Cannes 2016, Jour 6 : Nichols déçoit, Assayas convie les esprits et les bergers de « Wolf and Sheep » font voyager

17 mai 2016 Par admin | 0 commentaires

Nouvelle journée intense à Cannes en ce lundi de Pentecôte. Le soleil a brûlé et les vacanciers en goguette ont côtoyé cinéphiles et équipes de films, très attendues à la sortie des palaces de la Croisette. Du côté des projections, ce fut un peu les montagnes russes sur la French Riviera, avec de grandes et belles surprises mais aussi d’amères déceptions. Peut-être aussi nos yeux fatiguaient-ils un peu, rendant les émotions et les réactions plus intenses…

Ce lundi, la matinée a commencé sous un soleil déjà chaud, avec une projection loin d’être pleine dédiée à la nouvelle oeuvre, attendue, de l’élégant Jeff Nichols. Tiré d’une histoire vraie, Loving (nom des époux du film) revient sur le combat d’un couple mixte de Virginie, en 1958. Dans leur ville de naissance, leur relation tombe sous le coup du pénal. Nichols dépeint leur lutte avec le classicisme léché qui est le sien, mais oppose trop loi et amour et ne donne pas assez à penser sur l’épaisseur sociale qu’il y a entre les deux pour parvenir à intriguer. Dommage que la musique de Arvo Pärt vienne surligner ce combat manichéen de l’amour humain contre la loi raciste. Dommage aussi que le film ne dénonce pas le sexisme de l’époque (c’est l’homme blanc qui a pris la responsabilité d’épouser la femme de couleur et doit en subir les conséquences, comme si le choix n’était pas issu des deux parties). Dommage enfin que Joel Edgerton, qui joue le personnage principal, se trouve peu à peu réduit à grimacer ses sentiments : l’apparition brève du chouchou de Nichols, Michael Shannon, l’éclipse radicalement. Une grande déception, donc, mais dont on a su se remettre au fur et à mesure que la journée a avancé. Pour lire notre critique de Loving, cliquez.

Nous avons poursuivi cette matinée au Palais par un rattrapage apprécié en section Un certain regard. Plongée dans la campagne roumaine et dans une mafia très attachée à la terre, Caini (Dogs) de Bogdan Mirica est un premier film parfaitement maîtrisé qui rejoue La Soif du mal  à la frontière de l’Ukraine. De beaux personnages et une réflexion fine sur les profondeurs vertigineuses de la corruption. Pour lire notre critique de Dogs, cliquez.

Du côté de la Quinzaine des Réalisateurs, après un dimanche riche en émotions, cette nouvelle journée n’aura pas su séduire. Démarrant sur Les Vies de Thérèse, un documentaire féministe intéressant mais un poil répétitif, nous avons enchaîné avec une évasion dans les montagnes afghanes pour suivre de jeunes enfants bergers aux lourdes responsabilités, dans Wolf and Sheep. Enfin, la journée s’est terminée avec une déception venue d’Inde. Raman Raghav 2.0 s’est avéré être un film policier mou du genou, certes violent, mais totalement gratuit, faisant du sur place pendant ses trois quarts. Pour lire nos critiques des Vies de Thérèse, et de Wolf and Sheep, cliquez.

On a pu également se livrer à une interview vidéo sur le ponton de la plage du Majestic : celle de David Mackenzie. Sa nouvelle oeuvre, Comancheria, même s’il elle n’a pas su convaincre tout le monde, au sein de notre rédaction, ne manque cependant pas d’intérêt. Et compte à son casting Jeff Bridges, Chris Pine et Ben Foster… La vidéo de cette rencontre sera à retrouver bientôt sur cette page. Et pour lire notre critique de Comancheria, cliquez.

