Retour sur le palmarès  du 69ème festival international du film de Locarno 2016 

17 août 2016 Par Magali Sautreuil | 0 commentaires

Le festival international du film de Locarno s’est tenu du 3 au 13 août 2016 en Suisse, sur les rives du lac Majeur, dans la ville éponyme. Cette année, le festival nous offre une sélection de 17 films en compétition, dont certains révèlent la cruauté de notre monde, mais pas seulement…

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Ce festival consacré au cinéma est un des plus anciens au monde. Créé en 1946 dans la ville suisse de Locarno, il est consacré au cinéma d’auteur et se veut à l’avant-garde en matière de nouvelles tendances. En effet, chaque année, il tente de dénicher de jeunes talents prometteurs.

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Afin de profiter de la sélection, sept salles de projection sont mises à disposition du public, en sus de la Piazza Grande, la place centrale de la ville. Transformée pour cette occasion en cinéma de plein air géant, cette dernière peut accueillir près de 8000 personnes.

Cette année, le festival, présidé par le réalisateur mexicain Arthur Ripstein, a voulu récompenser un cinéma jeune et audacieux et, en particulier, les femmes cinéastes avec pas moins de huit réalisatrices en compétition cette année !

Concours international :

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Le « léopard d’or », récompense suprême du festival, a été décerné à « Godless » (« Impie »), premier long-métrage de la réalisatrice bulgare Ralitza Petrova. Ce film, aussi noir que les taches du léopard, met en scène de manière crue et brutale la bassesse des gens dans une société où chacun essaie de tirer profit de l’autre. C’est ainsi que nous rencontrons Gana, une auxiliaire de vie désabusée morphinomane. Incarnée par l’actrice Iréna Ivanova, qui a d’ailleurs remporté le prix d’interprétation féminine pour son rôle, elle profite de sa situation pour dérober les identités des personnes âgées et séniles dont elle s’occupe et qui lui font confiance. Grâce à la complicité de son petit ami et d’un policier, elle parvient à les revendre sur le marché noir et les conséquences de ce trafic retombent fatalement sur ces personnes sans défense. Mais tout bascule le jour où le seul patient pour lequel elle éprouvait de l’affection se retrouve en prison à cause d’elle. En essayant de régler les choses, va-t-elle trouver le chemin de sa rédemption ?

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Le prix spécial du jury a été remis au réalisateur roumain Radu Jude pour son film « Inimi cicatrizate » / « Scarred hearts » (« Cœurs cicatrisés »), adapté du roman autobiographique de Max Blecher (1909-1938). Là encore, le ton est à la tragédie. 1937, le jeune Emmanuel, atteint d’une tuberculose osseuse, livre un combat perdu d’avance contre cette maladie qui le ronge. Isolé du reste du monde, confiné dans un sanatorium, malgré son ardent désir de vivre, il ne peut échapper à la mort, mais essaie de vivre pleinement chaque jour. L’immobilité, qui est cœur de ce film, renvoie d’ailleurs à cette attitude passive et au sentiment d’impuissance face à l’inéluctable issue de la maladie. Le confinement, l’isolement et l’exclusion de la société de certaines personnes, l’immobilisme et les corps allongés qui rappellent la mort, le déplacement de l’intrigue de Berck-sur-Mer (Nord de la France) aux bords de la mer Noire en Roumanie, sont autant d’éléments qui évoquent une autre lutte difficile. En effet, à la mort de l’écrivain juif Max Blecher dans sa ville natale de Roman en 1938, l’extrême droite vient d’arriver au pouvoir. Nous sommes à la veille de la Seconde Guerre Mondiale et de la solution finale. La dernière scène du film, avec le cimetière juif de Roman, renvoie à cette période mouvementée de l’Histoire durant laquelle le régime nazi et ses alliés se sont livrés au massacre des Juifs. Le passé sombre de son pays sera davantage exploré lors du prochain film de ce réalisateur roumain.

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Le prix de la meilleure réalisation est décerné au Portugais João Pedro Rodrigues pour « O ornitólogo » (« L’ornithologue »), film existentiel qui devrait sortir en France le 30 novembre prochain. Vous pourrez alors suivre l’ornithologue Fernando dans un voyage initiatique dans la forêt portugaise, sur le chemin menant de Saint-Jacques-de-Compostelle, en quête de spécimens rares, mais aussi de soi et de spiritualité.

