Cannes 2018 : Et le lauréat de la Palme d’or est…

19 mai 2018 Par
Geoffrey Nabavian
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Le 71e Festival de Cannes (notre dossier complet en cliquant ici) vient de s’achever. Au terme d’une cérémonie marquée par des tenues originales, du prestige, des appels pertinents et beaux, de bons discours, et par les frasques verbales d’Édouard Baer, les Prix de la Sélection Officielle sont désormais connus.

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Ce soir, dans le Grand Théâtre Lumière du Palais des Festivals à Cannes, la Cérémonie de Clôture de l’édition 2018 débute. Après une petite rétrospective des montées des marches de 2018, des ovations d’après-projection, et des images les plus marquantes qui les ont constituées – rétrospective au cours de laquelle le « women are not a minority in the world » de Cate Blanchett, Présidente du jury de la Compétition cette année, sonne fort – la musique de « La mémoire et la mer », magnifique chanson de Léo Ferré, arrive sur la scène, et Édouard Baer, le maître de cérémonie, avec elle. Le choc. Difficile de l’écouter, Edouard, avec un tel chef-d’œuvre musical en arrière-plan… On commence. On saisit des mots, des expressions à la volée. On ressent que c’est fini, profondément. Baer cite les noms de Stéphane Brizé, Chewbacca (notre critique de Solo : A Star Wars Story en cliquant ici), Nadine Labaki, les « cris pour rien », les « paradoxes incroyables » du Festival. C’est beau.

Puis un premier invité de marque se lève : Terry Gilliam, réalisateur de L’Homme qui tua Don Quichotte, film qui va être projeté ce soir au Palais en guise de Clôture. Enfin là, pour ce film maudit, Gilliam affiche une forme affectée par bien des combats.

Le réalisateur Bertrand Bonello (Saint Laurent, Nocturama), Président du Jury de la Compétition Courts-Métrages, entre ensuite, et remercie grandement le Jury qui l’a accompagné. Ses membres décernent la Palme d’or du Court-Métrage, cette année, à All these creatures de l’australien Charles Williams, qui met en scène un adolescent dans une zone à la population décimée par une épidémie. « Ce film parle de la compassion », avoue le réalisateur, monté sur scène recevoir son Prix.

Avec une mention spéciale, pour cette Palme, au court Yan bian shao nian du chinois Wei Shujun, qui conte l’errance d’un jeune homme vers son père.

La réalisatrice Ursula Meier (Home), Présidente du Jury de la Caméra d’or, annonce ensuite que ce Prix du Premier film est attribué cette année à un titre de la section Un Certain Regard (dont le Grand Prix a récompensé Border hier) : Girl, du belge Lukas Dhont. Histoire d’une apprentie danseuse, fille née dans un corps d’homme. Un film déjà récompensé par le Jury Un Certain Regard, qui a distingué son interprète, Victor Polster. Et par la Queer Palm. Pour lire notre critique de Girl, cliquez ici.

Les sept Prix de la Compétition. Plus un.

Cate Blanchett, Présidente du Jury de la Compétition, cette année, fait son entrée dans une magnifique robe noire agrémentée d’un nœud rouge sombre, qu’on qualifierait bien de « satin », à distance… Très beau.

Après une introduction en français, et en anglais, elle salue Kirill Serebrennikov (notre critique de L’Eté en cliquant ici), et Jafar Panahi, pas présents pour accompagner leurs films en Compétition cette année, pour des raisons politiques. Et bien sûr, elle adresse un bonjour à Pierre Lescure et Thierry Frémaux, respectivement Président et Délégué général du Festival de Cannes.

Les autres membres du Jury entrent : Denis Villeneuve, Robert Guédiguian et Andreï Zviaguintsev arrivent, sobres et élégants. Chang Chen est en blanc à leur suite, Ava DuVernay est toute d’une pièce, Kristen Stewart est scintillante mais Léa Seydoux la bat, toute en argentée, et la chanteuse Khadja Nin remporte tous les suffrages, avec sa coiffe et sa tenue bleu vif.

Pour l’ouverture de cette remise des prix, Ava DuVernay est assistée par Asia Argento. « J’ai été violée par Harvey Weinstein ici même à Cannes en 1997 » dit l’actrice au micro : « le Festival était sa chasse gardée, j’espère qu’il ne sera plus jamais le bienvenu ici ». Elle adresse un « nous savons qui vous êtes », à ceux qui savaient tout et n’ont rien dit. Et se sont peut-être permis les mêmes choses.

Le Prix d’interprétation féminine revient à Samal Yeslyamova pour le film kazakh My little one, de Sergey Dvortsevoy (Tulpan), projeté dans les derniers jours de la Compétition.

Chiara Mastroianni arrive pour remettre le Prix du scénario. C’est Alice Rohrwacher qui reçoit le Prix, pour le film qu’elle réalise, Heureux comme Lazzaro. Ex aequo avec Nader Saievar et Jafar Panahi pour Trois visages, réalisé par Jafar Panahi. Alice Rohwacher avait reçu le Grand Prix lors de sa précédente présence en Compétition, pour Les Merveilles (critique ici). Édouard Baer demande au passage à Chiara Mastroianni de s’improviser traductrice, pour l’italien de la réalisatrice, qui répète finalement son discours elle-même, en italo-français. Pour lire notre critique d’Heureux comme Lazzaro, cliquez ici.

