’on peut regarder dans le « cabinet de curiosité » du 2e DVD, les chapitres reprenant les « Mythologiques ». La méthode de l’anthropologue ressort clairement du récit de Catherine Clément : comme une partition de musique superpose différentes lignes en même temps jouées, Claude Lévi Strauss superpose les mythes afin qu’ils s’éclairent les uns les autres, et qu’ainsi, en ressortent les points communs et les clivages. 

 

Claude Lévi Strauss explique le mythe d’Œdipe à la lumière des contes qui le précède. Il en fait le récit symptomatique des difficultés pour une société de croire que l’homme est le fruit de l’acte sexuel alors qu’elle pencherait a priori pour la théorie de « l’homme sorti de terre comme un poireau ». Toujours grâce à son « analyse structurale des mythes », l’anthropologue relie le Père Noël supplicié en 1951 par un clergé dijonnais énervé au Roi des saturnales que brûlaient les Romains avant l’ère chrétienne…

 

« Le temps ici se confond avec l’espace » déclare le Parsifal de Wagner. Pour Claude Lévi Strauss cette phrase était la meilleure définition du « mythe », les sociétés nourries des mythes, dites « sociétés sauvages » étant justement celles qui abolissent le temps, celles chez qui, par des rites incessants, le présent est « un passé revivifié sans arrêt« .

 

En bon arrière petit fils d’un grand musicien collaborateur d’Offenbach, Isaac Strauss, Claude Lévi Strauss était un amoureux de musique… Cette dernière nourrit sa pensée, l’aide à construire ses ouvrages, l’obsède lorsqu’il exilé au fond de la forêt amazonienne. Interrogé par Catherine Clément, le compositeur Jean Zygler explique la fascination du penseur « des mythes » pour une musique qui se développe indéfiniment, sans jamais se terminer si ce n’est avec la mort (la musique wagnérienne par excellence).

 

 

« Père du structuralisme », écologiste avant l’heure, voyageur, mélomane, collectionneur, dessinateur, penseur qui ses goûts artistiques aux goûts scientifiques, Claude Lévi Strauss est aussi, pour ses découvertes sur la parentalité et sur les mythes, une référence incontournable pour tout ethnologue. Les DVD présentés ici permettent d’appréhender à merveille cette personnalité à multiples facettes qui, elle-même, ne se pensait que comme « infime » « carencée », simple « lieu passif » « où se passe certaines choses », où se déroule une pensée, où s’analysent les mythes, etc

 

 

Claude Lévi Strauss par lui-même, Arte Vidéo

Claude Lévi Strauss par lui-même interrogé par Jean-Claude Bringuier, Pierre Dumayet, Jean José Marchant, Bernard Pivot et Michel Treguer, avec la participation de Vincent Debaene et Frédéric Keck (l’auteur de Claude Lévi Strauss une introduction, paru aux éditions Pocket Agora)

Un cabinet de curiosité, Lévi Strauss et la musique et A propos de Tristes Tropiques, trois films réalisés par Guy Seligmann.

Durée des 2 DVD : 3 heures, 19, 99 euros.

 


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

COMMENTAIRES:

  1. Ping : Mort de Pierre Dumayet, la télévision perd l’un de ses précurseurs - toutelaculture.com

Laissez un commentaire: