[Interview] Chic! Un ciné-club Woody Allen

13 septembre 2016 Par Yaël | 0 commentaires

A 80 ans, c’est officiel, Woody Allen a enfin son cycle de projection permanentes à Paris. Le cinéma le Christine 21 a demandé à Ava Cahen, directrice de la rédaction de Clap!, membre du comité des élection de la dernière semaine de la Critique et auteur de l’excellent WOODY ALLEN: Profession : cynique d’organiser des projections des films du grand Woody, avec la complicités d’autres grands obsédés de son cinéma. Toute La Culture est fière d’être partenaire d’un si heureux événement et a rencontré Ava pour une petite mise au point allénienne avant la première de ce cycle qui a lieu le 29 septembre 2016, à 20h30 autour du film de saison de Woody September.

Combien d’années avez-vous passé à travailler sur le cinéma du Woody Allen ?
Je suis tombée dans le cinéma de Woody Allen dès l’enfance, comme Obélix dans la marmite de potion magique. Mais j’ai commencé à interroger véritablement son travail lors de mes années fac, en Arts du spectacle. Je voulais comprendre la mécanique des scénarios, celle du rire, du rythme, me familiariser avec ses références, tant littéraires, cinématographiques que philosophiques, mais aussi avec les jeux d’ombres et de lumière, les procédés stylistiques de mise en scène… Les films d’Allen m’ont énormément appris. Avec Woody, je vois la vie et le cinéma autrement.

Peut-on parler d’une obsession pour le réalisateur ?
Sûrement. Mon entourage vous dirait certainement que oui puisqu’il ne se passe une journée sans que je ne parle de Woody Allen… Ses films sont tellement inscrits dans mon ADN qu’un détail ou une situation du quotidien peut m’y faire penser. Tout me ramène toujours à Woody. Comme s’il était le point d’origine.

Qu’est-ce qui les rend lui et son cinéma si fascinants, peut-on mettre des mots sur ce charisme ?
Sa productivité. Sa longévité. Le parfum (si particulier, si unique) de chacun de ses films. Allen a écrit à sa manière une partie de l’histoire du cinéma américain, de la fin des années 1960/début des seventies à aujourd’hui. Chaque film est un cadeau. Ce qui me fascine, c’est la simplicité avec laquelle Allen joue des accords et des désaccords. Beaucoup lui reprochent de tourner en rond, ou d’être paresseux. Mais Woody Allen travaille comme un jazzman. Son œuvre entière peut se lire comme une partition de jazz. Une partition qui inscrit ses thèmes de prédilection. C’est ensuite le tempo, la couleur, l’ambiance globale qui varient.

Quel est votre plus fort souvenir lié à Woody Allen ?
J’en ai des tonnes ! Mais le plus beau restera celui du tournage de Minuit à Paris. J’ai eu la chance d’assister à quelques scènes tournées dans le 17e arrondissement. De voir Allen sur un plateau, au contact de son équipe et de ses comédiens, cela m’a mis les larmes aux yeux. Je rêvais de le voir en action. J’étais comblée, comme une enfant peut l’être le soir de Noël.

Comment les fans absolus se reconnaissent-ils ?
A leur volubilité ! Les fans d’Allen entre-eux peuvent être intarissables. Ils ont la citation facile, savent placer l’aphorisme qui fait mouche au moment opportun, sont capables de revoir dix fois de suite l’ouverture de Manhattan et de s’en émouvoir comme si c’était la toute première fois. Les films d’Allen ont cette faculté de mettre les sens en émois, de nourrir l’âme autant que l’esprit. Et les fans d’Allen aiment échanger sur ces émotions-là, les discuter, les sonder. Il faut accepter l’introspection avec le cinéma de Woody Allen.

Comment est venue l’idée d’un ciné club spécial Woody Allen ?
En discutant avec Lorenzo Chammah (programmateur du Christine 21), lui-même dingue de Woody. C’était une évidence. Qu’on n’y ait pas pensé plus tôt est incroyable. Woody a fait près de cinquante films (si on compte Nuit de Chine – pour la télé – et son moyen-métrage dans New York Stories). On projette souvent lors de rétrospectives ou de festivals ses longs métrages les plus célèbres ou reconnus (Prends l’oseille et tire-toi, Annie Hall, Manhattan, La Rose pourpre du Caire, Match Point pour ne citer qu’eux). Avec le Woody Club, tout sera projeté. Dans le désordre. Il ne s’agit pas de respecter la chronologie de la filmographie. Mais plutôt de découvrir Woody dans tous ses états, de faire rayonner chaque morceau de son œuvre et de la partager avec les spectateurs, d’échanger avec eux des clés, des anecdotes …

Quelle forme prendra-t-il et qui seront les invités pour parler des films ?
Tous les deux mois, nous projetterons un film de Woody au Christine 21, projection qui sera donc suivie d’un échange avec la salle. J’accompagnerai la première séance, mais pour les suivantes, des guests seront de la partie. Des acteurs, des réalisateurs, des psychologues, des journalistes, et d’autres, viendront pour partager leur amour de Woody et leurs lumières avec le public.

Combien de fois peut-on revoir un film de Woody Allen ? Tous se prêtent-ils aussi bien à cette relecture? 
C’est une bonne question. Je pense qu’on peut revoir ses films à l’infini, car il y a toujours quelque chose de nouveau qui saute aux yeux. Toujours un petit détail qu’on avait manqué. Je n’ai jamais été « déçue » en revoyant un film de Woody, mais il y en a certains qui en effet sont moins savoureux. J’ai revu il n’y a pas très longtemps – et pour la 9e fois - Escrocs mais pas trop, et même si je dois avouer que je retombe toujours amoureuse des dialogues (que de punch-lines dans ce film !) et du sens de la rhétorique des personnages, la mise en scène et la photographie ont pris un petit coup vieux. Il y a des trouvailles géniales, et le duo Tracey Ullman-Woody Allen fonctionne très bien, mais il y a aussi une mécanique trop huilée pour être honnête. Le passage à l’an 2000 pour Allen n’a pas été évident. Et Escrocs mais pas trop, sorti en 2000, n’est pas sa plus grande réussite…

Pourquoi commencer par September ?
Parce qu’il a les couleurs et la mélancolie du mois de septembre. Parce que c’est un film charnière (dans lequel Allen ne joue pas !). Parce que les références qu’il excite sont littéraires – ce n’est un secret pour personne, Allen aime la littérature russe – et freudiennes. Parce que les anecdotes de tournage sont superbes. Et parce que Mia Farrow est extraordinaire dans le film. September est rarement projeté. C’est donc l’occasion de le (re)découvrir.

Quel est votre vœu « allenien » ultime ?
« I should stop ruining my life searching for answers I’m never gonna get, and just enjoy it while it lasts. ». C’est une réplique de Hannah et ses sœurs. Mon vœu allénien, c’est que ça dure. L’important, c’est que ça marche.

visuel : affiche officielle


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: