[Festival Biarritz Amérique latine] mention spéciale du jury pour « As boas maneiras » un superbe conte horrifique brésilien

30 septembre 2017 Par
Olivia Leboyer
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boas-maneiras

Ce film brésilien a créé la surprise : un conte horrifique passionné, inventif, cruel, qui vous happe totalement. Nous aurions volontiers donné l’Abrazo d’or à ce film étonnant, qui a, assez logiquement, remporté la mention spéciale du jury (tout comme à Locarno, où As boas maneiras a été distingué par le jury).  L’Abrazo d’or est décerné à La Familia du vénézuélien Gustavo Rondon Cordova, que nous découvrirons demain (le film avait fait l’ouverture du festival, lundi).

L’année dernière, Julia Ducournau nous a offert avec Grave un superbe film d’horreur, nous rappelant à quel point ce genre très codifié permet d’exprimer la profondeur et l’ambiguïté des sentiments.

Ici, les bonnes manières du titre, charmantes et policées, recouvrent des pulsions plus tumultueuses. Construit comme un conte, le film s’ouvre sur Clara, une jeune femme noire, qui pénètre dans un endroit mystérieux : un immeuble de Sao Paulo. Elle postule pour un poste de nounou, d’un bébé à naître. Riche et belle, Ana, la jeune femme enceinte paraît aussi très seule dans son grand appartement. Peu à peu, Clara remarque des modifications étranges dans le comportement d’Ana. Sans dévoiler les événements tournants, typiques de la structure du conte, disons seulement que les deux réalisateurs parviennent à installer un climat d’angoisse latent, très prenant. Dans ce petit monde de femmes, l’intimité et la sensualité vont entrer en jeu.

Comme dans Rosemary’s Baby de Polanski, la grossesse est filmée de manière oppressante. De quoi la mystérieuse Ana est-elle grosse ? As boas maneiras peint avec finesse la part de sauvagerie de l’amour. Ce que l’on aime, ce qui nous terrifie, ce qui nous attire irrésistiblement vers le monstrueux, ces thèmes imprègnent le film, qui suit une pente de plus en plus folle, et parfaitement maîtrisée. Juliana Rojas et Marco Dutra puisent dans les contes de l’enfance, dans les dessins animés de Walt Disney, dans les fables de Brecht ou les opéras, somptueux et tragiques. Très personnel, leur film nous saisit : les deux actrices vibrent d’émotion et de sensualité.

Puis, « l’enfant » incarne, lui aussi, des sentiments exacerbés et contradictoires. Et, au cinéma, on le sait, montrer le monstre est toujours risqué: ici, les effets spéciaux sont réussis, et la peur vient aussi de ce que l’on voit, frontalement. Ce que l’on voit, ce que l’on cache, aux autres ou à soi-même, ressort soudain avec violence. L’amour et la confiance suffisent-ils à transformer la nature de quelqu’un ? On pense à La Belle et la Bête, au dessin animé japonais Les enfants-loups, même à La Nuit du chasseur. Comptines enfantines, chansons populaires portugaises, la musique accompagne les rebondissements. Mais, si les références viennent naturellement, elles n’écrasent jamais le fil du film, qui conserve toute sa singularité.

Une vraie découverte, précieuse.

As boas maneiras, de Juliana Rojas et Marco Dutra, Brésil, 127 minutes, avec Isabel Zuaa, Marjorie Estiano, Miguel Lobo, Cida Moreira. Festival de Biarritz Amérique latine, Sélection officielle.

visuels: affiche du festival; photo officielle du film.