« Priscilla, Folle du Désert »: Retour sur les écrans de la comédie australienne Queer et culte !

27 février 2017 Par
Gregory Marouze
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Alors que Priscilla, Folle du Désert est actuellement à l’affiche du Casino de Paris dans sa version scénique, Toute La Culture revient sur la reprise au cinéma du film original ! Ode à la tolérance, portée par l’énergie de Terence Stamp, Hugo Weaving et Guy Pearce, Priscilla, Folle du Désert est devenu culte auprès du public. Réalisé en 1994, le film tient-il toujours la route ? S’est-il pris un p’tit coup dans l’aile ? Réponse par Toute La Culture…

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Le cinéma australien, ne se résume pas aux films géniaux de George Miller et Peter Weir. Il est des cinéastes plus discrets, qui apporte leur pierre à l’édifice d’une production dont on ne découvre pas assez, hélas, les films sur notre territoire hexagonal.

Stephan Elliott en fait partie. Et dans la mémoire des cinéphiles, ou plus simplement amateurs de comédies, il reste attaché à son plus grand succès : Priscilla, Folle du Désert.

Le 4 janvier 1995, lorsque le film sort sur les écrans français, le film de Elliott est déjà précédé d’une réputation flatteuse. On parle d’un vent de fraicheur dans la comédie (musicale), de numéros exceptionnels des acteurs du film, d’un hymne à la tolérance bienvenu pour la communauté LBGT, qui a tant souffert de discrimination, notamment depuis l’apparition du SIDA.

Quand on revoit le film aujourd’hui – bonne idée de la part de Splendor films et ASC Distribution de le reprogrammer en salles – on se dit que Priscilla, Folle du Désert est toujours salutaire, nécessaire, 23 ans après sa réalisation.

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Il y a un vrai respect, aucune moquerie dans la description de ces trois Drag Queens qui parcourent en autocar le désert australien, pour présenter leur show itinérant dans des petites villes.

Terence Stamp (le génial The Collector de William Wyler, Théorème de Pasolini), Hugo Weaving (futur Agent Smith des Matrix) et Guy Pearce (Memento) incarnent avec beaucoup de finesse leurs personnages. S’ils sont souvent à la limite de la caricature, ils n’y tombent jamais. Le script, un peu léger, y est tout de même pour beaucoup. Stephan Elliott a travaillé ses personnage de telle sorte qu’ils n’apparaissent jamais comme des figures stéréotypées. Bernadette, Mitzy, Felicia sont des personnages complexes, avec leur passé, coups durs et blessures.

Priscilla, Folle du Désert ne perd jamais le but fixé : raconter une histoire qui prône la tolérance et l’acceptation de l’autre. Une scène marque davantage qu’une autre : lorsque nos ami(e)s Drag Queens sont accueillis par des aborigènes, peuple rejeté, méprisé. Et dont l’Histoire est une tragédie au même titre que celle des indiens d’Amérique. Belle scène que la rencontre de ces « parias » de la société qui conjurent la tristesse, l’aigreur, la haine des autres, la bêtise, en s’amusant, chantant, vivant !

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Mais Priscilla n’est pas qu’une parabole ou un film-symbole. On apprécie également que le film ne charge pas la mule au niveau quota émotionnel. On est souvent touché, il est vrai, en regardant Priscilla, Folle du Désert mais jamais Stephan Elliott ne cherche à faire du pathos. Dès que l’émotion se fait un peu trop présente, il part dans le délire – Ah, ce moment où l’on découvre une fiole contentant les besoins naturels de l’une des chanteuses d’un célèbre groupe suédois ! -.

Priscilla est une œuvre d’une grande richesse esthétique. Les décors naturels (superbement photographiés par Brian J. Breheny) donnent le tempo d’un road movie qui ne connaît aucun temps mort. Beauté des déserts australiens, ciels bleus, photogénie de petites villes qui semblent issues de westerns de séries B.

N’oublions pas les costumes délirants et inventifs des personnages, chorégraphies, reprises (en play-back) de standards de la musique des seventies. Ceux qui aiment Gloria Gaynor, Abba, Village People et autres groupes cultes des années disco vont être aux anges.

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Priscilla, Folle du Désert n’a quasi pas vieilli. Si le film n’est pas un chef-d’œuvre impérissable de l’Histoire du cinéma (la mise en scène de Elliott est un peu trop illustrative), il a su passer les années.

Sans doute parce que notre époque n’a pas beaucoup progressé (régressé?) niveau tolérance. Aussi, parce que le film de Stephan Elliott aborde des sujets graves et profonds avec une joie, une légèreté, un humour délirant qui ne laissent aucun public sur le bord de la route.

Et si Priscilla, Folle du Désert était un antidote à la connerie humaine ?

Grégory Marouzé.

Synopsis : Felicia et Mitzi, deux travestis australiens, et Bernadette, une transsexuelle, doivent se produire à l’autre bout du pays. Entre eux et l’hôtel où ils sont attendus s’étend le désert, immense et aride. Les trois amis ne se laissent pas décourager. Ils achètent un bus, qu’ils baptisent «Priscilla», et foncent à tombeau ouvert sur les pistes sablonneuses.

Priscilla Folle du Désert (The Adventures of Priscilla: Queen of the Desert) de Stephan Elliott

Scénario Stephan Elliott

avec Terence Stamp, Hugo Weaving, Guy Pearce, Bill Hunter

Musique : Guy Gross

Chef-opérateur : Brian J. Breheny

Montage : Sue Blainey

Australie, 1994, Comédie musicale, 104 min

Prix du Public, Un Certain Regard Cannes 1994
Oscar des meilleurs costumes, 1995

Reprise le 1er mars 2017

EN CO-DISTRIBUTION AVEC ASC DISTRIBUTION

Visuels: Splendor Films