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Le Polonais Andrzej Seweryn est sacré meilleur interprète masculin pour son incarnation du peintre et photographe surréaliste Zdzislaw Beksinski dans « Ostatnia Rodzina » / « The last family » (« La dernière famille »), premier film de Jan P. Matuszy?ski. Dans ce film, le réalisateur nous invite à suivre les tribulations de la famille Beksinski. Entre un père qui peint des corps en décomposition et des scènes apocalyptiques et un fils névrosé et suicidaire, cela nous promet un tableau de famille bien chaotique !

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Triple distinction pour « Mister universo » (« Monsieur Univers ») de l’Italienne Tizza Covi et de l’Australien Rainer Frimmel, qui reçoit à la fois la « mention spéciale » du jury du festival du film de Locarno, le prix « FIPRESCI » (fédération internationale des critiques de cinéma) et « l’Europa cinemas label ». Ce film émouvant nous met sur les pas de Tairo, un jeune dresseur de fauves. Suite à la perte de son porte-bonheur, il décide de partir en voyage sur les routes de l’Italie du Nord à la recherche de celui qui lui avait offert, Arthur Robin, ancien « monsieur Univers » de 1957.

Concours cinéastes du présent :

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« Mention spéciale » du jury et « léopard d’or » pour « El Auge del Humano » du réalisateur argentin Edouardo Williams. Exe, 25 ans, vit à Buenos Aires. Au chômage depuis peu, il se complait dans sa situation. Sur Internet, il rencontre Alf, un homme originaire du Mozambique qui s’ennuie dans son travail. Ce dernier va suivre un autre garçon prénommé Archie, qui s’enfuit dans la jungle. Leur périple à travers la végétation exotique et luxuriante pose la question de ce qui fait le « sel » de la vie.

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« Mention spéciale » aussi du jury pour « Viejo Calavera » / « Dark skull » (« Vieux crâne ») du Bolivien Kiro Russo. Elder Mamaní vient de perdre son père. Il doit alors vivre chez sa grand-mère près de la ville minière de Huanuni. Là-bas, son parrain Francisco lui trouve du travail à la mine, mais le jeune homme n’en a que faire et préfère errer ça et là. Très vite, il s’aperçoit qu’un de ses proches est impliqué dans la mort de son père…

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Le « prix spécial du jury Ciné + » est remis à « The Challenge » de l’Italien Yuri Ancanari. Ce documentaire nous mène sur les pas d’un fauconnier qui va accompagner ses oiseaux à un important tournoi au Qatar et nous offre de magnifiques paysages désertiques.

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Le prix du meilleur réalisateur pour un premier film va au Japonais Mariko Tetsuya pour « Destruction babies ». Il est question de la manière dont la violence engendre la violence. Taira et Shouta Ashiwara sont deux frères qui ont été abandonnés par leurs parents. Ils vivent dans la ville portuaire de Mitsuhama au Japon. Taira, le grand frère, chercher continuellement la bagarre quelque soit l’adversaire ou la raison. Un jour, après avoir été passé à tabac, il disparaît et se lance en quête d’adversaires costauds dans les rues de la ville, tandis que son petit frère, Shota, est à sa recherche. Mais jusqu’où ira la violence de Taira ?

Premiers films :

Le groupe horloger suisse « Swatch », partenaire officiel du festival, est également engagé envers les jeunes talents prometteurs de demain, en les invitant notamment en résidence au « Swatch art peace hotel » à Shangaï, qui comprend 18 studios où les artistes vivent et travaillent dans un environnement urbain stimulant.

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Le prix « Swatch » du meilleur premier film est décerné à la réalisatrice germano-argentine Nele Wohlatz pour « El futuro perfecto ». Le titre renvoie clairement au futur antérieur de la conjugaison espagnole et c’est d’ailleurs d’apprentissage et de maîtrise d’une langue étrangère et donc de compréhension mutuelle et d’intégration dont il est question dans ce film. En effet, la jeune Xiabin, âgée de seulement 17 ans lorsqu’elle arrive en Argentine, ne parle pas un mot d’espagnol. Elle va pourtant réussir à trouver un petit job qui lui permettra de mettre un peu d’argent de côté pour s’offrir des cours de langue…

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« Mention spéciale » du jury à « Gorge, cœur, ventre » de la Française Maud Alpi qui remporte le « Swatch art peace hotel award ». Tourné en France, le film nous plonge dans les coulisses des abattoirs. La peur au ventre, les animaux sentent leur mort approcher. Travailler dans un tel environnement alors que son compagnon le plus proche est un chien a de quoi troubler. Notre héros conservera-t-il ou reprendra-t-il sa vie de vagabond ?

