Cannes, jour 2 : la nostalgie de Todd Haynes, rencontre avec l’équipe de Faute d’amour et Ouverture des sections parallèles

19 mai 2017 Par
Yaël Hirsch
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Le temps était plus gris aujourd’hui sur la Croisette mais la chaleur et les bons films toujours là.

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La journée a commencé par la traditionnelle projection de 8:30 en amphithéâtre Lumière avec Wonderstruck de Todd Haynes. Mise en parallèle de la folle équipée vers New York de deux pré-adolescents sourds : l’une en 1927, l’autre en 1977… Le film est beau, appuyé et a pour horizon la nostalgie des films muets. Il se focalise sur les enfants, avec Julianne Moore et Michelle Williams qui apparaissent aussi… Sentiments contrastés. Pour lire notre critique de Wonderstruck, cliquez ici.

La matinée s’est poursuivie par un petit déjeuner à la plage Nespresso où le Syndicat de la critique et Charles Tesson préparaient la cérémonie d’ouverture de la « Semaine ». Ambiance conviviale et jolies attentes pour la cérémonie qui a eu lieu le soir même…

Produit par Maren Ade, la réalisatrice révélation de la compétition 2016 avec Toni Erdmann et membre du jury cette année, le film vu ensuite, Western de Valeska Grisebach, transporte le spectateur dans une communauté de travailleurs manuels allemands en poste en Bulgarie. Sur fond de paysages léchés, il souhaite la bienvenue dans un monde ultra vieux – parfois jusqu’à la caricature – où le partage entre Est et Ouest semble ne pas avoir pris une ride depuis la Guerre froide. Une image maîtrisée mais un sujet un peu ennuyeux pour ce film en compétition dans la section Un Certain Regard.

A la plage du Gray d’Albion, le CNC avait invité Elisha Karmitz, Houda Benyamina et Jan Kounen à discuter du présent brûlant de la réalité virtuelle. Si elle reste encore quelque chose d’un peu expérimental, ce qu’elle propose est ce vers quoi nous allons tous, comme l’ont prouvé les 3 projets présentés…

De son côté, en Hors Compétition, le fou furieux Takashi Miike nous a gratifié d’un film de sabre plus que brillant, sublimement interprété… Pour lire notre critique de Blade of the immortal, cliquez ici.

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A 13:30, Geoffrey Nabavian et Yaël Hirsch ont rejoint les critiques de Cinematraque pour la première de notre quotidienne live en direct de Cannes : « CineNapalm ». Nous avons parlé des 4 films principaux vus le premier jour, avec parfois des avis très contradictoires !

A 14:40, nous avions rendez-vous chez UniFrance pour interviewer les acteurs du film Faute d’amour de Andreï Zviaguintsev. Alors qu’ils montaient les marches le soir même et qu’ils n’avaient pas encore vu le film, la belle Marina et Alexeï ont répondu à nos questions sur le couple sans amour et en séparation qu’ils incarnent pour Zviaguintsev.

Dans l’après-midi, c’est le très attendu La Lune de Jupiter du hongrois Kornél Mundruczó qui était montré 24 heures avant la montée des marches à la presse. On attendait beaucoup du réalisateur de White God, primé au Certain Regard de 2014. Et le thème choisi restait fort : un migrant avec un super pouvoir qui rencontre un médecin un peu corrompu dans la Hongrie post-démocratique d’aujourd’hui. Néanmoins, malgré l’univers visuel toujours aussi travaillé de Mundruczó, le film laisse une désagréable impression de brouillon et d’inachevé… Une petite déception malgré la beauté des images. Pour lire notre critique de La Lune de Jupiter, cliquez ici.

A 18:00, l’A.M.E. ouvrait avec un concert de Slap ! Et un Dj set funky de DLJ.

Et ce jeudi soir les grandes sections parallèles fêtaient également leur ouverture.

Au Certain regard, le menu fut peu convaincant. Barbara, le film extrêmement brouillon de Mathieu Amalric, ne sut pas nous satisfaire… Pour lire notre critique de Barbara, cliquez ici.

