« Lou Andreas-Salomé », un biopic allemand bien ficelé de la muse de Nietzsche, Rilke et Freud

9 mai 2017 Par
Yaël Hirsch
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Après le Clara de Helma Sanders-Brahms et le Hannah Arendt de Margarete von Trotta, le film réalisé par Cordula Kablitz-Post sur la mythique Lou Andreas-Salomé s’inscrit dans la droite lignée des bons biopics made in Germany sur des femmes allemandes exceptionnelles. Efficace, structuré et mettant en valeur un sujet passionnant, c’est un film à découvrir en salles en France le 31 mai.

lou-andreas-salome

Née à Saint Petersbourg en 1861, dernière d’une fratrie faite d’hommes, Louise von Salomé décide qu’elle vivra selon ses règles et qu’elle étudiera. Elle se rend donc à Zürich, seule université en Europe à recevoir les femmes. Un début de phtisie la mène avec sa mère en Italie où elle rencontre Friedrich Nietzsche et Paul Rée. Avec eux, elle fonde un chaste et étrange ménage à trois qu’elle espère pouvoir mener jusqu’à Berlin. Mais la famille de Nietzsche s’oppose. Rée est donc le gardien de cette femme fatale et vierge à tout et tous, sauf la philosophie. C’est finalement l’orientaliste Friedrich Carl Andreas qui l’épouse, toujours avec la close de non-consommation du mariage. Avec son roman sur la perte de la foi en Dieu, elle devient la coqueluche de Berlin. Et elle tombe pour la poésie du jeune Rainer Maria Rilke. Avant de rencontre Freud avec qui elle commence son analyse et elle poursuit des travaux de psychanalyse qu’elle a entrepris sur le narcissisme. Elle meurt en 1937, à Göttingen.

Biopic solidement construit à partir des confessions de Lou diabétique et vieille dictant sa vie à son dernier prétendant(qui en portera l’héritage jusque dans les années 1986), ce Lou Andreas-Salomé a tous les avantages d’une fiction réalisée par une spécialiste du documentaire et interprétée par des actrices efficaces de théâtre et de télévision : Autour de trois incarnations de Lou et avec une structure très carrée en flash-backs, le film nous emmène avec une bel effet sur les images – cartes-postales dans une vie riche et trépidante. Les scènes les moins réussies sont les dialogues d’idées sur Schopenhauer ou Dieu, mais le caractère bien trempé de la femme fatale est parfaitement nuancé et les scènes d’amour très réussies. On se laisse porter avec joie en enchantement jusqu’à la fin du film et l’on a envie d’aller lire l’oeuvre de Lou Andreas-Salomé plutôt que de s’en tenir à son illustre tableau de chasse : un exploit très agréable que de passer les portes de la vie hors du commun d’une femme pour aller la lire. Et un art du biopic parfaitement maîtrisé.

Lou Andreas-Salomé de Cordula Kablitz-Post, avec Nicola Heesters, Katharina Lorenz, Matthais Lier, Alexander Scheer, Allemagne, 2016, 113 min. Sortie française Bodega films le 31 mai 2017.


visuels : affiche officielle.