Prix du public :

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« I, Daniel Blake » (« Moi, Daniel Blake ») du réalisateur anglais Ken Loach, « palme d’or » au dernier festival de Cannes, reçoit le prix du public UBS. Cette récompense résulte du vote des spectateurs lors des projections en plein air sur la Piazza Grande. Le film est profondément humain et nous plonge au cœur des aberrations administratives de l’État anglais. Comme toute administration, elle est incapable d’éprouver le moindre sentiment. C’est ainsi qu’un pauvre menuisier de 59 ans souffrant de problèmes cardiaques doit à tout prix trouver du travail, tandis qu’une mère célibataire de deux enfants se voit exiler dans un logement à 450 km de sa ville natale si elle ne veut pas être privée de la garde de ces derniers. Compagnons d’infortune, ces deux-là vont tenter de s’entraider…

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Le « Variety piazza grande award » est décerné au Suisse Frédéric Mermoud pour « Moka« . Ce thriller nous mène sur les pas de Diane (Emmanuelle Devos), une mère de famille, dont le fils unique a été tué dans un accident de voitures. Seule, elle se lance à la poursuite du chauffard avec pour seuls indices la marque et la couleur de sa voiture : une Mercedes couleur moka. En menant sa petite enquête, elle acquiert la certitude que Marlène (Nathalie Baye), propriétaire d’une parfumerie à Évian, est la coupable qu’elle recherche. Entre désir de justice et de vengeance, peur et culpabilité, la psychologie des personnages est extrêmement bien travaillée.

« Léopards de demain » - Concours international :

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En plus d’une nomination pour les « European film awards », « L’immense retour » de la Française Manon Coubia reçoit le « léopard d’or ». Le temps passe, mais les sentiments restent. Assise au bord d’une faille béante, une femme attend que la montagne lui rende son amour prisonnier des glaces. Mais quel sera l’issue de cette romance ?

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« Cilaos » du Colombien Camilo Restrepo se voit remettre le « léopard d’argent ». Une jeune femme vient de perdre sa mère. N’ayant jamais connu son père, elle décide de le retrouver, mais apprend que lui-aussi est mort. Ce film musical nous interroge ainsi sur les liens qui unissent les vivants et les morts.

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L’Italien Carlo Sironi est récompensé pour son premier film : « Valparaiso ». Rocio, 20 ans, tombée enceinte, trouve une échappatoire à sa détention. Mais parviendra-t-elle à assumer cette grossesse non désirée ?

« Léopards de demain » – Concours national :

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Le « léopard d’or » est remis à la Suisse Jadwiga Kowalska pour « Die Brücke über den Fluss » / « The bridge over the river » (« Le pont au-dessus de la rivière »). Là encore, s’opère un dialogue entre les vivants et les morts. Ce court film d’animation en noir et blanc met en effet en scène un homme seul sur un pont, au-dessus d’une rivière (celle des âmes des morts ?), tiraillé par le désir de revoir sa défunte bien-aimée.

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« Genesis » du Suisse Lucien Monot reçoit le « léopard d’argent ». Pour mettre un peu de piment dans son quotidien quelque peu monotone, Daniel, un soixantenaire, se lance dans la figuration.

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« La sève » de la Française Manon Goupil est récompensée par le « Best swiss newcomer award ». La sève, c’est la sève de l’arbre qui sert de refuge à Léna, 12 ans. La sève, c’est aussi l’essence de la vie d’un arbre, sa source de nutriments. Elle renvoie aux sentiments que nourrit Léna à l’égard du fiancé de sa grande-sœur. Mais qu’adviendra-t-il de ce triangle amoureux ?

Prix d’honneur :

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Enfin, le festival du film de Locarno ne se contente pas seulement de mettre en avant le cinéma de demain, mais il le fait dialoguer avec celui d’hier. Hommage est cette année rendu à l’actrice franco-britannique Jane Birkin, qui se voit remettre un « léopard d’or » pour l’ensemble de sa carrière.

Ainsi, cette année, au-delà des tragédies et des parcours initiatiques qui se sont joués, le festival international du film de Locarno a récompensé malgré tout des films où une lueur d’espoir pointait.


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