[Cannes 2016, Compétition] « Elle » signe le grand retour de Paul Verhoeven

21 mai 2016 Par Yaël | 0 commentaires

On ne l’avait pas vu depuis près de dix ans avec Black Book (2006). Le réalisateur de Basic Instinct et Starship Troopers, Paul Verhoeven a clôturé la compétition de Cannes, ce samedi 21 mai 2016 avec une adaptation du roman Oh! de Philippe Djian qui a séduit l’ensemble du public. Produit en France avec un casting français, le film est décalé, pervers, plein d’humour et magnifiquement joué par Isabelle Huppert. On espère que les jurés sauront récompenser le petit dernier de la course à la palme.
Note de la rédaction :

Michèle a la cinquantaine dynamique. Créatrice d’une boîte de jeux vidéos, mère divorcée d’un mari qui l’aime encore, elle couche avec le mari de sa meilleure amie et mène tout son petit monde à la baguette depuis sa coquette maison de la banlieue de Paris. Mais un jour, elle se fait agresser et violer chez elle. Fille d’un serial killer et impliqué dans le pétage de plomb de son père, elle refuse de parler à la police qui ne l’a que trop interrogée quand elle avait 10 ans. Elle reprend sa vie comme si de rien n’était, mais la violence résonne en elle de manière étrange..

Adapté à foison depuis des décennies et par les meilleurs (on se rappelle de 37.2 le matin de Benneix ou dernièrement Incidence adapté par les frères Larrieu), Philippe Djian est ici sublimé par l’art cinématographique de Paul Verhoeven. En se glissant dans l’univers pervers et érotique du cinéaste néerlandais, le texte de Oh! (lire notre critique du livre) ne perd rien de ses bons mots (toutes les répliques sont justes, drôles et profondes à la fois, aussi bien sur les sentiments que sur des situations familiales complexes) et prend une profondeur hitchcockienne à travers un portrait de maîtresse femme qui pose des questions en poussant très loin le SM. Non seulement Paul Verhoeven reproduit l’atmosphère sensuelle et dandy de ses films les plus célèbres (Basic Instinct, Showgirls) mais la transposition du travail de Michèle -productrice d’une petite boîte dans le livre,et clairement reine de création de jeux vidéos  dans le film- permet au réalisateur de mâtiner sa photo léchée d’images 3D et d’injecter ce qu’il faut de ces univers parallèles saccadés et violents dans les scènes de viol.

La performance de Isabelle Huppert est juste éblouissante : sublimée par la caméra, toujours un joli sein à l’air et un sourire appréciatif au coin des lèvres, elle mêle les deux personnages qu’elle maîtrise le mieux depuis des années : la maîtresse femme un peu glaciale qu’on lui a maintes fois demandé de jouer, de La Pianiste au récent Avenir. Mais dans ce film plein d’humour, la comédienne va puiser dans le registre comique où elle excelle (Huit femmes, Copa Cabana) d’autant mieux qu’elle maîtrise le rythme des bons mots et le décalage d’expression avec génie. Habillée comme une poupée, follement chic et en même temps très sexuelle, dans ce personnage de  maîtresse-femme, elle a un ou deux moments d’abandon face caméra où Verhoeven lui fait tomber le masque comme elle ne l’a jamais fait. Autour d’elle, tous les comédiens sont excellent : Anne Consigny est touchante en seconde de l’héroïne, Charles Berling est un écrivain raté attachant tandis que Laurent Laffitte et Virginie Effira campent un couple de voisins irrésistible. Terriblement aimable, sexy, drôle, un poil dérangeant et drôle,

Elle signe le grand retour de Verhoeven et un succès assuré à sa sortie en salles.

ELLE DE PAUL VERHOEVEN – FILM ANNONCE from SBS Distribution on Vimeo.

Elle, de Paul Verhoeven, d’après Oh de Philippe Djian, avec Isabelle Huppert, Laurent Laffitte, Virginie Effira, Charles Berling, Anne Consigny, France, 2015, 2h10, SBS Production. En compétition.

Visuel : Photo officielle du film


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