[Interview] Le fabuleux trio de Corniche Kennedy répond à nos questions

22 janvier 2017 Par
Hugo Saadi
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En salles depuis mercredi dernier (la critique ici), Corniche Kennedy, le nouveau film de Dominique Cabrera séduit notamment par la chaleur qui se dégage du triangle amoureux. Un trio bouleversant composé de Lola Creton, Kamel Kadri et Alain Demaria que TLC a rencontré.

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Comment, en tant qu’acteurs non professionnels, vous êtes-vous retrouvés sur le tournage de Corniche Kennedy ?

Kamel : Avec Alain et notre bande d’amis, on plonge souvent sur la corniche à Marseille. Depuis quelques jours on avait remarqué que la police passait régulièrement, nous regardait, mais on ne savait pas trop ce qui se tramait. Alors un jour, quand Dominique nous filmait, j’ai mis la main sur son téléphone pour l’en empêcher. On a commencé à discuter, c’est une personne très gentille, mais toute la bande ne voulait pas forcément apprendre à la connaître et ne souhaitait pas se livrer, mais ils ont accepté de dîner avec elle. À ce moment-là, elle raconte avoir ciblé quatre jeunes de la bande, dont Alain et moi, pour raconter nos expériences et l’aider dans l’écriture du film et des dialogues écrits en parisiens pour les adapter en marseillais courant (rires) !

Vous avez vite accepté de travailler avec elle ?

Kamel : C’est au bout de deux ans de collaboration qu’elle nous a dit qu’on allait être les deux personnages principaux. Elle a reconnu qu’ils n’auraient pas autant de caractère ni de sincérité s’ils étaient joués par des acteurs professionnels, car ces rôles c’était notre quotidien. On a difficilement accepté, mais on l’a fait.

Alain : Elle nous a coaché pour faire des exercices de danse, de respiration, de gestuelle. On a joué une pièce de théâtre devant les fans du livre Corniche Kennedy et en présence de l’auteure, Maylis de Kerangal. C’était une sorte d’approbation de sa part pour faire le film derrière.

Et toi Lola, qu’est-ce qui t’a séduit dans le projet ?

Lola : Le scénario m’a tout de suite attirée. La présence des décors qu’on ressent déjà à l’écriture. C’est Marseille, le ciel, la mer et puis la corniche, les corps et la peau. Le scénario était très délicat.

Lola, novice dans l’art de plonger, Alain et Kamel dans l’art de jouer, il y a eu un échange d’expériences entre vous trois ?

Lola : À une semaine du tournage je suis arrivée à Marseille pour m’entraîner au saut. J’étais tétanisée et j’avais peur à seulement un mètre et demi de hauteur ! Tout le monde se disait « elle ne va jamais y arriver »… Mais au bout de deux jours, j’y suis arrivée grâce aux garçons qui étaient toujours là lors des entrainements.

Alain : Elle ne nous donnait pas spécialement des conseils, mais parfois elle nous faisait comprendre des choses.

Kamel : Oui, ça s’est fait naturellement, sans mots posés sur des situations.

Quelle était votre plus grande appréhension avant ce plongeon dans le bain du cinéma ?

Kamel : De rencontrer les acteurs professionnels. Lola Creton, Aïsa Maïga, Moussa Maaskri, c’est une belle équipe, des gens qui pèsent. Mon personnage a beaucoup de scènes poignantes, avec la mafia, au commissariat donc je savais que j’allais partager du texte avec des grands acteurs. J’étais donc anxieux de jouer face à eux et de ne plus savoir enchaîner, tellement leurs prestations sont impressionnantes. Au final, tout s’est bien passé car avant le tournage on a apprit à se connaître et il y a eu un vrai partage.

Si l’on faisait un rapprochement de la fiction à la réalité, à combien de pourcentage vous sentez-vous par rapport à vos personnages ?

Lola : Assez moyennement. Je suis très rarement d’accord avec mes personnages, je ne les comprends pas. Dans Un Amour de jeunesse, le film de Mia Hansen Love, c’était également le cas car je n’avais pas vécu ce genre d’histoire amoureuse. Mais c’est une force. Je n’essaie pas de comprendre, je le fais, je lis le scénario et il suffit que je comprenne la trame narrative et ensuite c’est une question de direction d’acteur. J’ai toujours un petit duel avec mes personnages, c’est ce qui m’intéresse.

Alain : À 100% ! Tout ce que je fais dans le film, je l’ai déjà fait. C’est ma vie, il n’y a pas de rôle de composition. Bien sûr, tout était écrit, les dialogues qu’il fallait apprendre par cœur, mais ce que je racontais c’est ce que je vivais à la base chez moi, dans mon quartier, à la corniche. C’était notre langage, mais c’était dur car j’ai une forte dose de dyslexie que j’ai réussi à surmonter.

Kamel : Quand tu vois que mon personnage vole de la cocaïne à ses patrons qui le traquent et le rendent fou, et bien malheureusement ça m’est déjà arrivé de le faire. C’est comme ça. En théorie, mon personnage me ressemble presque à 100%. En théorie car dans les situations, les détails sont différents.

Votre trio marche parfaitement à l’écran, il a perduré après le tournage ?

Kamel : Il y a la même relation qu’au moment du film.

Lola : On a fait beaucoup de projections et de festivals ensemble depuis. A chaque fois qu’on se revoit c’est comme quand on s’est quittés la fois précédente. C’est très naturel comme relation.

Alain : Oui, c’est comme au premier jour.

Après ces premiers pas dans le cinéma, vous avez envie de continuer là-dedans ?

Kamel : À fond. La préparation du tournage m’a beaucoup appris. À la fin du tournage, tout le monde est retourné à ses occupations, mais j’ai décidé de continuer. J’avais toujours cette force en moi donc j’ai rencontré les différents directeurs de casting de Marseille qui m’ont bien accueilli. Depuis, j’ai tourné dans une pub, un court et un long métrage. Le cinéma m’apprend beaucoup.

Alain : J’aimerais bien, ça a été une très belle aventure. Espérons qu’il y ait une petite toile, mais je sais que c’est un milieu assez dur.

Et toi Lola, il y a un rôle que tu rêverais de faire ?

Lola : Il y en a tellement. Être comédien, c’est ne pas avoir de limite de jeu. J’aimerais énormément jouer dans un film d’action avec des flingues ! Mais lorsqu’on est comédien, le plus beau cadeau, c’est de nous offrir un rôle auquel on n’avait même pas pensé.

Un secret autour du film à nous révéler ?

Kamel : Alain, il plonge de 23 mètres sans sourciller, mais qu’est-ce qu’il a eu peur de faire un bisou à Lola, c’est affolant ! (Rires)

Alain : Non ce n’est pas vrai, c’est un menteur… Oui je suis timide !

Lola : Non ce n’est pas un menteur ! (rires). Sinon, le secret c’est que oui on est en maillot de bain pendant tout le film, mais entre chaque prise on devait porter des doudounes car il faisait froid et l’eau était bien fraîche !

Vous n’avez pas peur que désormais on vous squatte votre spot de la corniche ?

Kamel : Si si !!

Alain : Pas du tout. Je m’en fous. Toutes les années, j’y suis et si je croise des personnes qui peut-être n’y seraient jamais allées avant, ça me ferait plaisir. S’il le faut, je leur apprendrais même à sauter !

Remerciements Claire Viroulaud et Mathilde Cellier

Visuel © Hugo Saadi