[Cannes, Compétition] Dans « Loving », Jeff Nichols peine à empoigner son sujet

16 mai 2016 Par Geoffrey Nabavian | 0 commentaires

Nouvelle histoire d’exclusion pour l’auteur de Take Shelter ou Midnight Special. Le destin véridique de la famille Loving, sujet pas mal, n’a su lui inspirer hélas qu’un film à la forme plate.

Note de la rédaction :

L_02458.jpgEn 1958, à Washington, le maçon Richard Loving épouse la jeune Brindille, enceinte de lui. Puis le couple revient vivre près des parents de la mariée, dans l’Etat de Virginie. Cette décision leur vaudra bientôt quelques nuits au poste de police. En ce temps, la juridiction de la Virginie interdit en effet les mariages entre deux personnes à la couleur de peau différente

Au début, on croit un petit peu à ce nouveau film de Jeff Nichols, grâce à son côté rugueux, sauvage, et à ses thématiques dures, parasités parfois par un peu trop de musique lyrique. La peinture de l’ordre policier officiant dans l’Etat nous convaincra moins. Et lorsque l’enjeu du film sera un procès en Cour fédérale, là on décrochera. Loving fait partie de ces films aux sujets généreux que la nouvelle génération de cinéastes américains tourne parfois, à la façon de commandes. On fut surpris, à plusieurs reprises, de voir certains d’entre eux signer des échecs, dûs non pas à la thématique abordée ou au scénario, mais à la forme employée. Loving représente de façon typique ce processus : le problème traité est cru, il pousse les héros à un exil très douloureux dans une grande ville, il ramène leurs enfants à la condition de bâtards. .. Cependant, on ne ressentira pas grand-chose. Car loin d’être brillante, la mise en scène restera tout du long très plate : musique, encore et toujours, plans parfois explicatifs, contexte trop souligné, grandiloquence parfois…

Les acteurs feront ce qu’ils pourront, particulièrement la très juste Ruth Negga. Ils apporteront de l’intérêt à quelques scènes. Et certains pièges seront évités dans le récit. Mais en bout de course, on n’aura éprouvé quasiment aucune douleur ni aucun malaise. L’aspect ludique des films de Jeff Nichols, toujours là, toujours efficace, est ici recouvert d’un vernis trop beau pour être vrai, humain, touchant. Rien à redire sur le sujet. Tellement rien, que la forme veut nous l’asséner sans répit. La faute au cinéaste lui-meme ? On aimerait bien savoir : il n’est en tout cas pas le seul que le mal nommé « Film exemplaire » touche…

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Visuel : Ben Rothstein © Big Beach, LLC


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