[Critique]« Sieranevada », un film de famille éprouvant et nourrissant de Cristi Puiu

25 juillet 2016 Par Olivia Leboyer | 0 commentaires

sieranevada

Après La Mort de Dante Lazarescu (primé en 2005 à Une Certain Regard) et le très beau Aurora (2010), Cristi Puiu était cette année en compétition à Cannes avec Sieranevada. Un western ? En vase clos, dans un petit appartement, sans rien de spectaculaire. Geoffrey Nabavian, qui adore le cinéma de Puiu, avait été légèrement déçu par le film (voir la critique cannoise). Nous avons été touchés. A découvrir dès le 3 août.

Note de la rédaction :

Avec ce Sieranevada, nous ne pénétrons pas dans les grands espaces, mais dans un appartement étouffant, où une famille se réunit pour la commémoration qui suit l’enterrement du père, quarante jours après.

Le premier plan nous montre Lary et sa femme, en voiture, tentant de faire un créneau. La manœuvre est filmée en temps réel. Les petits gestes, les bribes de conversations, les mots répétés sont à l’opposé des raccourcis ou des répliques trop écrites fréquents au cinéma. Ici, chez Cristi Puiu, nous subissons, comme Lary, médecin (et qui n’a ni dormi ni mangé suffisamment avant d’entrer) le temps réel, lourd et oppressant, des choses de la vie. Une fois dans l’appartement, nous sommes pris au piège, happés par le flux incessant des récriminations de la sœur Sandra, par les monologues avinés du cousin Sebo obsédé par le terrorisme, par les jérémiades de la tante Ofélia, par la gentillesse exaspérante de la mère, par les piques d’une étrange vieille bique encore attachée au communisme, par les intrus de tout poil.

Les échanges se croisent, charriés d’une pièce à l’autre, dans une cacophonie ouatée, pleine de fatigue. Le ressassement se poursuit comme un étirement du temps, un peu hypnotique. Les discussions sur la politique ou la religion, souvent maladroites, argumentées n’importe comment, n’ont rien de très flamboyant. Comme souvent, dans la vie. Nous comprenons peu à peu l’histoire de cette famille sans secrets extraordinaires, avec son lot de souvenirs et de regrets. Justement, les souvenirs ne nous sont pas imposés par des flash-backs, comme dans le tout-venant des sagas familiales. Du coup, lorsque Lary évoque enfin son père, au bout de deux heures et quelques, l’émotion nous frappe vraiment.

Ce déjeuner de famille brinquebalant dure trois heures, au cours desquelles la nourriture occupe l’écran, passe d’une pièce à l’autre. Réchauffés, refroidis, oubliés, desservis, les aliments attendent que les membres de la famille se calment et mangent enfin.

Sieranevada est une épreuve, et un très beau film, qui nous accable, nous émeut et nous nourrit.

Sieranevada, de Cristi Puiu, Roumanie, 2h53, avec Mimi Branescu, Dana Dogaru, Sorin Medelini, Ana Ciontea. Sortie le 3 août 2016.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film.


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