« Phase IV »: Reprise du film culte de Saul Bass, créateur de génériques mythiques du 7ème Art

10 septembre 2017 Par
Gregory Marouze
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Toute la Culture vous invite, vous incite, à découvrir une rareté en salles : Phase IV. Swashbuckler Films a l’excellente idée de reprendre cette merveille en copie numérique restaurée. Signé par Saul Bass, le plus grand designer du cinéma américain, créateur de génériques mythiques du septième Art, Phase IV est l’unique long-métrage de son réalisateur. Il faut découvrir ou redécouvrir sur grand écran ce film unique, au croisement du cinéma catastrophe, de la science-fiction, de la fable, du cinéma métaphysique et expérimental.

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Né à New-York le 8 mai 1920 et mort le 25 avril 1996 à Los Angeles, le graphiste Saul Bass est le fer de lance de quelques-uns des plus beaux films américains de l’Histoire du cinéma.

On lui doit des génériques d’une grande puissance visuelle qui résument à eux-seuls le film que nous allons découvrir. Jugez plutôt : L’homme au bras d’or (1955) de Otto Preminger, Sept ans de réflexion (1955) de Billy Wilder, Vertigo (1958) de Alfred Hitchcock, La Mort aux Trousses (1959) toujours du grand Hitch, Spartacus (1960) de Stanley Kubrick, West Side Story (1961) de Robert Wise et Jerome Robbins, L’opération diabolique (1966) film parano-délirant de John Frankenheimer qui annonce le cinéma de David Fincher, Les Affranchis (1990), Les Nerfs à vif (1991), Le temps de l’innocence (1993) et Casino (1995) – le dernier travail de Saul Bass avant sa mort – réalisés par Martin Scorsese.

Pour ceux qui ont eu la chance de le découvrir – principalement en VHS et lors de diffusions sur des chaînes câblées -, Phase IV fait figure de véritable objet filmique non identifié.

Réalisé en 1974, il est le seul long-métrage de Saul Bass, génie trop méconnu du cinéma, auquel les cinéphiles du monde entier vouent un véritable culte.

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Le personnage est devenu si légendaire au point qu’il est lui-même au cœur d’une légende. On dit que Bass aurait réalisé intégralement la séquence mythique de la douche, morceau de bravoure de Psychose que Alfred Hitchcock signe en 1960. Saul Bass l’a affirmé tandis que Hitchcock l’a soigneusement et fermement démenti.

En 1974, Saul Bass passe donc à la réalisation avec Phase IV qui n’obtient aucun succès public et demeure, encore aujourd’hui, incompris par beaucoup.

Phase IV raconte l’histoire de scientifiques aux prises avec des fourmis s’apprêtant à dominer le monde. Si vous vous attendez à découvrir un film de monstres classique – à l’image de merveilleuses séries B comme Des monstres attaquent la ville que Gordon Douglas réalise en 1954 – vous risquez d’être déçus.

Point de créature géante dans Phase IV, ni d’effets spéciaux sophistiqués. Mais un travail sur le cadre, le hors champ, le montage image, la tension nerveuse, le son, des images incroyables de fourmis filmés en macro. On n’est pas loin ici du cinéma expérimental. Sans oublier la photographie saisissante signée par Dick Bush.

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Phase IV se veut – et y parvient – une réflexion sur l’arrogance des hommes, le mal qu’ils font à la planète (hé oui, déjà en 1974), la puissance de la nature. Voilà un film qui se situe entre le cinéma de Kubrick et celui de Terrence Malick (quand ce dernier est en forme).

D’une noirceur assez typique du cinéma américain des seventies (le Viet-nam n’est jamais très loin dans la tête des grands cinéastes de l’époque), Phase IV est un film qui fut mal reçut. Mais il obtient un statut de film culte auprès de ceux qui aiment un cinéma original et novateur, intelligent, qui prend soin de ne pas laisser le spectateur sur le bord de la route.

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Contrairement à la légende qui veut que Saul Bass n’ait signé qu’un film – à l’image de Charles Laughton et La Nuit du Chasseur (1955) – le graphiste mettra en scène un étonnant court-métrage de science-fiction, Quest, qu’il réalise avec sa femme Elaine, d’après Ray Bradbury.

En attendant de pouvoir découvrir un jour The Quest dans les salles obscures, vous pouvez admirer Phase IV. Il y a de grands moments dans la vie dans la vie d’un cinéphile. Phase IV en fait partie.

Grégory Marouzé

Phase IV de Saul Bass

Scénario : Mayo Simon

Directeur de la photographie : Dick Bush

Musique : Brian Gascoigne

Production : Paul B. Radin (Paramount Pictures)

 Avec Nigel Davenport (Dr. Ernest D. Hubbs)

Michael Murphy (James R. Lesko)

Lynne Frederick (Kendra Eldridge)

Alan Gifford (Mr. Eldridge)

Robert Henderson (Clete)

Helen Horton (Mildred Eldridge)

Américain /1974 / 84min / DCP / VOSTF / visa n° 43981

Synopsis : Après un mystérieux événement cosmique, d’étranges structures et motifs commencent à apparaître dans le désert. Quand les scientifiques essayent d’en découvrir l’origine, ils sont choqués d’apprendre que ce serait le travail de fourmis très évoluées. Celles-ci essayent de communiquer avec l’Homme, quitte à organiser d’inquiétantes expérimentations sur celui-ci…

Visuels © PARAMOUNT / SWASHBUCKLER FILMS

Film-annonce original de Phase IV (1974). Le film ressort en salles en v.o.s.t.f et copie numérique restaurée.