[Cannes 2016, Compétition] « The last face » Sean Penn sombre dans l’obscène

20 mai 2016 Par Yaël | 0 commentaires

L’acteur devenu réalisateur prend sa caméra la plus sirupeuse pour mettre sa femme dans les bras de Javier Bardem dans  « The Last Face ». Un navet affligeant où les corps blessés ou morts des enfants du Liberia font office de décor. Un scandale de film, où l’on rit d’impuissance devant la bêtise des répliques et qui a été hué à la projection presse du matin de cette édition 2016 du Festival de Cannes. Préparez les œufs à jeter sur l’équipe pour sa montée des marches.
Note de la rédaction :

Fille d’un grand médecin de terrain, et médecin elle-même, Wren Petersen (Charlize Theron qui n’a jamais joué aussi mal) trouve qui elle est vraiment « à l’intérieur » quand elle rencontre le docteur Miguel Léon, stakhanoviste de Médecins Sans Frontières dans les régions de conflits les plus dangereux. Avec lui, elle revient à sa pratique médicale dans des conditions extrêmes : dans un Libéria à feu et sang, ils soignent non-stop des blessés graves suite à des raids de rebelles parmi lesquels de terrifiants enfants-soldats. Se déplaçant de camp en camp au fur et à mesure que la guerre est trop violente et qu’ils ne peuvent plus agir, il tombent follement. Mais leur amour est impossible : lui est un homme de terrain, elle croit à l’ONU et à des décisions « par le haut » pour mettre la guerre hors la loi.

Commençant de façon pontifiante et déjà tristement comique sur un parallèle grandiloquent entre le fléau qu’est la guerre et le désastre qu’est un grand amour impossible, « The Last face » semble une parodie du patient anglais avec pour décor des hécatombes et des plaies béantes de corps d’africains. Les gros plans léchés de la caméra de Sean Penn, ses travellings safari en disent autant que les dialogues pontifiants de tous les personnages (Palme d’or à l’apparition de Jean Reno qui fait hurler de rire plutôt que pleurer de malaise) : Avec « The last face » le réalisateur de « Into the Wild » a décidé au nom probablement d’une idée bien pensante dont il était régulièrement l’apôtre, d’aller jusqu’au bout de l’obscène. Rien ne nous est épargné : ni les discours chevrotants et vagues sur l’humanité de tous les réfugiés, ni la scène où les rebelles forcent le fils à tirer sur le père, ni la scène de cul entre la femme de Sean Penn et Javier Bardem, ni l’annonce de son Sida par Adèle Exarchopoulos. Avec une intrigue qui tient à peine sur une feuille de papier à cigarette, un manichéisme amour/guerre, vie/mort, Dieu/hommes à pleurer de bêtise et surtout une manière indifférenciée, voyeuse et pseudo-épique de montrer dans l’absolu, l’horreur de la guerre avec des tas de cadavres, des tripes pendues à l’entrée des villages et des chairs noirs pétries de rouge. L’Orientalisme humanitaire est poussé jusqu’à l’obscène aussi bien dans l’absence de message, de visage justement pour parler des morts. « The last face » est toujours blanche, volontiers botoxée à l’extérieur comme à l’intérieur et autocentré sur son nombril pétri de bon sentiments. Le film est un navet qu’on ne peut excuser qu’en essayant d’en rire. Mais qu’une telle vision du monde puisse arriver en compétition officielle au Festival de Cannes est une farce bien triste.

The last face de Sean Penn, avec Charlize Theron, Javier Bardem, Jean Réno, Adèle Exarchopoulos, 2016, France, 2H06. En compétition. Distribution Française : Mars films.
visuels: photos officielles.


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