Gimme Danger, Jim Jarmusch et Iggy Pop face à face

1 février 2017 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Seulement un mois et demi après le poétique Paterson, Jim Jarmusch revient avec un  film sur un groupe qu’il adore, The Stooges. Un presque documentaire à la fiction effleurée.

Faire l’histoire d’une mythologie, c’est à cela que Jim Jarmusch s’amuse. Oui,une mythologie car selon le réalisateur de Stranger than Paradise, The Stooges a révolutionné le rock. Rien que ça. Jarmusch est musicien, il était à l’avant-poste lors de la vague no-wawe avec son groupe The Del-Byzanteens et il a fait saturer les guitares avec Sqürl depuis. Il faut donc voir Gimme Danger comme un film de fan. Présenté à Cannes en séléction officielle hors compétiton, il avait suscité des réserves.

On reprochera à cet « essai », comme le cinéaste aime à définir cet objet,  son rythme justement ni saturé ni alangui. On a du mal à retrouver le cinéma de Jarmusch ici. La poésie de Paterson, le désir de Only Lovers, les errances de Dead Man.... La forme est classique, bien trop classique. Il s’agit d’une interview, plan souvent serré, d’Iggy Pop, ponctuée d’images d’archives. C’est là que le sujet devient intéressant à double titre.

D’abord du point de vu de l’histoire de la musique. The Stooges était à l’avant-garde. Nous sommes en 1967 à Ann Arbor dans le Michigan,  Iggy Pop, le batteur devenu chanteur est le leader charismatique et agité du groupe en compagnie du  guitariste Ron Asheton, du batteur Scott Asheton et du bassiste Dave Alexander. Le groupe devient iconique en amenant un son déstructuré qui préfigure totalement le mouvement punk. Il est assez drôle quand on y pense que Jarmusch ait donné comme titre à son film un slow des Stooges. Et pas n’importe le quel, le titre « Gimme Danger » se trouve sur l’album Raw Power, sorti en 1973, les Stooges sont en train de crever alors. Ils vont se séparer en 74, englués dans les addictions à la drogue et lâchés par l’industrie musicale.

Ensuite, pour les insertions dans l’histoire américaine, notamment avec un shoot d’images issues des émeutes anti-racistes à Détroit en 1967 qui ont fait 23 morts et 2000 blessés. Les policiers blancs jetèrent alors les noirs en prison. C’est dans ce contexte que la rage des Stooges arrive et étonnamment, le groupe n’a rien de politique, la seule chose qui les anime est la quête du « cool ». Un peu la « loose » tout de même quand on y pense !

On sort de là avec « I Wanna be your dog », LE tube , repris par tous, de Bowie à Emilie Simon, c’est dire le spectre.  Mais, on sort un peu déçus de voir Jarmusch si peu enclin d’habitude à s’attacher à l’histoire, choisir de faire un film chronologique. Cela donne un effet de traitement du sujet en surface alors qu’en réalité on est en droit de penser que l’objectif n’a jamais été d’expliquer les Stooges…

Visuel : Ed Caraeff/ Le Pacte