Du côté de la Quinzaine des réalisateurs, Werner Herzog se voyait remettre un Carrosse d’or pour récompenser toute son œuvre d’une richesse folle. S’en est suivie, l’ouverture de la 49ème édition par Un beau soleil intérieur, le nouveau film de Claire Denis. On y suit les déboires de Juliette Binoche, une femme enchaînant les conquêtes à la recherche de l’amour fuyant. Drôle, mais répétitif, le film questionne avec intelligence les relations amoureuses et se permet des petites touches comiques donnant au long-métrage, des petites aérations nécessaire.

Du côté de l’ACid, c’est Avant la fin de l’été de Maryam Goormaghtigh qui a ouvert le bal.

Et enfin, la Semaine de la Critique ouvrait avec le nouveau film italien des réalisateurs de Salvo, Fabio Grassadonia et Antinio Piazza, Sicilian ghost story. Après une cérémonie d’ouverture placée sous le signe de l’amitié et du travail d’équipe (le président a comparé le travail des sélectionneurs de la Semaine à celui d’une équipe de foot) les techniciens et artistes nombreux du film sont montés sur scène pour vanter la magie de la besogne commune. Le film a ensuite été projeté, plongeant le public dans un fait divers terrible qui a ébranlé l’Italie : l’enlèvement et l’assassinat d’une adolescente de 14 ans par Cosa Nostra…

Au coucher du soleil, la terrasse Mouton Cadet qui culmine sur le toit du Palais a offert à un public d’une soixantaine de personnes un moment de pure magie cannoise : avec son propre piano propulsé dans ces hauteurs, deux musiciens venus de Londres et un immense sourire, Michel Legrand a donné une longue heure de concert, inspirée aussi bien par ses thèmes éternels que par l’art de la fugue et bien sûr l’improvisation blues et jazz. Chantées ou pas, les mélodies ont transporté un public que le pianiste a fait asseoir sur la moquette et qui retrouvait une âme d’enfant émerveillé à l’écouter. Du très très grand Cannes avec toute la puissance de la ludique et des souvenirs de Jacques Demy.

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Enfin, après les films, les Soirées : c’est sur sa plage comme à son habitude que la Quinzaine faisait sa fête, avec foison de professionnels du cinéma, de mousseux gouleyant, de petits fours bienvenus, de sable un peu humide et de son fort et un peu rétro pour danser.

La nuit s’est finie comme il se doit:  sur la terrasse d’Albane avec du Champagne. Mais également avec quelques glaces Magnum sur la plage éponyme face à l’hôtel Miramar en compagnie de Cara Delevingne, la boule à zéro mais pleine d’élégance.

Et si le Festival de Cannes fête ses 70 ans, la Villa Schweppes célèbre en 2017, elle, ses dix années de présence aux côtés de l’événement. Hier soir, elle a ouvert son cycle de nuits festives avec la soirée du film Western, de Valeska Grisebach, tourné entre Allemagne et Bulgarie. Autour de 23h30, une ambiance tissée de rythmiques fortes s’est imposée à nous, dès notre entrée dans le lieu. Tandis que la Villa nous offrait ses premiers cocktails, où le Schweppes et tous ses parfums fruités se mêlaient aux alcools, et aux épices, de bonnes pulsations profondes, des beats forts, un peu de hip-hop, et quelques morceaux de Daft Punk, nous ont apporté de l’énergie. Sur la belle terrasse qui jouxte le Palais des Festivals, le monde a commencé à affluer. Et lorsque les artistes DJ Pone (ex-membre de Birdy Nam Nam) et Para One (compositeur pour Céline Sciamma, entre autres), très reconnus sur la scène electro française, ont pris les platines, un set aux rythmiques dures et aux pulsations très fortes, dans une ambiance toute de rouge, a commencé à se déployer… Installant une ambiance électrique, avec explosion de couleurs en fond. Et montée mélodique progressive, aux teintes un peu funky… Le plaisir ultime de cette soirée Western, au final ? Sur la terrasse bien pleine, au niveau sonore très bien dosé, on a pu se livrer à une petite discussion amicale avec le brillant réalisateur roumain Corneliu Porumboiu, grand habitué du Festival de Cannes, qui avait tant su nous stimuler avec 12h08 à l’Est de Bucarest, film lauréat de la Caméra d’or en 2006, ou avec Le Trésor en 2015. Plaisir de cinéphile, plaisir de noctambule, ensemble.

Visuels : YH


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