« Ma’Rosa » de Brillante Mendoza en avant-première au Festival international du film de La Rochelle

4 juillet 2016 Par Cedric Chaory | 0 commentaires

Le glauque de Manille

Festival international du Film de la Rochelle – dimanche 3 juillet. Deuxième avant-première mondiale pour Ma’Rosa, après son passage cannois très remarqué. L’énième film coup de poing de Brillante Mendoza coupe un peu trop violemment le souffle et laisse le spectateur groggy.

Extérieur nuit – pluie. Dans un bidonville de Manille, infâme fourmilière poisseuse, vit la famille de Rosa Reyes, tenancière d’une boutique et dealeuse du quartier. Mère de famille respectée et comptable avisée, Ma’Rosa en impose. Dès la scène d’ouverture, on sent qu’on ne peut aisément la rouler. Crédits, débits, pesos, tontine… sa petite entreprise ne connaît pas la crise jusqu’à cette nuit où tout s’effondre lorsqu’une une escouade de policiers débarque dans sa boutique, l’arrête avec son mari pour possession de stupéfiants, et conditionne leur libération au versement d’une somme indue de 200 000 pesos. Trois de leur enfant feront alors tout pour récupérer la somme exigée.

Réflexion sur l’immoralité, sur le bien et le mal, sur l’argent qui circule incessamment (puis plus du tout), Ma’Rosa – 14ème film de Brillante Mendoza en 11 ans, vainqueur du Prix d’interprétation féminine au dernier Festival de Cannes pour Jaclyn Jose – est dans la droite lignée du cinéma coup de poing du réalisateur philippin. Filmé façon documentaire choc, caméra à l’épaule, Mendoza privilégie les longues prises, montées dans la continuité pour insuffler l’impression du direct, d’un présent raconté sans artifice. Le résultat est glaçant, offrant au spectateur l’image d’une société philippine totalement pourrie par la drogue, la corruption des flics, l’argent et le sexe.

Malgré son titre, le personnage principal du film n’est pas celui auquel on pense : Ma’Rosa  (Jacky Jose, très juste, est au final peu présente à l’écran). Non la star glauque du film est le bidonville de Manille, qui achève de dresser un tableau horrifique du pays. Brillante Mendoza « convaincu que le lieu où l’on vit a une incidence sur notre comportement », a jugé important pour le spectateur de filmer ce monde dans lequel ces personnages vivent. Un enfer en somme.

Eminemment politique, Ma’Rosa joue au final la carte du mélodrame social relativement classique. Le schéma « mère courage / père absent, enfants abandonnés et consorts » est à l’œuvre et ce n’est pas son cadrage très « Enquête exclusive » qui ajoutera le petit plus manquant pour en faire une œuvre essentielle. Bien trop oppressante 2 heures durant, Ma’Rosa souffre sans doute d’un manque de respiration, d’un semblant d’espoir qui pourrait nous faire croire en l’humanité. Et ce n’est pas la toute dernière scène du film où l’on voit Rosa, enfin libérée des flics véreux, observant une famille unie et honnête comme elle souhaiterait savoir la sienne qui effacera cette sensation d’étouffement qui habite le film.

 Cédric Chaory.

A l’affiche le 30 novembre 2016


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