La séance de rattrapage de l’après-midi nous a permis de découvrir un autre Festival de Cannes et de voir le film le plus marquant de cette moitié de 69e édition. C’est à La Bocca, au Théâtre de la Licorne, que Grave de Julia Ducourneau, un premier film de cannibales fraternelles, très audacieux, repassait. Après avoir longé le bord de mer pendant 40 minutes et vu les locaux et les vacanciers profiter pleinement du soleil, nous sommes arrivés dans un lieu où les pizzas sont enfin à 5 euros et où les longues files d’attente pour voir les films sont remplies de lycéens, d’étudiants et de cinéphiles. Sous un soleil radieux, un sandwich en main, les groupes discutent de tout ce qu’ils ont vu – parfois 4 films par jour – et se penchent sur … les histoires de ces films. Et oui, c’est fou, mais sur la Croisette, entre journalistes, distributeurs, producteurs et exploitants, nous ne savons plus, quand quelqu’un commence à nous dire : « De quoi parle ce film ? ». Et ça fait du bien ! De quoi ça parle, c’est justement l’originalité du film de Julia Ducourneau, Grave (Raw en anglais, bien vu !). Une jeune fille végétarienne entre à l’internat comme vétérinaire et subit les affres du bizutage. Mais en plus de son roommate gay et trop sexy et des vexations un peu sales qu’elle subit, elle se trouve aux prises avec la révélation d’un problème familial : sa sœur (qui est dans la même école, dans une classe supérieure) et elle ont un grave problème de … cannibalisme. Le film d’horreur peut commencer, tellement juste, intelligent et décalé sur les affres du rapport au corps, à l’adolescence et après… Vif, original, diablement bien filmé, osé, gore mais jamais gratuitement, extrême et racé, ce film est un petit bijou qui fait catharsis, à chaque instant de ses 1h30 de concentration très incarnée. Bravo ! Vous reprendrez bien un peu de sauce ? En tout cas, pour lire notre critique de Grave, cliquez.

Dans l’après-midi, on a également fait une autre route, jusqu’à la Semaine de la Critique, afin de découvrir Apnée, film réalisé et interprété par les membres du collectif théâtral Les Chiens de Navarre. Une oeuvre qui mettait en scène trois personnages, Liberté, Egalité et Fraternité, désireux de se faire une place à leur façon dans une France un peu morne. A coups d’incrustation chez des couples à la campagne, de création de parc d’attraction stalinien, de décrochage de Christ… Un délire très bien vu, très juste, très humain – comprenez : pas que provocateur – dirigé par Jean-Christophe Meurisse, avec notamment un comédien magnifique aux yeux expressifs, Thomas Scimeca.

A 18h, sur la magnifique terrasse du Festival, l’Europe organisait un grand cocktail après avoir annoncé une série de mesures pour uniformiser certain droits, notamment concernant les plateformes de streaming et le numérique. La vue sur le port au soleil apaisé de fin de journée donnait alors à ces initiatives européennes un halo d’éternité.

En séance du soir, dans Personal shopper, la caméra d’Olivier Assayas n’a pas quitté la belle et formidable Kristen Stewart des yeux. Un thriller un peu kitsch, aux succubes extravagants mais qui, malgré des passages didactiques, ne nous a pas déplu. Il a pu être hué à son premier passage devant la presse cependant… Dure loi de Cannes ! Pour lire notre critique de Personal shopper, cliquez.

La jolie fête d’hier soir était à la Semaine de la Critique, sur la Plage Nespresso. Ambiance très chaleureuse avec beaucoup de musique, de rose, les équipes de plusieurs films et une musique claironnante avec un dancefloor XXL rempli de cinéphiles et de cinéastes très heureux de danser. Pour le calme, il fallait enlever ses chaussures et marcher au loin dans le sable en regardant l’horizon méditerranéen.

Cette soirée s’est terminée au bar chic mais petit et cosy de l’hôtel Gray d’Albion pour un dernier verre de vin.  Le bon moment pour parler  des films où se confier un peu retirés de la foule et la folie cannoises.

Une autre partie de la rédaction a préféré les hauteurs au sable. A la Villa Schweppes, c’est Rodion qui nous a accueillis, avec ses platines au son caressant. Toujours accompagné par deux musiciens, l’homme a su livrer un set parfaitement adapté au cadre et à la taille de la Villa : ce fut un vrai plaisir de voir, à ses côtés, batteur et – surtout – bassiste faire sonner leurs instruments, tandis que lui déroulait ses mondes imaginaires, très marqués par l’espace, à coups de voix saturée et de rythmes calmes, mais entraînants. On a également salué le magnifique travail réalisé sur son environnement visuel : derrière lui, des dessins ont défilé sans fin, contenant par moments des références à des toiles célèbres, ou des motifs bien plus abstraits. On a goûté enfin, par ailleurs, le début du concert du duo Claap ! / Santana, accompagné ce soir par Mike Simonetti, lançant des beats plus prononcés, mais tout aussi hypnotiques. Idéal pour goûter, ne serait-ce qu’un court instant, un parfum de nuit festive sauvage, au coeur de Cannes. Après deux cocktails « Dark » et un Schweppes’ito, présage sucré pour la journée suivante, on s’est dit qu’il était temps d’aller se préparer pour les films du lendemain…

Visuels : YH


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