Deauville Jour 5 « Brooklyn Yiddish » très beau portrait d’un père à l’essai

5 septembre 2017 Par
Olivia Leboyer
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Un petit jour de battement, et le passage de relais de TLC est effectué. Ce mardi après-midi, ciel normand bien noir, mais jolie découverte avec Brooklyn Yiddish de Joshua Z Weinstein : Quelques jours dans la vie d’un homme ordinaire qui doit, selon les règles de sa communauté hassidique, céder la garde de son fils à son beau-frère. Joshua Z Weinstein filme à hauteur de Mensch. Beaucoup d’émotion, tout en retenue.

A rebours des scénari course contre la montre, tendus vers un happy end ou une issue fatale, Joshua Z Weinstein peint, par petites touches, le quotidien d’un homme sans grande envergure, encombré par son poids, par son histoire, par les règles strictes d’un milieu auquel il demeure attaché. Comment font les gens ? C’était le titre d’un beau film de Pascale Ferrand, qui irait bien aussi à ce Brookklyn Yiddish. Menashé (Menacé Lustig) sait qu’il n’a rien d’un père idéal : simple magasinier, vivant dans un petit appartement, il n’est pas riche. Il ne déborde pas non plus d’énergie, lesté par des dizaines de kilos en trop, qui le maintiennent dans une torpeur un peu résignée.

Mais il a néanmoins de l’amour à donner à son fils (adorable Ruben Niborski), et cela, il le revendique. Dans la tradition hassidique, si un homme perd sa femme, les enfants sont confiés à une famille avec une mère, le temps que le veuf se remarie. Menashé se rend compte qu’il ne peut pas enchaîner, sans temps mort, ces étapes obligées. Pour une fois, cet homme tranquille a besoin de souffler, et de se reprendre. Aussi demande-t-il au Grand Rabbin de lui accorder une semaine en tandem père-fils. Si l’entourage se montre sceptique, le Rabbin témoigne une certaine bienveillance. Alors Menashé tente d’organiser un quotidien, entre réveils difficiles, petit-déjeuners bâclés, au Nutella, cuites un peu déplacées. Veiller au bien-être d’un garçon de dix ans, ce n’est pas si évident et les choses grippent sensiblement. Mais Menashé sait aussi, tout à coup, dédramatiser par une grimace, un jeu de mots, une pirouette. Sa défunte femme ne lui manque pas – nous apprenons vite qu’il s’agissait d’un mariage arrangé, bancal dès le début – mais il aimerait, pour son fils, réussir un bon dîner en sa mémoire. Le Rabbin et sa belle-famille verraient ainsi qu’il peut être un homme responsable, un vrai Mensch. Rien n’est simple, et les embûches, au travail ou dans le petit appartement, se multiplient. Une ou deux scènes, de fête ou de repas, dérapent soudain, de guingois, et nous nous désolons avec Menashé. La musique yiddish, galopante ou triste, composée par Michoel Schnitzler, Beri Weber, Ytizchak Fuchs, irrigue magnifiquement le film.

Joshua Z Weinstein filme avec humanité ce combat qui n’a rien de spectaculaire (emmener son fils à l’école, liver quelques caisses de poisson, faire cuire un kugel digne de ce nom), mais qui serre le cœur du spectateur. Retrouver sa dignité de père, apprendre à se redresser dans la rue, à prendre à nouveau soin de son corps : Menashé s’était comme oublié, mis de côté, et nous assistons, émus, à son travail de deuil et de renaissance.

En sortant, comme Menashé, nous songeons à notre corps et nous dirigeons directement à la Villa Kiehl’s pour des conseils soin de peau/soin du corps personnalisés, dans un cadre cosy et chic.

Brooklyn Yiddish, de Joshua Z Weinstein, Etats-Unis, 1h22, avec Menashé Lustig, Ruben Niborski, Yoel Weisshaus, Meyer Schwartz. Festival de Deauville 2017, en compétition.

visuels: affiche et photo officielles du film.