« Money », nuit d’enfer et grosses coupures [Critique]

27 septembre 2017 Par
Sylvain Lefèvre
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Nouvel opus et 4ème film de Gela Babluani, qui nous a régalé avec « 13 Tzameti » en 2006, « Money » était présenté cet été au festival du Film d’Angoulème. Cette fois, dans la riante banlieue havraise, trois pieds nickelés décident de faire main basse sur le pactole illégalement perçu par un secrétaire d’état natif du secteur rattrapé par un passé pas très clair. Une nuit d’enfer pour trois compères complètement novices.

Au cœur de ce thriller social très noir, Georges Babluani alias Danis, réfugié serbe a perdu sa femme depuis peu. Avec sa mère, il élève seul sa fille dans une banlieue pourrie de la cité portuaire. Entre petites combines et petits boulots, les fins de mois sont difficiles. Le malfrat local qui lui a prêté un peu de money se fait de plus en plus pressant. Touchant dans son jeu, sous ses allures d’ado attardé perdu dans un monde où l’argent est devenu roi, Danis franchira la ligne rouge du braquage. Initiateur du projet Vincent Rottiers, alias Eric, et sa sœur Alexandra, interprétée par la jolie Charlotte Van Bervesselès. Entre le cramé de service et la frangine un peu trop naïve, l’opération semble d’une facilité déconcertante. Une valise de liasses à récupérer et le tour est joué.

Cynisme option psychopathe

Détenteur des fonds illicites et cynique à souhait, Mercier, incarné par Louis Do de Lencquesaing, sera la victime. La leur, celle d’un système accusé d’avoir abandonné la jeunesse et dont il est un des artisans, mais aussi celle d’autres malfrats. Avec Georges Babluani, il est sans conteste le personnage le mieux incarné et mérite le détour.

Bien mal acquis ne profite jamais, nos voleurs à la petite semaine le découvriront bien vite. Vincent, alias Benoît Magimel, psychopathe homme de main aux allures de Mesrine, que Mercier va lancer à la poursuite de l’argent ne manquera pas de le leur rappeler. L’interprétation ténébreuse et malfaisante de B. Magimel fait mouche.

De petits manques

Hélas, ces talentueuses interprétations, y compris celle d’Anouk Grinberg – rare sur les écrans ces derniers temps – dans la rôle d’Anaïs (la mère), ne compensent pas quelques défauts. Si Gela Babluani sait rendre attachant le personnage de Danis, il n’en va pas de même de ses compères dont le profil psychologique est à peine effleuré dans un début de film un peu cafouillis. Avec le temps l’intrigue prend le pas et révèle un scénario ciselé pour un polar très noir mais parfois trop teinté de révolte adolescente un peu simpliste.

Vu au FFA d’Angoulême