« Vidéodrome »: Reprise en salles du film choc et visionnaire de Cronenberg

10 avril 2017 Par
Gregory Marouze
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Toute La Culture revient cette semaine sur le film le plus culte et emblématique de l’œuvre de David Cronenberg : Vidéodrome ! Réalisé en 1983, Vidéodrome est un film provoquant et visionnaire, tout autant par les thèmes qu’il aborde, que par leurs représentations graphiques à l’écran. De nombreuses obsessions du cinéaste canadien y sont déjà présentes. C’était l’époque où Cronenberg, grand cinéaste, n’était pas encore célébré dans le monde entier, n’était pas un auteur pontifiant, réalisant des films pour festivals de cinéma prestigieux… Avec Toute la Culture, entrons dans la meilleure période cinématographique du poète de la « nouvelle chair »

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De nos jours, le cinéma de David Cronenberg ne cesse, hélas, de décevoir. Le cinéaste de Toronto ne réalise plus ces films de genre fantastiques, horrifiques, dont le sous texte psychanalytique et métaphysique passait au dessus de la tête de beaucoup de critiques qui ne voyaient en lui qu’un simple « faiseur » de films d’horreur.

Nous étions dans les années 70-80 et Cronenberg alignait les classiques du genre : Frissons, Rage, Chromosome 3, Scanners, Vidéodrome, Dead Zone, La Mouche, …

Une poignée d’aficionados vénérent Cronenberg, alors que la critique bien-pensante vomit ce cinéma célébrant le mariage du sexe, des mutations physiques et génétiques, de la psychanalyse, de la contamination par la maladie, …

Cronenberg commence à être davantage pris au sérieux à partir de Dead Zone (1983) adaptation éblouissante du roman de Stephen King. La Mouche rate de peu le Grand Prix du Festival du Film d’Avoriaz 1987 (on lui préfère Blue Velvet de David Lynch). Le film, produit par Mel Brooks – comme Elephant Man de Lynch – impressionne et devient un immense succès public. L’adoubement critique a lieu avec Faux Semblants (Dead Ringers – 1988) qui rafle cette fois-ci le Grand Prix du défunt Festival du Film fantastique d’Avoriaz en 1989.

Depuis, Cronenberg a beaucoup déçu ses premiers fans. A raison. Si l’homme continue à intervalles réguliers de signer des œuvres intéressantes, il se se prend désormais pour un esthète.  Ces films (Cosmopolis) livrent des messages surlignés au stabilo par des dialogues pontifiants. Quand ils n’ont pas carrément vingt-cinq ans de retard (sur Hollywood, mieux vaut regarder The Canyons de Schrader que le Maps to the stars de Cronenberg) On regrette le temps où les idées du maître passaient avant tout par l’image, le son, la transgression.

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La reprise de Vidéodrome par le distributeur Splendor Films vient à point nommé pour nous rappeler à quel point Cronenberg fut un cinéaste de génie, un artiste visionnaire célébrant tout autant le fantastique, la liberté sexuelle, les nouvelles technologies (tout en faisant œuvre de moraliste quant à leur dérives éventuelles futures). Vidéodrome est le Orange Mécanique des années 80 !

Dans Vidéodrome, on retrouve James Woods (un an avant Il était une fois en Amérique de Leone, trente-quatre ans avant ses déclarations grotesques pro-Donald Trump) et l’icône de la musique disco-pop des eighties, Deborah Harry, chanteuse de Blondie !

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Quand on revoit Vidéodrome aujourd’hui (et même si on l’a vu lors de sa sortie salles en France, le 16 mai 1984), la sidération l’emporte ! On est tétanisé par ce film qui fait œuvre de divination. Tout y passe : explosion des chaines câblées, des programmes à la carte, du sexe en réseau, des casques de réalité virtuelle. Cronenberg semble avoir le cerveau directement connecté à ce futur, qui est aujourd’hui notre présent.

L’évocation de certaines pratiques sexuelles extrêmes semble annoncer cette recherche de la « performance » tant représentée dans la pornographie actuelle. Encore une fois Cronenberg ne donne aucune leçon de morale, ne porte aucun jugement. Le cinéaste porte un regard froid, méthodique, clinique (il a fait des études scientifiques) sur ce qu’il appelle le film « la Nouvelle Chair ». Des scènes marquent durablement l’esprit:  la symbiose d’un flingue avec une main, un ventre devenant un magnétoscope humain, …

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Cronenberg va encore plus loin en évoquant les snuffs movies – films dont on n’a jamais pu prouver l’existence – dans lesquels des victimes sont réellement torturées et assassinées.

C’est toute une fascination pour l’image, la violence, sa représentation graphique, qui est questionnée dans Vidéodrome. En un sens, Cronenberg devance de quatorze ans le Funny Games de Michael Haneke (de manière moins frontale, il est vrai).

La force de Vidéodrome est celle des grands films de genres fantastique, de science-fiction, d’anticipation et d’épouvante : éclabousser l’écran d’une œuvre qui secoue le spectateur car elle lui montre la société à laquelle il doit se préparer.

Cronenberg tentera une expérience similaire en 1999 avec l’intéressant eXistenZ, mais avec moins de force et de pertinence.

Grégory Marouzé

Synopsis : Le patron d’une petite chaîne sur le câble capte par hasard un mystérieux programme-pirate dénommé Vidéodrome, qui met en scène d’étranges situations. Son visionnage provoque peu à peu des hallucinations et autres altérations physiques. La frontière entre réalité et univers télévisuel devient bien mince, et la folie guette…

Vidéodrome  de David Cronenberg

Avec James Woods, Sonja Smits, Deborah Harry, Peter Dvorský, Les Carlson, Jack Creley, Lynne Gorman

Producteur Claude Héroux

Scénariste David Cronenberg

Chef-opérateur Mark Irwin

Monteur Ronald Sanders

Décors Carol Spier

Musique Howard Shore

Format image 1:85, Couleurs

Son Mono

Version VOSTF

Titre original : Videodrome

Canada, 1984, Fantastique, 87 min, Interdit aux moins de 12 ans

1984: Prix du meilleur film de science-fiction – Festival international du film fantastique de Bruxelles

Sortie le 12 Avril 2017

Visuels: Splendor Films


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