[Interview] Vincent Macaigne vous parle de son premier film « Pour le Réconfort »

25 octobre 2017 Par
Gregory Marouze
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Toute La culture a beaucoup aimé le premier long-métrage au cinéma de Vincent Macaigne, Pour le Réconfort, qui sort le 25 octobre. Aussi, nous avons voulu en savoir un peu plus sur les méthodes de travail du scénariste-réalisateur et ses intentions sur ce film. Rencontre avec Vincent Macaigne par Toute La Culture.

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C’est votre premier long-métrage au cinéma. Y avait-il, d’une certaine façon, quelque chose de vital à ce que cette histoire existe au cinéma et non pas au théâtre. Et pourquoi?

Vincent Macaigne: Je trouve que ce n’est pas un film à voir avec peu de gens. En tout cas moi je n’aimerai pas. C’est un film que j’ai construit bizarrement, un peu comme une tragédie grecque. Celle-ci a été inventée, dans un sens, comme une catharsis politique. Un premier personnage vient et dit « Moi je pense ça » et le public se dit que ça a l’air juste, puisqu’il le dit. Un autre personnage arrive et remet ces croyances à zéro « Moi je pense ça, mais toi tu as tort là-dessus » et voilà le public partagé entre les deux. D’un coup, un troisième arrive et amène la tragédie en donnant une troisième piste. Là encore une fois la tragédie grecque agit sur le public. Les pièces ne sont pas construites à l’intérieur de la fiction mais sur lui, le public. C’était vraiment une action politique. Aujourd’hui, il y a beaucoup de films très différents. Dans ce qu’on peut voir dans le flux, mon film n’est pas le plus classique. J’ai essayé de faire en sorte que les scènes soient adressées à deux personnages mais aussi au public. Il y a un rapport avec la salle, j’ai l’impression que ce n’est pas une expérience solitaire avec le film. Un peu comme dans les travaux de David Lynch. Je trouve que ça n’a pas trop de sens de voir le film tout seul ou avec peu de gens. Il y a du coup un effet qui ne passe pas, de l’ordre du politique. Le moment présent, le truc organique du théâtre, je voulais voir comme je pouvais le transposer.

C’est une forme de liberté supplémentaire que vous avez trouvé dans le cinéma qui n’existait peut être pas au théâtre?

V.M. : Le théâtre ça va vite, c’est un accident. Quand les acteurs jouent, pour moi ils tuent le metteur en scène. Ils doivent le faire, ils doivent pisser dessus pour bien jouer. Quand je filme, je vole quelque chose aux acteurs, donc c’est presque le système inverse. A certains moments, le théâtre peut complètement m’épuiser: comment recréer l’accident tous les jours? Au cinéma il y a quelque chose de peut être plus littéraire et de posé, qui me permet de travailler ailleurs, sur une autre dialectique. Ce qui ne veut pas dire qu’il y a moins d’énergie. Ce n’est pas le même rythme de travail, ni les mêmes questions, ni la même folie. En effet, ça m’apporte un truc très grand. Bizarrement, le cinéma n’a pas la même culture du texte. J’aime bien enregistrer des textes, des gens qui parlent. Le documentaire le fait plus. J’avais cette idée là quand j’ai commencé à tourner et que je ne savais pas encore que ça allait faire un film avec des longs moments de textes, des longs moments avec les acteurs, des pensées qui s’entrechoquent. Et faisant avancer la dramaturgie avec une parole assez active qui divise le public.

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Ça a l’air très important quand on voit le film pour vous les rapports de classe? Comme une sorte de fascination…

V.M. : Ce n’est pas une fascination. Je travaille avec des acteurs qui sont dans les plus grands théâtres public et qui vivent dans 20m². J’ai honte, en tant que metteur en scène. Je suis le patron de ça. J’ai honte de ne pas pouvoir payer les gens suffisamment pour qu’ils en vivent, j’en ai les larmes aux yeux. Donc ce n’est pas une fascination, je suis terrorisé par ça. Les gens pensent que quand untel joue à l’Odéon il vit bien, mais ce n’est pas vrai. On fait croire à des gens à la méritocratie et c’est terrible. Si ca ne marche pas alors c’est la République qui ne marche pas. Quand tu fais HEC si tu n’es pas dans certains endroits, tu n’as pas autre chose que des stages. Ils ont carrément institutionnalisé ça. C’est terrible.

On parle de tragédie, le film est une adaptation libre de Tchekhov (ndr : La Cerisaie). Et si je vous dis que j’ai vu aussi le film comme une comédie?

V.M. : C’est vrai aussi. Il y a beaucoup de gags dedans, beaucoup d’humour caché. Après les gens rigolent ou ne rigolent pas. Notamment le fait que les vieux soient l’avenir. C’est pas si drôle que ça parce que c’est vrai [Il rit]. Ca m’a bien fait rire. Je voulais faire ce petit dialogue et je voyais tout ces gens un peu vieux derrière et je trouvais ça marrant qu’ils disent ça.

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J’ai l’impression que dans Pour le Réconfort, il y a de la psychologie, mais un refus du psychologisme et qu’on doit, en tant que spectateur, se débrouiller avec ça. Pour vous, c’est important le hors champ?

C’est extrêmement important dans le film, oui. Le hors champ, c’est le public pour moi. La question du psychologisme est une vraie question; il y en a beaucoup et ça interroge le spectateur. Qu’est ce que vous en pensez, vous? Même Shakespeare, et la tragédie en règle générale, c’est ça. C’est bizarrement écrit parce que le spectateur est comme un acteur.

Que vouliez-vous à tout prix éviter avec ce film ? Ou à tout prix réussir ?

V.M. : Je voulais éviter la malhonnêteté. J’ai fait Dom Juan (ndr : Dom Juan et Sganarelle pour Arte) avant parce que c’était une commande et que ça me permettait de travailler. Je n’ai pas fait d’école de cinéma, je n’ai pas de parcours. J’ai besoin de comprendre une grammaire. De ne pas avoir de compte à rendre et de le faire à ma façon. Dire quelque chose aux gens et ne pas abandonner l’espoir d’être entendu. Au théâtre c’est pareil, quand les acteurs jouent mal, je leur dis « Vous ne jouez pas juste ce soir, parce que vous n’avez pas eu l’espoir d’être compris. »

Interview réalisée à Lille par Grégory Marouzé le lundi 16 octobre 2017. Retranscription Guillaume Laguinier. Remerciements au cinéma Le Majestic de Lille et à UFO Distribution.

Visuels: © UFO Distribution

Pour le Réconfort de Vincent Macaigne avec Pauline Lorillard, Pascal Rénéric, Emmanuel Matte, Laurent Papot, Joséphine de Meaux, Laure Calamy. France, 2017.

Sortie le 25 octobre 2017

Durée: 1h31