[Critique] »Patries », Cheyenne Marie Carron offre une belle réflexion sur l’identité

16 octobre 2015 Par
Olivia Leboyer
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Dans Ne nous soumets pas à la tentation et le très beau La Fille Publique, Cheyenne Carron filmait des jeunes filles en mal d’appartenance. L’Apôtre parlait de la quête de transcendance, autre forme de famille. Dans son nouveau film, Patries, Cheyenne Marie Carron s’interroge sur l’identité, les racines et le racisme. Et dans ces deux films, ce sont des jeunes hommes que l’on suit. Des thèmes forts, traités avec une belle sensibilité. A découvrir dès le 21 octobre.

Le film s’ouvre sur un tandem père-fils à vélo, au cœur d’une banlieue parisienne grise et morne. Le jeune homme décrit un paysage idyllique, ensoleillé et vert : aveugle, le père fait semblant de le croire, en riant. Ni le handicap du père, ni la pauvreté relative de la famille (la mère vient de retrouver un emploi dans ce coin, après avoir essuyé de nombreux refus) ne sont appuyés. Comme à son habitude, Cheyenne Marie Carron regarde ses personnages avec humanité et bienveillance, sans jamais forcer le trait.

Pas de misérabilisme : Sébastien (Augustin Raguenet) et ses parents sont ouverts aux autres et enclins à s’accommoder de leur nouvelle situation. Rapidement, d’ailleurs, Sébastien rencontre Pierre (Jackee Toto) et le courant passe immédiatement. Nous suivons la naissance de cette amitié naturelle, entre un habit africain offert en cadeau de bienvenu et les invitations au sein des familles respectives. Tout paraît aller de soi, mais Sébastien se rend vite compte que, dans la bande d’amis de Pierre, tous ne voient pas son arrivée d’un si bon œil. Et, soudain, c’est l’attitude de Pierre qui change.

Discussions au café sur la composition de l’équipe de France, évocation d’un ami camerounais reparti au pays, difficultés à trouver un travail, autant de scènes justes, qui révèlent un malaise persistant. Seb, Pierre et leurs familles ont beau être animés de la meilleure volonté, quelque chose va se briser.

Dans ce récit complexe, les événements se répondent par glissements. Peu à peu, nous quittons le point de vue de Seb pour épouser celui de Pierre, lui aussi en quête d’identité. S’il vit dans cette banlieue depuis longtemps, le jeune homme va se mettre à rêver de son Cameroun natal. A la faveur d’une conversation un peu mystique avec une jolie voisine, de quelques discussions entre copains, et de ses quelques souvenirs.

Difficultés à vivre ensemble, tensions liées au rejet de l’autre, racisme anti-blanc, ces thèmes sont traités frontalement, avec courage et, surtout, avec délicatesse et intelligence. Scènes de skate-board, de repas de famille, un fou rire et une danse dans une cuisine, Cheyenne Marie Carron saisit des instants fragiles et précieux.

Sur l’affiche, les deux jeunes hommes ont le visage levé vers le ciel et les yeux fermés, comme pour prendre leur inspiration, avec ce verset de Matthieu: « Là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur« .  Ce film, fort et maîtrisé, offre une belle réflexion sur l’identité, thème évidemment central aujourd’hui.

Patries, de Cheyenne Marie Carron, France, avec Jackee Toto, Augustin Raguenet, Syvia Homawoo, Sandrine Salyeres, Sheeva Lawsonbody, Prudence Maidou, Alain Azerot, Anne-Dorothée Lebard, Christophe Derouet. Sortie le 21 octobre 2015.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film.