A l’Étrange Festival, on a vu « Under the shadow », subtile histoire de spectre en Iran

19 septembre 2016 Par Geoffrey Nabavian | 0 commentaires

Avec des moyens limités, mais aussi un vrai talent, Babak Anvari a tracé pour nous une belle histoire fantastique au cœur de la guerre Iran/Irak survenue dans les années 80. On a apprécié notamment l’économie de ses effets, et la conclusion marquante offerte.

Note de la rédaction :

under-the-shadowPar sa signification, et sa conclusion, Under the shadow pourrait s’apparenter à un anti-Mister Babadook, grand film fantastique sorti chez nous en 2014. Les deux œuvres partagent une belle qualité : un vrai fond. La terreur qu’ils mettent en scène a un sens, sur le plan humain. Et comme ils s’en tiennent à l’illustration métaphorique, on traverse avec leurs personnages une belle aventure intime, qui ne tombe pas dans les écueils du glauque et de la haine…

Mais l’action d’Under the shadow se déroule avec, en fond, un arrière-plan réel : la guerre ayant opposé l’Iran et l’Irak entre 1980 et 1988. Jeune mère un peu sous pression, Shideh, le personnage principal, voit son mari partir sur le front, et demeure seule avec sa fille, Dorsa. Progressivement laissées seules dans leur immeuble de Téhéran, elles vont voir un étrange phénomène se manifester, et les poursuivre. En ces temps de peur et de tension, une étrange terreur va planer sur elles…

Under the shadow déroule un récit fantastique, un vrai, mais avec d’intéressantes subtilités. On aime que les journées s’y passent bien plus lentement que les nuits : on ressent toute l’humanité du contexte, aussi bien que la tension qui monte, lorsque le soleil luit. Ces moments intéressent davantage, il semble, notre réalisateur. Tant mieux. Pas de musique, également, dans ce film qui prend son temps, dans lequel les alertes à la bombe résonnent tout à coup, avec force. La sobriété et la précision de la réalisation laissent les personnages exister, et le duo mère-enfant formé par Narges Rashidi, très convaincante, et l’attachante Avin Manshadi amène deux belles performances. Quant au cadre de l’immeuble, il raconte beaucoup, sans étouffer les personnages. Et la durée, très brève (1h23), se justifie.

Certes, tous les jump scares, les moments qui font sursauter, ne sont pas réussis, au sein du film. Idem pour ses deux trois figures menaçantes, qu’on verra très peu : bien que sobres, elles finissent par avoir un comportement un peu factice, un peu exagéré. On aurait pu attendre aussi davantage de développement en ce qui concerne le contexte, mais d’un autre côté, le côté fantastique implique de se limiter, pour éviter de dériver… On aime en tout cas que la conclusion évite d’emprunter des chemins trop balisés, et que les derniers plans recèlent un beau sens. Cette mère et sa fille n’ont gagné qu’à moitié, contre leurs démons. Et Babak Anvari voudrait-il aussi suggérer que durant ce long conflit, la peur des Iraniens vis-à-vis de leurs enfants les a marqué durablement ? Peut-être. Ce dont on est sûr, c’est qu’il a beaucoup de talent, et qu’il a signé un film le plus souvent brillant, intelligent, réussissant un mélange des genres pas facile, sans sacrifier son fond.

Under the shadow était présenté dans la section « Nouveaux talents » de l’Étrange Festival 2016. Au terme de la manifestation, des prix ont été remis dans la section Compétition. Le Grand Prix Nouveau Genre, décerné en partenariat avec Canal+ Cinéma, est allé, pour la toute première fois, à deux films ex aequo Jeeg Robot et Headshot. Ces deux œuvres seront achetées par Canal+ Cinéma pour une future diffusion. Le public, appelé à voter, a remis son Prix, lui, à Poésie sans fin – nous avions vu le film à Cannes, notre critique est à lire ici – qui bénéficiera donc d’une campagne publicitaire sur Ciné+. Côté courts-métrages, le Grand Prix Canal+ , en partenariat avec les Programmes Courts et Créations de Canal+, est allé à Klemet le Prix du Public à Strangers in the night. On a beaucoup goûté, cette année, les sections parallèles, dans lesquelles on a pu découvrir le beau Dark Circus – critique à lire ici – et la pépite Where horses go to diedont la critique repose ici. On remercie l’Étrange Festival d’être ce qu’il est : il permet de splendides découvertes, tranchées, ouvertes et humaines. On lui dit à l’année prochaine !

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Visuel : © Wigwam Films


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