Cannes, jour 1 : Une ouverture sous le signe des fantômes et de la disparition avec Desplechin et Andrey Zvyagintsev

18 mai 2017 Par
Yaël Hirsch
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Valises posées, robes et smokings suspendus, sous un soleil presque trop puissant, le rituel cannois a pu commencer par le commencement : aller chercher les accréditations dans le giron du Palais en passant par la rue d’Antibes habillée aux couleurs de cette édition anniversaire (70 bougies !) avec des banderoles aux photos mythiques.

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Ce mercredi 17 mai 2017, la presse pouvait voir à 10 h le film d’ouverture que les VIP de la croisette découvraient le soir en projection officielle. C’est sous le signe des fantômes et de la disparition paradoxalement riche de références très présentes qu’Arnaud Desplechin a placé son nouveau film, Les Fantômes d’Ismaël. Complexe, forgé en superpositions de sens et d’images, ce nouvel opus du réalisateur français a pu dérouter un certain public mais a su toucher tout le monde, par bribes, par fragments très humains. Surtout, c’était un film « français » bien choisi pour ouvrir cette 70e édition, puisque les trois acteurs principaux sont de véritables stars internationales : Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg et surtout Marion Cotillard, qui ont drainé les foules à leur conférence de presse. Quant au film, la France entière pouvait le découvrir le même jour sur le grand écran. Pour lire notre critique des Fantômes d’Ismaël, c’est ici.

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A 14h30, les jurés menés par leur Président, Pedro Amoldovar, ont pris place pour la traditionnelle conférence de presse. Théâtral, souriant, volant des perches à selfies au passage, Will Smith a fait une entrée très remarquée, tandis qu’Almodovar a créé la polémique en annonçant qu’il ne se voyait « pas primer un film netflix ».

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Le temps d’écrire un peu sur la terrasse de l’espace presse du Palais, il était l’heure du rendez-vous avec les équipes de la quotidienne à laquelle les journalistes de Toute La Culture vont participer : Cinenapalm. Et d’aller découvrir un des nouveau lieux incontournables du festival : L’ Â.M.E (L’atelier des merveilles). Havre de verdure cachée derrière une porte de la rue d’Antibes, ce bar, jardin, atelier d’artiste avec une Carte Blanche à Yassine Mekhnache, était en plein montage quand nous l’avons découvert mais laissait déjà tout voir de sa beauté et de ses charmes. Nous avons hâte d’aller y entendre des concerts. Avec au programme de cette soirée d’ouverture le groupe Slap! mené par Micky Green.

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Tandis qu’une partie de Cannes montait les marches pour le film de Desplechin, projection du soir pour le presse en salle, Debussy était le premier film de la compétition : Faute d’amour (Loveless) d’Andreï Zviagintsev. Conte cruel et percée chirurgical d’un couple bourgeois dans une grande ville contemporaine, le nouveau film du réalisateur de Leviathan met en cause l’individualisme forcené de « citadins dépourvus de toute conscience d’eux-mêmes et de tout doute ». Boris et Genia ne s’aiment pas, ou plus, ne supportent plus vivre ensemble, veulent se réinventer avec un autre partenaire et sont prêts pour ce faire à se renvoyer comme un paquet leur fils de 12 ans. Terrifié, ce dernier disparaît… Enveloppé de noir comme Zviagintsev sait le faire, d’une lumière vénéneuse et puissante, riche de scène de sexes somptuaires et focalisé sur l’obsession des selfies et du flux d’information qui passe par le mobile, Faute d’amour monte en puissance et laisse le spectateur aussi admiratif qu’anéanti. Un film magnifique et terrible. Un sentiment non partagé par tous nos rédacteurs, mais ceux-ci reconnaissent ne pas être restés indifférents, tout de même, à cette oeuvre…

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A la sortie de ce premier film de la compétition et après toutes ces disparitions à l’écran (Marion Cotillard chez Desplechin et le petit garçon dans le Zviagintsev), il était temps de laisser apparaître la fête. Celle-ci a commencé avec grandeur sur la Plage du Majestic pour la Welcome Party du Festival de Cannes 2017. Barbecue sur la jetée, immenses stands où s’activaient les chefs et population venue de tous les métiers, et plutôt très élégamment habillée, ont marqué cette jolie soirée dans la plus pure tradition cannoise, où le dancefloor a aussi été très pratiqué. On garde en tête une gigantesque baguette de pain qui ornait l’une des tables en bois, ou des services entiers, très imposants, de produits fermiers. Jetée, tente et petite bâtisse proposaient des ambiances différentes, très stimulantes, avec de la chaleur et de la bonne humeur communicative. Une fête à taille humaine, animée par des musiciens déchaînés, pour célébrer l’union à venir des talents et des envies. A la sortie, des goodies aux couleurs du 70e anniversaire nous ont été offerts comme souvenirs d’un moment de fête très réussi.

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La soirée des Fantômes d’Ismaël était programmée par Le Pacte sur la très select et mythique terrasse d’Albane. Ici encore, le 70e anniversaire était présent et c’est par un long corridor de photos glamour de tapis rouge que nous avons accédé à la fête. Là encore, l’élégance était de mise, avec un bar à champagne et un autre pour la vodka, un dancefloor étoile et une vue en hauteur sur la mer. A 1h30, les stars du film d’Arnaud Desplechin n’étaient pas encore arrivées et comme nous les avions vues de près lors de la conférence de presse, nous nous sommes éclipsés, après un agréable moment à discuter des films vus dans la journée.

Enfin, cette première nuit cannoise s’est terminée par une excellente nouvelle au club où l’on célèbre la Queer Palm, le Vertigo. Tout en nous présentant la sélection de cette année pour ce prix qui traverse les différences et les sections du festival et en nous présentait le jury et son Président, l’américain Travis Matthews, cette fête au Vertigo lançait également un nouveau titre de presse ciné : Frenchmania. Porté par le fondateur de la Queer palm, Franck Finance Madudeira et la critique, universitaire et woodymaniaque Ava Cahen, Frenchmania est d’ores et déjà en ligne et nous prépare bien des émotions et des interprétations francophones… A star is born…

visuels : YH


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