Retour sur « Adieu Bohème », une fiction poétique et onirique proposée par la 3ème scène de l’opéra national de Paris !

2 novembre 2017 Par
Magali Sautreuil
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Vendredi 27 octobre dernier, la 3ème scène de l’opéra national de Paris nous invitait à découvrir « Adieu Bohème », une fiction poétique réalisée par Jeanne Frenkel et Cosme Castro. Tourné en direct depuis les sous-sols de l’opéra Bastille, ce court-métrage a également été diffusé en simultané sur Internet et au studio Bastille, où les musiciens Flavien Berger et Lou Rozinger nous ont interprété la bande originale du film en live. Une très belle performance, saluant une proposition audacieuse !

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L’histoire est certes assez simple, mais ne manque pas de génie. En effet, qui aurait pu imaginer, niché dans les entrailles de l’opéra Bastille, un cabinet médical un peu particulier, destiné à soigner les cœurs brisés, ce ne sont les réalisateurs Jeanne Frankel et Cosme Castro ? L’idée leur est venue en visitant les sous-sols de l’opéra Bastille. En découvrant le nombre considérable de décors entreposés ici et là, ils ont eu l’impression de « traverser les abysses de la création » et ont ainsi eu l’envie de réutiliser ce cadre pour leur film.

Celui-ci joue un rôle important dans le processus de guérison des patients du professeur Turrell. Suite à une séparation douloureuse avec son ex-femme qui l’avait quitté pour un autre, ce dernier est devenu un spécialiste des cœurs brisés. Afin de les réparer, il invite les couples qui se séparent à se dire adieu de la plus belles des manières, en mettant en scène la fin de leur histoire. « Chaque chagrin d’amour a en effet son remède » et, puisque nous endossons chaque jour différents rôles dans notre quotidien et que « chaque vie mérite un film », pourquoi pas jouer sa propre séparation.

De cette manière, le professeur espère la rendre moins douloureuse et il y parvient plutôt bien. Son cabinet est même assez réputé. Les choses se compliquent un peu lorsqu’un certain monsieur Prigent débarque dans son cabinet. Sa requête est quelque peu particulière puisqu’il a perdu sa femme dans les attentats du 13 novembre 2015, qui ont frappé Paris, lors d’une fusillade dans un café. Mais à l’impossible, nul n’est tenu et lui-aussi pourra dire adieu à sa bien-aimée, comme il se doit…

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Le professeur Turrell et sa secrétaire

Le sujet, aussi tragique soit-il, n’est en rien larmoyant. La personnalité extravertie du professeur Turrell, la présence incongrue de son cabinet au sixième sous-sol de l’opéra Bastille, soit 17 mètres sous la scène principale, et le principe même de mettre en scène sa propre séparation paraissent tellement irréels, qu’ils offrent le décalage nécessaire au spectateur pour ne pas sombrer dans le pathos. Tout ceci semble tellement étrange qu’il est probable que cela ne soit qu’un rêve, celui de monsieur Prigent.

La construction du film en elle-même participe à ce sentiment, puisqu’il s’agit d’un long plan-séquence filmé en direct. À l’instar des romans et films fantastiques, l’histoire se déroule dans un cadre familier et bien réel : celui de Paris, la nuit, à l’opéra Bastille, après les attentats du 13 novembre 2015. Puis, il nous emmène dans un univers à la fois similaire et différent : il est impossible que l’opéra Bastille abrite en son sein un cabinet des cœurs brisés et pourtant, c’est bien le cas. Cette perte de repères a de quoi intriguer le spectateur et lui donner l’envie de découvrir ce qui se trame et il aura bien raison !

Outre une fiction poétique et onirique, les réalisateurs nous proposent également de découvrir les coulisses à la fois de l’opéra et du tournage d’un film. On a vraiment l’impression d’être sur un plateau de cinéma et d’assister au balai des figurants et des techniciens, ainsi qu’aux différents changements de décors et de costumes. Découvrir ainsi le cœur de l’opéra et les rouages d’un film est quelque chose de très jouissif, le tout, accompagné d’une musique tout aussi charmante.

Flavien Berger et Lou Rotzinger ont en effet interprété en direct, depuis le studio Bastille, la bande originale du film. Accompagnés de deux choristes, ils nous ont livré leur version de « La Bohème » de Giacomo Puccini. Les deux artistes nous ont offert une belle performance. Leur mérite est d’autant plus grand qu’ils ont dû travailler leurs partitions d’après le texte du scénario et non les images. Pourtant, les deux se marient à merveille. La bande-son contribue énormément à la dimension poétique et onirique du film. Le piano de Lou Rotzinger et la musique électronique de Flavien Berger parviennent à créer une atmosphère, non pas visuelle, mais sensorielle.

« Adieu Bohème » est une œuvre non seulement visuelle et musicale, mais aussi sensorielle, une mise en abîme qui nous questionne à la fois sur nous mêmes, notre société et la manière dont on se met en scène…

Informations pratiques :

Titre : « Adieu Bohème »

Genre : Méta-cinéma / Fiction

Scénario et réalisation : Jeanne Frenkel et Cosme Castro

Musique : Flavien Berger et Lou Rotzinger

Distribution : Richard Sammel dans le rôle du professeur Turrell, Thibaut Évrard dans celui de Mr Prigent, Lucie Digout dans celui de Sarah, Fanny Santer dans celui de la secrétaire et Pascal Reneric dans celui de Marcus

Production et crédits photos : Lopéra national de Paris et les films Pelléas

Durée : 25 minutes

Diffusion : Le vendredi 27 octobre 2017, au studio Bastille, à Paris