[Cannes 2016, jour 7] : Almodovar touchant, L’effet aquatique étincelant

18 mai 2016 Par admin | 0 commentaires

Alors que la moitié du Festival vient de passer, la fatigue des festivaliers commence à se sentir, sous le soleil de Cannes : voix plus traînantes, stress au ralenti, sourires plantés aux visages mais communication un peu plus difficile. Chacun est un peu plus dans son monde d’obligations professionnelles et cela peut faire effet de catalyse en salle, devant des films, où le personnel peut resurgir brutalement par identification aux personnages. Les couleurs sont donc plus marquées, sous le soleil radieux de Cannes, et l’on adore ou déteste avec beaucoup plus d’intensité, en deuxième partie de Festival de Cannes

Dans ce contexte, avec sa fraîcheur et sa « patte » reconnaissable, Julieta de Pedro Almodovar a su cueillir le public de la séance presse du matin. On a pu qu’apprécier ce vrai mélo concentré sur un personnage de mère qu’on suit des années 1980 aux années 2000, à travers le récit qu’elle fait de sa vie à sa fille disparue depuis 12 ans. Porté par une actrice caméléon habillée avec soin, plaçant Madrid au centre du film, et culminant avec des paysages méditerranéens et une balade de Chavelas Vargas, c’est un Almodovar pur jus et une bonne cuvée de ce nectar d’émotions. Pour lire notre critique, c’est ici. Et ci-dessous, notre commentaire à chaud sur le film, en sortant du palais, avec l’Eicar.

Le très attendu deuxième film de Delphine et Murielle Coulin était en sélection en section Un certain regard. Cinq ans après l’envoûtant 17 filles, les réalisatrices présentaient élégamment en matinée et avec l’équipe du film leur deuxième long métrage, Voir du pays. Thierry Frémaux est venu le présenter et la conversation a tourné autour du féminin et du machisme de Cannes et de la langue. A-t-on un mot en français pour parler d’une fratrie de femmes ? Sororité a été prononcé… Sur scène, flamboyante en rouge et noir, et puissamment élégante dans des tons pastels, Soko et Ariane Labed donnaient le « la » de leurs personnages de soldates aux psychologies très opposées. Focalisé sur les trois jours de « sas » de jeunes soldats français partis 6 mois en Afghanistan avant qu’ils rentrent dans leur famille, Voir du pays montre leur décompression (et décompensations) dans un hôtel cinq étoiles stratégiquement placé à Chypre. Un vrai climat et un angle précis pour un sujet grave.

C’est sous un ciel toujours aussi radieux, que la Quinzaine des Réalisateurs continuait de nous émouvoir. Cette fois ci avec L’effet Aquatique, film posthume de Solveig Anspach, disparue l’été dernier. Grâce à sa justesse du casting et sa finesse d’écriture, elle donne à son film une touchante proximité envers le spectateur. Il s’identifie assez facilement au duo perdu, l’homme est amoureux donc maladroit, la femme porte des blessures amoureuses donc agressive. Mais voilà, sur fond de piscine et colloque des maîtres nageurs, les tensions vont se dissiper et l’humour prendre les devant. Une très belle comédie dramatique tout en sincérité qui fait des étincelles. Pour lire notre critique, c’est ici.

En début d’après-midi, Un Certain regard se préparait à déchainer le cœur des femmes de la croisette avec la projection puis la présence de Viggo Mortensen, qui  campe pour Matt Ross un papa robin des bois engagé dans une idéologie naturaliste au point d’élever sa tribu dans la forêt. Au programme : homeschooling intense où sport et savoir se transmettent à l’excès. Mais le décès de la mère des enfants précipite une sortie des bois et un retour à la civilisation. Le film s’appelle Captain fantastic et irrite passablement, sans séduire : aux trop gros plans et décors saturés correspond un message didactique où même Viggo Mortensen n’arrive pas à nous faire passer avec légèreté le redoublement systématique de l’action par un texte explicatif. Dommage !

Dans l’après-midi, nous passons derrière les barreaux à la Quinzaine avec le film italien Fiore de Claudio Giovannesi qui compte une jeune romance entre deux jeunes emprisonnés. Sur sa construction, le film ne renouvelle pas le genre avec un schéma classique : observation, action et réaction. Les deux amoureux se tournent donc au tour avant de se lancer créant de nouvelles tensions au sein de l’établissement pénitencier… On ne vous dévoilera pas en quoi consiste la réaction, mais celle-ci passera pas plusieurs courses poursuites. Un film sans prétention donc, qui peut compter sur son actrice principale au caractère bien trempé malgré un visage d’ange. Pour lire notre critique c’est ici.

A 16h30, nous avions rendez-vous dans les rues de Cannes pour une interview qui nous en permet d’en savoir plus sur la Queer Palm. Pour cette 7e année et 6e édition, ce prix transversal a sélectionné 13 film parmi les sélections qui contiennent des thèmes LGTB et au-delà. Nous avons pu rencontrer les deux présidents du jury, les réalisateurs de Jeanne et le Garçon formidable » (1998), et de Theo et Hugo dans le même bateau, actuellement en salles : Olivier Ducastel et Jacques Martineau. Ils nous ont parlé d’esthétique Queer et de l’impact politique d’un tel prix. Le fondateur de la palme, Franck Finance-Madureira est revenu pour nous aux origines du projet et nous a raconté la vie de la Queer palm avec de nombreux débats entre jury le jour parce que justement en théorie queer « on ne peut rien imposer » et le terme se redéfinit en fonction des jurés et des années. Et aussi de la vie nocturne de cette Queer palm, qui a ses quartiers festifs au Vertigo, un club où les initiés découvrent chaque nuit un show à 2h du matin. Pour voir la vidéo, c’est ci-dessous.

A 18h, Cannes Classics repassait la première co-production  française du grand cinéaste égyptien Youssef Chahine. Avec Michel Piccoli en Caffarelli (second de Napoléon), Adieu Bonaparte (1985) revient sur l’invasion française d’Egypte avec un baroque et un humour qui soulignent d’autant plus la brutalité de l’acte Le public était très attentif et l’émotion prégnante.


Adieu Bonaparte – Bande annonce VO par _Caprice_

Côté competition, la séance du soir nous faisait voyager aux Philippines avec Ma’Rosa de Brillante Mendoza. L’histoire d’une simple commerçante arrêtée pour détention de drogue dure. Vous pourrez lire notre chronique, ici.

Ce soir direction la Villa Schweppes pour découvrir les partitions animés de Kesiah Jones et de M. La Villa est rapidement pleine à craquer, l’ambiance est survoltée et les premiers airs à la guitare de Kesiah font soulever les nombreux fans venus en masse dans le club cannois. Une mise en bouche qui donne le tempo, avant un long set de M. Le chanteur français y donne de sa personne pour livrer une performance incroyable. Il saute partout, transpire et communie totalement avec un public acquis à sa cause. C’est donc dans la chaleur musicale que se termine cette 7ème journée cannoise, avec les délicieux cocktails servis par la maison Schweppes.

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