Aux 16èmes Journées cinématographiques dionysiennes, l’œuvre forte de Jean-Denis Bonan

11 février 2016 Par Geoffrey Nabavian | 0 commentaires

Lors de l’édition 2016 du passionnant festival, au cinéma L’Ecran, à Saint-Denis, on a pu découvrir les films de Jean-Denis Bonan. Des œuvres parfaitement inscrites dans la thématique empoignée cette année par les Journées : les censures au cinéma.

En 2016, les Journées cinématographiques dionysiennes ont choisi de réfléchir sur les censures. Elles nous ont, en conséquence, permis de découvrir une partie de l’œuvre de Jean-Denis Bonan : le court-métrage Tristesse des anthropophages (1967), interdit de diffusion dès l’année de sa réalisation, « y compris pour les projections privées » ; puis La Femme bourreau, film long resté invisible de 1968 à 2010, puis finalement sorti en salles en mars 2015, grâce au travail de Luna Park Films.

Un programme riche en images choquantes ? Pas vraiment. Dans Tristesse des anthropophages, ce sont des plans surprenants et un style très maîtrisé qui nous ont cueillis. Présent durant la séance, le réalisateur a énoncé les motifs de l’interdiction : « dialogue scatologique, et scènes érotiques poussées ». C’est vrai, on nous racontait l’histoire d’un homme coursé, puis traîné en justice, pour avoir ressuscité. Un homme qu’on remet à l’intérieur de sa mère, puis qui gagne sa vie en déféquant, dans un restaurant self-service qui ne sert que de l’excrément… Mais le film ne se déparait jamais d’un humour bienvenu, qui le rendait étonnant, impertinent, et jamais complaisant. Quant à la scène de sexe centrale, elle a atteint à la poésie : car les deux protagonistes avaient des apparences de grands blessés de guerre. Et en fond sonore, des explosions retentissaient…

Doté d’un fond pas abscons, et guère vieilli sur le plan technique, Tristesse des anthropophages a été suivi par La Femme bourreau, récit d’une enquête : celle d’une femme policière, lancée sur les traces d’une meurtrière sadique, avec à ses cotés un homme un peu déséquilibré. Un long-métrage tourné en parallèle des événements de 68, ceux que Jean-Denis Bonan allait filmer le soir venu. Pour La Femme bourreau, il a expliqué que pas mal de distributeurs l’avaient refusé, pour, entre autres, son « absence de crédibilité » – « une femme flic comme héroïne, pensez-vous ! » – et sa difficulté à rentrer dans un genre. Pas désireux de se battre pendant des années, notre réalisateur passa à autre chose.

Aujourd’hui, le film – projeté d’abord en 2010 à la Cinémathèque, à la demande de l’auteur Jean-Pierre Bastid, puis sorti en salles en mars 2015 – laisse une belle impression. En partie grâce aux performances brillantes de Solange Pradel, l’héroïne, de l’étonnant Claude Merlin, qui joue son partenaire, et d’une jeune Myriam Mézieres, plus tard interprète d’Alain Tanner pour quelques films sulfureux. Mais aussi en raison de son scénario, bien rythmé entre scènes tendues et moments solaires, et surtout de sa mise en scène, nerveuse, et très moderne. Courses-poursuites, faces-à-faces, opérations policières, angoisse, perversité qui se glisse dans le quotidien… ce film de tueur en série apparaît en avance, encore aujourd’hui. Les étranges chansons, très littérales, interprétées par Daniel Laloux, viennent pimenter l’ensemble. Et le rôle de cette femme policière plongée dans le Pigalle nocturne annonce bien des figures à venir.

Au final, Jean-Denis Bonan – qui travailla surtout ensuite pour « la bonne télé » – nous a donné à voir une patte, une vision, sur des sujets pas extrêmement abordés en son temps, devenus très prisés aujourd’hui. On remercie notre réalisateur, ainsi que les Journées, pour l’ouverture de ces belles perspectives.

La Femme bourreau et autres films de Jean-Denis Bonan sont édités, en un volume, chez Luna Park Films.


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