Le palmarès du Festival de Cannes 2016: vive Ken Loach

22 mai 2016 Par Olivia Leboyer | 1 commentaire

affiche Cannes 2016

Ce 69e Festival de Cannes a sacré Ken Loach, pour son très beau I, Daniel Blake. On est forcément heureux de ce choix : le cinéma de Ken Loach nous accompagne, nous alerte et nous réconforte depuis longtemps.  Le reste du palmarès ? Le voici (Yaël Hirsch et Geoffrey Nabavian ont vu les 21 films de la compétition, leurs articles sont tous sur TLC) :

D’entrée de jeu, sur les marches, l’arrivée du jury fait plaisir à voir : souriants (en particulier un Arnaud Despelchin radieux), décontractés, les jurés semblent à l’unisson. C’est encore Vanessa Paradis qui éblouit le plus, avec une robe Chanel bustier noir ornée de dentelle blanche et toute boutonnée, sublime (nous ne sommes toujours pas remis de sa robe pastel jaune et bleu de la conférence de presse du premier jour, avec deux pans et un décolleté croisé dans le dos).

Laurent Lafitte s’est montré très sobre et classe dans sa présentation, avec des pointes d’humour, cette fois, choisies et bien dosées (« On croit que le jury rappelle les équipes primées le dimanche pour qu’elles reviennent à Cannes. Mais c’est faux : le jury regarde qui est encore à Cannes et décide alors à qui il va remettre les prix. »)

Le prix du court-métrage a été attribué à Timecode de Juanjo Jimenez (ainqi qu’une mention spéciale au court-métrage brésilien La jeune fille qui dansait avec le diable)

Nous sommes ravis que la caméra d’or ait récompensé le très beau Divines de Houda Benyamina, présenté et primé à la Quinzaine (critique de Hugo). La jeune femme a livré un discours vibrant, très émouvant.

C’est un Arnaud Desplechin à la voix pleine d’émotion qui a remis la palme d’honneur à Jean-Pierre Léaud. Cette année, Jean-Pierre Léaud incarnait Louis XIV dans le superbe film d’Albert Serra, La Mort de Louis XIV. Desplechin l’a dit, la fantaisie de Jean-Pierre Léaud, qui a toujours vécu sur un fil, a bouleversé sa vie. La nôtre aussi. Dans son discours, Jean-Pierre Léaud a remercié les grands cinéastes avec lesquels il a tourné : François et Jean-Luc, mais aussi Pasolini, Assayas et, bien évidemment Kaurismäki (qui a reçu cette année Le Carrosse d’or à la Quinzaine des réalisateurs). Léaud s’interroge toujours aujourd’hui, comme André Bazin, sur cette énigme : « Qu’est-ce que le cinéma ? ».

Un intermède « musiques de films » mené par le merveilleux Ibrahim Maalouf nous a emballés.

Enfin, place aux prix : cette année, les membres du jury, à tour de rôle, sont venus aux-mêmes les remettre, embrassant les lauréats dans une belle convivialité. On remarque forcément les absents du palmarès, surtout Toni Erdmann de Maren Ade et Elle de Paul Verhoeven. Mais c’est aussi le jeu.

- Le Prix d’interprétation masculine a été décerné à l’acteur iranien Shahab Hosseini (qui jouait déjà dans La Séparation) pour le film d’Asghar Farhadi, Le Client. L’acteur a remercié son père, au Paradis (« Que son âme soit joyeuse, comme elle le doit »), et son peuple : « Ce prix, je le dois à mon peuple, c’est à lui que je le rends ».

- Le Prix du Jury a récompensé Angela Arnold pour American Honey, grand film fleuve et âpre sur l’adolescence.

- Le Prix d’interprétation féminine a été attribué à l’actrice philippine Jaclyn Rose pour le film de Brillante Mendoza, Ma’ Rosa. L’actrice, montée sur scène avec sa fille, s’est montrée extrêmement touchée.

- Le Prix du scénario a été décerné à Asghar Farhadi pour Le Client.

- Le Prix de la mise en scène a été partagé entre deux ex æquo, mais que nous adorons tous les deux : Olivier Assayas pour Personal Shopper et Cristian Mungiu pour Baccalauréat. Olivier Assayas, d’une voix tremblante, a remercié très vivement le jury et Cannes, soulignant aussi son admiration pour le cinéma de Mungiu. Cristian Mungiu a remercié Cannes pour son soutien au cinéma d’auteur, petite niche précieuse. Nous aimons de tout cœur ces deux grands cinéastes !

- Le Grand Prix a récompensé Xavier Dolan pour Juste la fin du monde, grand coup de coeur de Yaël et Geoffrey. Dans un discours ému, Dolan a rappelé que la violence devait sortir comme un cri ou comme un regard qui tue, et (citation d’Anatole France) qu’il préférait la folie des passions à la sagesse de l’indifférence. « J’espère tellement ne pas avoir déçu Jean-Luc Lagarce » a lancé Dolan. « Tout ce qu’on fait, dans la vie, on le fait pour être aimé, pour être accepté ». Les critiques contrastées ? « Plus je grandis, plus je me rends compte qu’il est difficile d’être compris. Mais, aujourd’hui, je me connais de mieux en mieux ». Xavier Dolan n’a pas encore la palme, mais ce sera très certainement pour une prochaine fois.

- Car la Palme d’or a été décernée à Ken Loach, pour I, Daniel Blake. Un choix absolument incontestable. Ken Loach est un très très grand cinéaste (déjà palmé d’or pour Le vent se lève, et récompensé à de multiples reprises), qui offre aux gens du cinéma, mais aussi une vision politique, un esprit de lutte sociale et du réconfort (Raining Stones, Sweet Sixteen, L’Esprit de 45, notamment). La salle était debout. Fustigeant les règles du monde néolibéral, Ken Loach a clôt son discours par ce souhait « Un autre monde est possible et nécessaire. »

visuels: affiche du 69e festival de Cannes.


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COMMENTAIRES:

  1. Matthias Turcaud

    Un palmarès qui écarte beaucoup de films qui semblent très bons comme « Toni Erdmann » notamment, mais aussi « Aquarius », « Loving » ou « Paterson ». Assez à côté de la plaque !

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