« Pulsions » et « Blow Out »: Reprises de deux classiques emblématiques de De Palma

21 juin 2016 Par admin | 0 commentaires

Cette semaine voit surgir sur grand écran les reprises de « Pulsions » et « Blow Out ». L’occasion de (re)voir deux œuvres emblématiques du Brian De Palma des eighties marquées par la violence, le sexe, le baroque et l’outrance. Il est passionnant de revoir « Pulsions » (1980) et « Blow Out » (1981) trente-cinq ans après leur réalisation.

Note de la rédaction :

Les deux films de De Palma ont imprimé à jamais les rétines des spectateurs lors de leurs sorties au cinéma et, plus tard, en VHS. Si « Pulsions » et « Blow Out » continuent de fasciner par leur maîtrise technique, l’ampleur de leur mise en scène, leurs références affirmées (mais digérées) à Hitchcock, on ose dire qu’ils ont quelque peu vieilli. On voit déjà les aficionados de De Palma s’offusquer. Rassurons-les, il n’est point question de remettre en cause le génie d’un cinéaste parmi les plus créatifs du Nouvel Hollywood. Le réalisateur de « Phantom of the Paradise » a souvent usé et abusé d’effets de style (ralentis, photographie criarde, split screen – fameux écrans partagés montrant différents points de vue d’une même scène -, …). Des deux films « Pulsions » est celui qui a davantage subi les assauts du temps. Le regard que Brian De Palma portait à l’époque sur le transgénérisme (pour ne citer qu’un exemple) semble aujourd’hui totalement à côté de la plaque. De Palma, qui aime choquer, a toujours flirté avec le mauvais goût et la vulgarité. Mais, paradoxalement, c’est ce qui fait le prix de son cinéma. « Pulsions » démarre fort. On y voit Angie Dickinson – star féminine de « Rio Bravo » – se caressant langoureusement sous la douche. Le film – variation autour du « Psychose » de Hitchcock, mais « Vertigo » est également convoqué – ose à peu près tout : du gore, une scène de sexe dans un taxi, la découverte que le personnage de Dickinson – décidément – a sans doute contracté une MST, … « Pulsions » est le film d’un sale gosse qui se plait à repousser les limites de la censure et du spectateur en en faisant de gros voyeurs. On ne peut détourner le regard de « Pulsions » tant le film demeure fascinant pour ses outrances graphiques, sa violence, son érotisme, son audace. Il y a des chefs-d’œuvre qui vieillissent. Oui mais voilà, ils n’en demeurent pas moins des chefs-d’œuvre. Réalisé un an plus tard – en 1981, donc – « Blow Out » a beaucoup moins subi les ravages du temps. Evacuons d’emblée ce qui a le plus vieilli : la musique de Pino Donaggio, compositeur fétiche de De Palma, déjà à l’œuvre sur « Pulsions ». Attention : On adore Donaggio ! Mais sa musique est parfois en décalage avec le film. Notamment lors d’une poursuite de voiture que Donaggio illustre d’un thème prog-rock sous influence du groupe italien « Goblin » – auteur de la musique du « Suspiria » de Dario Argento, autre maître de l’outrance et du baroque -. Tout à la fois thriller politique, love story tragique, déclaration d’amour au cinéma, variation autour du « Blow Up » de Antonioni, parabole désenchantée sur les Etats-Unis, « Blow Out » prouve aussi à quel point John Travolta est un grand acteur. Sortant de « Saturday Night Fever » – superbe portrait d’une génération perdue à réhabiliter d’urgence -, Travolta sidère par la force de son jeu, l’expressivité tragique qu’il donne à son personnage. Il est l’égal d’un Pacino. « Blow Out » tend vers davantage de simplicité, de romantisme et moins d’esbroufe. La scène du métro et sa fin bouleversante annoncent le plus grand film de De Palma, « L’Impasse ». Véritable pierre angulaire du film noir ! Le chant du cygne du cinéma provocateur et voyeuriste de De Palma sera le somptueux « Body Double ». Quand il souhaitera renouer avec son style des années 80 – si l’on excepte le ratage fascinant qu’est « L’Esprit de Caïn » – De Palma versera dans de pénibles auto caricatures (« Femme Fatale », « Passion »). Raison de plus pour revoir aujourd’hui « Pulsions » et « Blow Out » ! Voilà deux pépites impossibles à produire dans le système du cinéma américain actuel. La folie des Wonderboys du Nouvel Hollywood n’est, hélas, déjà plus qu’un lointain souvenir.

« Pulsions » (« Dressed to Kill » – 1980) de Brian De Palma avec Nancy Allen, Michael Caine et Angie Dickinson. 1h46 « Blow Out » (1981) de Brian De Palma avec John Travolta, Nancy Allen, John Lithgow. Durée : 1h47 Films en exclusivité le 22 juin 2016 au Christine 21, 4 rue Christine Paris 6e Distribution : Mission Photos, affiches et films-annonces © Mission


Grégory Marouzé


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