« STEFAN ZWEIG, ADIEU L’EUROPE » De Maria Schrader

16 août 2016 Par David Rofé-Sarfati | 0 commentaires

En 1936, Stefan Zweig décide de quitter définitivement l’Europe. Le film raconte son exil, de Rio de Janeiro à Buenos Aires, de New York à Petrópolis.

Maria Shrader signe ici un film beau aux motifs parfois faciles cependant que esthétiquement irréprochables et d’une grande efficacité littéraire. En 10 épisodes, par autant de touches légères mais si bien choisies elle a su poser l’essentiel de ce qui fera le Zweig fuyant l’Europe pour glisser lentement vers un suicide par découragement. Pour son troisième film en tant que réalisatrice, la comédienne Maria Schrader nous propose non un biopic mais le récit travaillé et élaboré des derniers mois de l’auteur du Joueur d’échecs. On le suit au Brésil, à New York ou en Argentine. Et lentement le portrait de l’intellectuel nous apparaît et se dévoile sa pensée dans ce qu’il avait compris en premier et qui fera son suicide.

Nous le suivons lors du congrès de l’association des femmes et d’hommes de lettres A PEN, devant un maire brésilien écorchant son nom ou devant un orchestre local malmenant une valse viennoise de Strauss, devant ses lecteurs, ses groupies, ses amis intellectuels de tous les continents et de toutes les langues. Son monde s’est rétréci. A titre personnel il aurait voulu recommencer tout à partir du commencement mais il est trop fatigué trop vieux. Âgé, il garde toutefois la même jeunesse d’esprit devant son nouveau chien de compagnie, la même ardeur à écrire ce qui sera son dernier livre, Le joueur d’Échecs, la même ferveur à s’émerveiller du monde.

Zweig aura compris deux choses, et c’est la force de ce film de nous le révéler. La barbarie ne se combat pas avec des mots fussent ils les plus beaux et les mieux choisis. Les colloques d’intellectuels, de philosophes, d’écrivains, de psychanalystes ne combattent rien sauf le pessimisme or il faut rester pessimiste tout en continuant à écrire, à créer.  Car la barbarie reconnait sa victoire dans chaque renoncement.  Aujourd’hui où la foire de Lille est annulée, Zweig aurait su nous dire combien il est déplorable de renoncer ici alors qu’il est vain de guerroyer à coup de stands de foire. Zweig serait Charlie défendant le précieux droit au blasphème et applaudissant les forces de l’ordre, uniques protections contre la barbarie.

Un  film fort qui fait penser ce qui nous arrive dans un anachronisme contributif.

 Visuel : DR


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