[Critique] DVD « Saint Amour » merveilleux quatuor Delépine / Kervern / Poelvoorde / Depardieu

23 juillet 2016 Par Gilles Herail | 0 commentaires

Saint Amour confirme la place à part des films de Delépine et Kervern (Mammuth, Louise Michel, Le Grand Soir) au sein du cinéma français. Les auteurs grolandais signent un nouveau road-movie à leur image, retrouvant deux comédiens en état de grâce (Gérard Depardieu et Benoit Poelvoorde) dans un univers décalé, poétique, paysan, alcoolisé, hilarant, bouleversant. A découvrir en DVD, malgré 15 dernières minutes à oublier.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : tous les ans, Bruno fait la route des vins… sans quitter le salon de l’Agriculture ! Mais cette année, son père, Jean, venu y présenter son taureau champion Nabuchodonosor, décide sur un coup de tête de l’emmener faire une vraie route des vins afin de se rapprocher de lui.

Delépine et Kervern ont créé un cinéma qui ne ressemble à aucun autre, dessine des personnages inhabituels, distille un humour très particulier, trouve des émotions d’une grande pureté. On avait adoré la folie de Louise Michel, la marginalité magnifiée du Grand soir, la beauté mélancolique de Mammuth. Un peu moins le délire Near Death Experience, trop conscient (et un peu auto-satisfait) de sa radicalité expérimentale. Saint Amour nous réconcilie avec le duo qui retrouve son inspiration en nous embarquant sur la route des vins, dans une chronique d’amour filial, de transmission et de France paysanne. La première séquence donne le ton, passant avec une facilité déconcertante du rire aux larmes, du trivial au tragique, de l’ivresse légère au mal-être le plus profond. Poelvoorde crève l’écran dans un rôle qui convient parfaitement à sa fragilité explosive. Bourré de tics, recoiffant compulsivement sa mèche grasse, bégayant dès qu’il doit parler à une femme, perdant ses moyens et devenant agressif car il ne trouve pas les mots. Se réfugiant en pleurant dans les bras du père après avoir picolé un peu trop avec son copain pour faire la tournée des cépages français de stand en stand, sans quitter le salon de l’agriculture.

Les voilà finalement partis sur la (vraie) route des vins, à bord d’un taxi VTC conduit par un jeune parisien gentiment mythomane (Mike/Meek, interprété par Vincent Lacoste, très à l’aise). Le père, le fils et le chauffeur rencontreront alors, dans la pure tradition du road-movie, une galerie de caractères hauts-en-couleur. Un hôte Airbnb tellement à l’ouest qu’il en devient inquiétant (Houellebecq), une serveuse traumatisée par la dette de la France, une agent immobilier qui souhaite se venger de sa copine, une future mariée qui fête son EVJF, etc. Le scénario multiplie les séquences hilarantes, l’humour grolandais fonctionne à fond et le récit des dix stades de la cuite devient instantanément culte. Les deux acteurs principaux donnent du sens et du fond à ce périple initiatique centré sur les relations père/fils et le rapport aux femmes. Car Poelvoorde et Depardieu sont deux poètes maudits du cinéma français, victimes des mêmes excès, dans leur carrière et dans leur vie, marginaux à fleur de peau qui s’intègrent comme une évidence dans l’univers social-trash mais bienveillant de Delépine et Kervern.

Saint Amour parle avec beaucoup de justesse et une infinie tendresse de la difficulté de communiquer entre papa et fiston, de verbaliser son amour et sa fierté (tu es un bon garçon mon fils, fort en saut en longueur). On regrette alors les 15 dernières minutes qui plagient maladroitement Blier avec une poésie un peu forcée, une théâtralité soulignée et un happy-end « trois hommes et un couffin » auquel on ne croit guère. Le film aurait pu être un quasi chef d’œuvre en s’arrêtant avant la rencontre avec Céline Sallette mais on pardonnera bien volontiers cette conclusion moins réussie tant le reste nous enthousiasme profondément.

Gilles Hérail

Saint Amour, un road-movie rural de Benoît Delépine et Gustave Kervern avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde et Vincent Lacoste, durée 1h41, sortie en DVD chez Warner / Le Pacte  le 06/07/2016

Visuels : ©  affiche et bande-annonce officielles du film

 


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