C’est la fille de Jafar Panahi qui prononce le discours de remerciement, pour le film de son père. Memento Films Distribution et Celluloid Dream sont salués. Et le cinéaste honore à distance feu Abbas Kiarostami. Pour lire notre critique de Trois visages, cliquez ici.

Vient le temps du Prix de la mise en scène, pour lequel Abderrahmane Sissako (distingué par plusieurs Césars pour Timbuktu ; critique ici) vient sur scène. Le Prix va à Cold war, de Pawel Pawlikowski, réalisateur qu’on ne présente plus, applaudi pour Ida (critique ici). « C’est une bonne nouvelle qu’un film polonais soit à nouveau en Compétition à Cannes », dit-il. Et il avoue : « je suis gêné, j’ai tous les acteurs que j’ai torturés pendant des mois devant moi ». Il remercie aussi son directeur photo, « très jeune alors ». Pour lire notre critique de Cold War, cliquez ici.

Un Roberto Benigni inattendu fait alors son entrée, pour remettre le Prix d’interprétation masculine. Il affirme vouloir « souffler le bonheur » dans la tête de l’auditoire. Marcello Fonte reçoit le Prix pour Dogman, de Matteo Garrone (Tale of tales ; critique ici). L’acteur de 39 ans est tellement ému, qu’il ne peut toucher la récompense de ses mains. Pour lire notre critique de Dogman, cliquez ici.

Armé de toute sa classe, Gary Oldman, invité au Festival cette année pour un rendez-vous spécial, arrive. Le Prix du jury va à Capharnaüm de Nadine Labaki. Montant sur scène – avec un magnifique haut noir bien sobre – elle remercie le jury et le Festival d’avoir distingué ce « petit film fait en famille ». Elle parle de Cedra, petite fille de douze ans, grandie à l’école de la rue, qui fait toutes les tâches pour sa famille, et le reste du temps, demeure « le visage collé aux voitures qui passe ». « Le cinéma est fait pour montrer l’invisible », avoue-t-elle. « Avec toute ma bonne volonté, je n’ai pas réussi à sauver Cedra de la rue, et je ne sais pas quel va être son destin : l’enfance mal-aimée est la base du mal dans le monde ». « Le Liban se débat comme il peut, mais il a quand même accueilli le plus grand nombre de réfugiés au niveau international, alors même il n’a pas les moyens de subvenir aux besoins de sa propre population », affirme-t-elle enfin.

Un Benicio Del Toro tout de blanc vêtu, très élégamment, arrive. Et tient à parler. Et surtout, à présenter Ali Abbasi, lauréat la veille du Grand Prix Un Certain Regard pour Border. Et c’est Spike Lee qui ressuscite soudain, avec son BlackKklansman, d’un coup de Grand Prix. Et cite sympathiquement Peter Weir, et son Année de tous les dangers, en exemple, côté film politique. Pour lire notre critique de BlackKklansman, cliquez ici.

Et après nombre de présences en Sélection Officielle, c’est Hirokazu Kore-eda qui remporte la Palme d’or, pour Une affaire de famille, drame très applaudi lors de sa projection. Après Nobody knows (pour lequel Yuya Yagira gagna le Prix d’interprétation masculine 2004), Tel père, tel fils (film lauréat du Prix du jury 2013 ; critique ici), et après Notre petite soeur (critique ici) ou Après la tempête, présenté au Certain Regard, Une affaire de famille vient consacrer le talent du réalisateur japonais désormais très reconnu, qui signe ici un film dramatique autour d’une famille de voleurs de petite envergure, aux secrets tout à coup révélés. Pour lire notre critique d’Une affaire de famille, cliquez ici.

Et pour une fois, c’est une apparition en haut des Marches, à l’extérieur du Palais, qui clôt cette cérémonie et cette remise de prix. Avec Sting, et l’hymne signé par le groupe The Police « Message in a bottle ».

En prime, une « Palme spéciale » est remise sur demande du Jury, ce soir, à Jean-Luc Godard, qui présentait cette année son dernier film, Le Livre d’image (critique ici), dans la section Compétition. Une Palme qui honore « sa contribution au cinéma et à ses avancées ». On rappelle que lors de sa dernière venue, son film Adieu au langage était reparti avec un Prix spécial du jury. Mitra Farahani, productrice, reçoit ce Prix, à l’aspect assez esthétique, en lieu et place du réalisateur du Mépris, absent. Ce faisant, elle remercie tous ceux qui ont produit Godard un jour. C’est assez beau. Et quand Édouard Baer parle du lac Léman, à côté duquel le cinéaste d’A bout de souffle habite, on pense, en guise de mot de la fin, à un autre réalisateur auquel on tient beaucoup et qu’on aimerait voir honoré sur la scène cannoise, juste pour le no fun, avec un Prix spécial : Jean-Marie Straub (lire ici).

Visuel Une : © FDC