Comme des garçons : un film qui met les footballeuses à l’honneur

20 avril 2018 Par
Aurore Garot
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La tension est à son comble dans les gradins du cinéma UGC Bercy ce jeudi 19 avril. Après vingt minutes d’attente, le réalisateur Julien Hallard débarque sur le terrain avec son équipe d’actrices-footballeuses (Vanessa Guide, Solène Rigot, Carole Franck, Delphine Baril, Zoé Héran, Julie Moulier, Sarah Suco, Mona Walravens) et ses acteurs-entraîneurs (Max Boublil et Bruno Lochet) devant des centaines de supporters-spectateurs qui s’apprêtent à voir un match inédit, révélant la première équipe de foot féminine officielle de France, à travers une comédie coup de gueule et drôle, Comme des garçons, en salle le 25 avril.

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Une équipe fort amusante se déploie donc sous nos yeux. Entre les actrices qui racontent les difficultés des entraînements de foot pour lesquels elles sont « parties de très loin ! » et Max Boublil qui se compare à un vendeur de merguez en voulant exprimer sa fierté d’avoir joué dans un tel film, le résultat ne peut être que drôle. « Nous sommes heureux qu’un sujet comme celui du foot féminin soit abordé au cinéma » déclare l’équipe. Car Comme des garçons est avant tout un constat ; même dans le milieu sportif professionnel, les femmes ont dû lutter pour exister et pour être reconnues dans une société encore plus patriarcale qu’elle ne l’est aujourd’hui. Julian Hallard a su aborder ce sujet sérieux à bras le corps, en ajoutant la bonne dose d’humour et de légèreté qui a comblé la salle, riant de bon cœur sur les mouvements de cheveux de Max Boublil, coiffé à l’occasion comme dans les années 70, et sur la chansonnette récitée par les « cramponneuses ».

« On va changer les mentalités » « on va avoir une vraie reconnaissance » déclare avec conviction Paul Coutard (Max Boublil) au cours du film. Le journaliste extravagant et dragueur incarné par l’humoriste et acteur français, devient au fur et à mesure un personnage attachant, plus engagé que jamais pour que les femmes aient les mêmes droits que les hommes sur un terrain de foot. Obligé d’organiser la kermesse annuelle du journal, il décide d’offrir une animation « peu commune » au public : un match de foot féminin, une idée inconcevable en 1968. Emmanuelle Bruno (Vanessa Guide), secrétaire de rédaction et fan de foot, se retrouve embarquée dans cette « idée folle » avec plusieurs autres femmes qui ont candidaté. Elles forment ensemble la première équipe de foot féminine de France… Mais sans la licence et en étant obligées de demander une autorisation signée par leur père/frère/mari pour jouer.

Un scénario qui est loin d’être fictionnel, car Julian Hallad s’est inspiré de l’histoire des vraies pionnières du foot féminin originaires de Reims pour faire son film. En partant à leur rencontre, il découvre l’histoire de femmes qui se sont battues pour obtenir le droit de jouer en division en toute liberté, comme les hommes, auprès de la Fédération Française de Football qui ne voulait pas délivrer de licences féminines. Ce qui n’était qu’une provocation, une blague, une « animation » s’est transformée en un véritable combat féministe en France.

A travers ce film, c’est aussi un ensemble de préjugés et de remarques sexistes qui fusent à droite à gauche, et qui nous transporte dans le monde sportif (masculin) des années 70…(et malheureusement d’aujourd’hui)… Mais c’est aussi une période de libération de la parole des femmes que nous montre Julian Hallad, notamment grâce au coup de gueule d’Emmanuelle qui, en entrant dans le bureau des hommes costumés qui ne la laissent pas jouer, offre un speech puissant, extrêmement juste et simple qui a fait sourire beaucoup de spectatrices dans salle. Et pour cause. Qu’est-ce que c’est bon d’entendre dans une salle de cinéma en 2018 que les femmes ont le droit de faire ce qu’elles veulent, sans que personne dans la pièce ne remette ça en cause !

Comme des garçons n’est pas un chef d’œuvre cinématographique, il ne deviendra pas un classique du cinéma français. Mais c’est un film qui fait du bien. Car il rappelle que c’est avec leur détermination que les footballeuses rémoises ont réussi à obtenir leur licence. C’est donc avec la même détermination, que nous continuerons à faire évoluer la représentation et les droits des femmes autant dans les milieux sportifs, qu’ailleurs.

Visuel : ©Affiche