[Critique] « L’homme aux mille visages », scandale d’Etat espagnol aux résonances universelles

12 avril 2017 Par
Olivia Leboyer
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Après l’excellent La Isla Minima, bien poisseux, le réalisateur espagnol Alberto Rodriguez livre un film politique au rythme soutenu, sur un scandale d’Etat de grande ampleur. Sortie le 12 avril 2017.

De cet homme aux mille visages, Francisco Paesa (Eduard Fernandez), nous ne capterons qu’une expression impénétrable, presque reptilienne. Ancien espion, Paesa se voit proposer de mener une entreprise de lutte contre la fraude fiscale. Chargé d’endiguer la corruption, Paesa va se servir à pleines mains, montant une opération d’envergure qui implique directement le premier flic d’Espagne, Luis Roldan. L’histoire est vraie, et remonte à 1994. On peut s’étonner de constater qu’un scandale aussi retentissant en Espagne ait été assez peu médiatisé en France.

Est-il nécessaire de connaître précisément l’affaire pour apprécier ce film ? Non, car le cinéma touche, bien évidemment à l’universel. Paesa possède mille visages, et chacun peut méditer sur les liens troubles entre le monde politique, l’espionnage et l’argent. La force du film tient à son rythme, très cadencé : difficile de suivre l’enchaînement des manœuvres savamment élaborées, mais les montages financiers, les réseaux de prête-noms, cachettes, faux, et autres stratagèmes captivent. Paesa aime l’argent, le pouvoir, mais ne les obtient qu’au prix d’une course affolante et cependant réglée comme du papier à musique.

Nous suivons la cavale du ministre Luis Roldan, forcé de se cacher comme une bête traquée et qui, peu à peu, donne des signes d’essoufflement, de peur. Paesa, lui, conserve son calme, excité par des décharges d’adrénaline invisibles pour nous. A l’autre extrémité de cette chaîne de pouvoir, les « hommes de paille », qui tombent (dont Philippe Rebbot, que l’on a plaisir à retrouver ici en pauvre hère prêt à tout). Paesa s’enrichit, se venge du gouvernement, tire les ficelles, orchestrant jusqu’à sa mort, évidemment multiple.

Un personnage fascinant, et un film sec et nerveux, qui ne lâche rien et recèle un mystère captivant. Alberto Rodriguez traque la peur, les corps terrés dans des petites chambres, le bruit lourd et sensuel de la pluie battante, les petits yeux durs de Paesa, et ces impressions nous restent.

L’homme aux mille visages, d’Alberto Rodriguez, Espagne, 2h03, avec Eduard Fernandez, José Coronado. Sortie le 12 avril 2017.

visuels: affiche et photo officielles du film.


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