Das Kind de Yonathan Levy, retour sur le parcours d’une résistante juive

3 mars 2013 Par
Yaël Hirsch
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Projeté les dimanches 3, 10, 17 et 24 mars au Cinéma le Balzac, le premier long-métrage de Yonathan Lévy fait partie de ces films humains et émouvants dont on se passe la bonne adresse de bouche à oreille. Retour plein de vie sur une juive d’origine roumaine entrée dans le Résistance à Paris pendant la Seconde Guerre mondiale, cette œuvre est plus qu’un document : un bel hymne à la vie qui traverse deux générations.

A 97 ans, la parisienne Irma est une grand-mère comme on en rêve tous : pétillante et avec plein de beaux conseils et de belles histoires à raconter.  Quand son fils, André l’emmène en voyage sur les traces de ses origines, c’est toute une partie de l’histoire de l’Europe qui s’ouvre comme un livre, mais à contre-jour. Née en 1914 à Czernowitz, au cœur d’une des plus grandes minorités de juifs de langue allemande, Irma Miko vit la fin de l’Empire Austro-Hongrois et voit sa province de Bucovine passer sous autorité roumaine. la jeune-fille se lance dans des études de piano. Dans les années 1930, elle change sa vie du tout au tout et part vivre à Bucarest où elle s’engage dans le communisme avec son mari Grisha. En 1937, le parti envoie Irma en France tandis-que Grisha prend la direction des brigades rouges et de l’Espagne. Restée seule en France, Irma fait face à l’invasion allemande aux côtés du deuxième homme de sa vie, un communiste d’origine hongroise, Julien. Tous deux s’engagent dans la Résistance des étrangers (FTP et MOI). Parce qu’elle parle allemand et qu’elle est une femme, Irma rejoint un petit groupe de résistantes qui reste en zone nord, au cœur de la capitale et qui se trouvent chargées de démoraliser aussi bien que d’obtenir des informations auprès des membres de la Wehrmacht postés à Paris. Ce n’est qu’après la libération, en 1944, qu’elle donne naissance à son fils. Après la guerre, malgré un fort désir de retourner construire le communisme en Roumanie Irma reste en France avec Julien parce que ce dernier est menacé par les purges staliniennes. Elle y devient un relais et une aide pour de nombreux réfugiés fuyant le totalitarisme…

Mettant en scène trois générations accrochées par le récit plein de force d’Irma, « das Kind » est une épopée à la fois bouleversante et énergisante que le public traverse géographiquement, en suivant les sinuosités et les langueurs de compartiments de train. Sans jamais appuyer sur le pathos, mais misant toujours sur la face solaire de la vie et de la transmission d’une immense énergie, le film permet de deviner l’intérieur d’une héroïne juive et rappelle fort à propos qu’il y en a eu des héros et des héroïnes juifs pendant cette Seconde Guerre mondiale, où au cœur de l’horreur, les MOI, les insurgés du ghetto de Varsovie, l’organisation juive de combats et tant d’autres ont eu un rôle prépondérant. Mais avant-même d’être un documentaire ou une page d’histoire redécouverte, « das Kind » est aussi un OVNI formel, qui tricote ensemble les fils solides qui tiennent trois générations entre Czernowitz et Paris, entre les 20e et le 21e siècle, entre le théâtre de la petite fille, les questions du fils et le récit habité de la grand-mère. Une quête et une enquête au goût épicé d’universel.

Meilleur film indépendant au festival du film indépendant en 2010, ce premier film d’une maturité éblouissante pour un jeune réalisateur fait depuis son petit bonhomme de chemin. Porté pas l’équipe de film, très souvent présente aux projections, et par un bouche à oreille mérité, il commence à rencontrer le succès qu’il mérite,  rendez-vous tous les dimanches matin de ce mois au seul cinéma d’auteurs des Champs-Elysées pour revivre avec Irma et aux côtés de son fils et sa petite-fille, son engagement pour la lumière et pour la vie.

Das Kind de Yonathan Levy, retour sur le parcours d’une résistante juive

Informations Pratiques


Das Kind de Yonathan Levy, retour sur le parcours d’une résistante juive

Lieu: Le Balzac, 1, rue Balzac, Paris 8e, m° Charles-De Gaulle étoile.

Horaire:
Les dimanches 3, 10, 17 et 24 mars à 11h

Liens: Page facebook du film