[Deauville, jour 3] Michael Moore, « Comancheria » et le Teckel de Jonze

5 septembre 2016 Par Yaël | 0 commentaires

Les premiers nuages d’automne ont accompagné ce dimanche de compétition du Festival du Film Américain de Deauville, qui a été marqué par l’apparition de Spike Jonze et de son Teckel sous acide, ainsi que par deux avant-premières musclées.

L’épopée du matin était canine, à Deauville, avec la projection en sa présence du film à sketches de Spike Jonze : Le Teckel (Wiener Dog en anglais). Après avoir plongé son public de fans dans le romantisme 2.0 de Her, l’enfant terrible de la côte Ouest repasse à quelque chose de très maîtrisé, questions sentiments : révélant tour à tour par la présence du petit chien les angoisses d’un couple bourgeois avec un enfant rescapé du cancer, les errances d’un couple jeune à la dérive, le désespoir d’un vieux professeur de cinéma new-yorkais, scénariste raté et l’étrange relation d’une vieille riche acariâtre avec sa petite-fille gâtée, le film fait danser une galerie entière de stars dans des rôles aux petits oignons : Dany de Vito, Greta Gerwig, Ellen Burstyn, Tracy Letts, July Delpy… ils sont tous pops, décalés, et ébouriffants. L’image est léchée, le propos caustique, presque douloureux et le tout forme une espèce de diagnostic en pointillés du mal-être d’une population urbaine, terrifiée par l’âge, la maladie et la mort. Chez Jonze, la horde sacrifie à tous les veaux d’or – l’art aussi bien que l’animal de compagnie- pour éviter de se regarder dans le miroir. La petite touche réflexive sur le cinéma n’est pas sans sel, dans un film qui se suit de bout en bout sur le mode de la « Schadenfreude ». Lire notre chronique du film, ici. Sortie chez arp le 19 octobre 2016.


LE TECKEL Bande Annonce VOST (2016) par AuCine

Ceux d’entre-nous qui avaient déjà vu le Teckel de Jonze sont allés découvrir un classique contemporain au cinéma Le Morny, grâce au cycle Stanley Tucci. Quelques années après, J-Law n’a rien perdu de son charme foudroyant et Hunger Games de Gary Ross est toujours aussi haletant. Question histoire et identité américaine, il était passionnant de confronter de film culte qui a galvanisé toute l’adolescence du pays  avec le nouveau film du réalisateur vu en avant-première la veille, Free State of Jones (lire notre live-report).

Après un délicieux hot-dog (plus américain que viennois, et plus porcin que canin) sur la terrasse du CID, c’est sous un ciel toujours gris et après un coup de vent vivifiant que nous avons pu nous plonger dans la suite de la compétition, avec The Free World, de Jason Lew. Alors que le scénariste du Restless de Gus van Sant a travaillé pendant 5 ans ce premier long-métrage, The Free World émeut avec ses personnages qui ont tant de mal à se libérer. Malgré une fin assez déstructurée, ce film d’amour et de liberté à l’image parfaitement maîtrisée est porté par deux acteurs émouvants  : Elisabeth Moss (découverte dans Mad Men et muse de Alex Ross Perry) et Boyd Holbrook. Il  pourrait bien retenir l’attention du jury révélation.

Une touche d’accent anglais a fait sourire le CID avec la présentation de Comancheria par son cowboy de réalisateur, David McKenzie. Zone limitrophe, Comancheria était le titre originel du film avant qu’il ne soit baptisé Hell or high water aux US. Dans cet excellent western où les banques sont les indiens modernes, Jeff Bridges incarne un vieil homme de loi texan assez sioux, face à deux frères (Chris Pine et Ben Foster, très charismatiques) dont la mère a été dépossédée par une banque et qui font des hold ups pour rembourser ces messieurs de la finance avec leur propre argent. Bien écrit, merveilleusement interprété, rythmé en diable, le film est un bijou pétillant et plein de tendresse sans morale sur la notion de famille. A voir en salles dès le 7 Septembre 2016 .

Même si l’on regrettait amèrement son absence, le public de Deauville a été fidèle à Michael Moore pour la projection de son sympathique tour du monde avec le drapeau américain en main : Where to invade next. En apéritif du film, le travail de documentariste de l’enfant terrible des Etats-Unis a été mis en lumière par un hommage filmé et un discours prononcé avec infiniment de sagesse et de générosité par son collègue Jacques Luc Jacquet (à qui l’on doit La marche de l’empereur). Dans son nouveau film, Moore a encore prouvé que deux heures de documentaires pouvaient plus tenir en haleine parfois que deux heures de fiction avec courses de bagnoles. Plus idéaliste que jamais, le réalisateur envahit plusieurs pays en commençant par l’Italie pour leur piquer leurs meilleures idées pour réformer les Etats-Unis : congés payés, éducation plus autonome, y compris sur le sexe et la nourriture, université gratuite, libéralisation des drogues et place des femmes : plein d’idées fourmillent dans ce film qui prône la social-démocratie avec un grand regard vers le modèle nordique. Plus tendre que jamais à l’égard de son pays, Moore finit avec un camarade dans un Berlin où le mur est tombé alors qu’on le croyait éternel. Yes, they can… Malgré ses raisonnements parfois trop simples et ses infographies sans chiffres, Moore met le doigt sur des nœuds importants et apporte une belle énergie à un grand projet de réforme qu’il appelle avec émotion de se vœux. Une réussite grâce et malgré l’ampleur du chantier…  Critique, ici.

Une fin soirée calme signe le retour de certains d’entre-nous à Paris, tandis qu’une partie de l’équipe de Toute La Culture arrive tout juste à Deauville pour une semaine encore de cinéma américain…

visuels : YH


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