[Festival Biarritz Amérique latine] « la défense du dragon » beau film colombien sur un coeur en hiver

29 septembre 2017 Par
Olivia Leboyer
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Sélectionné à la Quinzaine cannoise, La défense du dragon surprend par sa simplicité abrupte et son charme tenace. Portrait de trois hommes d’âge mur confrontés à leurs angoisses et choix de vie, le film distille une mélancolie énergique et vivace.

La défense du dragon, c’est un coup, au jeu d’échecs. Au sens figuré, c’est aussi l’attitude défensive dans laquelle se mure Samuel (extraordinaire Gonzalo de Sagarminaga), surdoué des échecs mais peu adapté aux règles de la vie conjugale et sociale. Ce loup solitaire côtoie deux amis, Joaquin l’horloger et Marcos le médecin, assez isolés eux aussi. Le premier, au bord de la faillite, attend, comme pétrifié, que ses montres de collection lui indique l’heure de plier boutique pour quitter la scène. Le second affiche des estampes du Kamasutra sur ses murs mais se contente d’une liaison vaguement honteuse avec sa secrétaire, une gentille femme de son âge. Tous trois, en quelque sorte, ont renoncé à quelque chose, et surtout Samuel.

Ses amis le disent à plusieurs reprises, il possédait une sorte de génie des maths et des échecs. Mais, allez savoir pourquoi, la réussite ne l’intéressait pas tant que cela et il a bifurqué sur des sentiers de traverse, plus obscurs. Sa femme l’a quitté pour un homme nettement plus riche et moins fin. A cet instant du jeu, sa vie connaît un coup d’arrêt. Natalia Santa filme, avec beaucoup d’humanité, la renaissance d’un homme qui avait cessé d’espérer. Habillé de gris, confiné dans une petite pension, Samuel rapièce lui-même ses pulls et se remémore le temps lointain où sa maman repassait ses draps pour en ôter l’humidité. De la vie, il n’attend plus gran-chose, il s’est rangé sur le bas-côté. Evidemment, son air sombre et magnétique attire l’attention de quelques femmes, et même de jeunes filles. A toutes, Samuel oppose un refus poli, car il n’a rien à offrir en échange. Mais la vie est plus têtue que les sages résolutions, et un petit miracle pourrait bien advenir.

Loin des clichés romantiques, Natalia Santa saisit des silences embarrassés sur un canapé, une brouille dommageable entre amis, des regards fébriles et décisifs lors d’une partie d’échecs, les lumières tristes de Bogota, les efforts pour, malgré tout, continuer à vivre. La réalisatrice colombienne Natalia Santa s’est inspirée des photographies de son mari pour dresser ces portraits de solitudes croisées : un kaléidoscope, des pigeons sur une fenêtre, un dessin sur un mur, elle capte des images, des eaux fortes. Et le charme de Samuel tient, bien sûr, à son désenchantement : désimpliqué, hors-jeu, il suscite le trouble et l’intérêt. Dans ce rôle, Gonzalo de Sagarminaga impose une présence-absence magnétique. Dans la foule, anonyme, tout mince dans son petit blouson, le vieil homme trouve, soudain, un nouvel élan.

La défense du dragon (La defensa del dragon), de Natalia Santa, avec Gonzalo de Sagarminaga, Hernan Mendez, Manuel Navarro, Maia Landaburu. Festival de Biarritz Amérique latine, sélection officielle.