[Critique] « Le lion est mort ce soir » Jean-Pierre Léaud joue la mort, et s’y prépare

2 janvier 2018 Par
Olivia Leboyer
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Jean-Pierre Léaud, acteur prénommé Jean, se prépare à jouer la mort. Seulement, l’idée le met un peu mal à l’aise. Aussi retourne-t-il sur les traces de son passé, pour renouer le dialogue avec le fantôme d’une jeune fille tendrement aimée jadis.

Dans La Mort de Louis XIV d’Albert Serra, Jean-Pierre Léaud incarnait le corps mortel du Roi-soleil. Ici, il est un acteur à qui l’on demande de mourir, pour de faux, devant la caméra. Réflexion, mise en abyme, mais sublimée par une simplicité et un humour très ludiques par Nobuhiro Suwa.

En gros plan, le visage de Jean-Pierre Léaud, imperceptiblement, ferme les yeux, mimant quelque chose entre la mort et l’assoupissement. Y-a-t-il une différence bien nette ? Mourir, c’est peut-être ce passage sans heurt vers des rêves enfuis, tenaces, qui nous appellent. Le réalisateur (Louis-Do de Lencquesaing) voudrait que Jean, son acteur, montre une mort douce, apaisée. Lui, Jean, se rebiffe et s’en va.

Un peu comme dans le Broken Flowers de Jim Jarmush, Jean va tenter de revoir des femmes de son passé. D’abord une, aimée, puis une autre, la bien-aimée. C’est la gracile Pauline Etienne qui incarne ce doux fantôme, morte à vingt-trois ans. Dans la demeure où elle vivait, à la campagne, Jean réamorce un dialogue sans fin, triste et lancinant. Mais c’est compter sans une joyeuse bande d’enfants, apprentis cinéastes (aidés de loin par Arthur Harari, le réalisateur de Diamant noir), qui jouent, eux, à pourchasser le vieil homme, au cimetière ou dans la grande maison hantée (« C’est un gogol. Un vieux qui est méchant, quand même ! »).

« Portez ça ! » leur lance le vieux Jean, furieux de se voir traqué. Bon an mal an, les enfants suivent, s’étonnent, inventent une histoire rocambolesque, pas si éloignée de la réalité. A leur manière, naïve, ils comprennent beaucoup de choses.

Jean, à un moment, affirme : « La mort, c’est la Rencontre. Et on se prépare à cette rencontre entre 70 et 80 ans. », allant même jusqu’à dire que « le moment le plus intéressant de la vie d’un homme se joue entre 70 et 80 ans ». C’est ce moment, fugace, que Nobuhiro Suwa poursuit, comme un thème musical. Trouver la mort, au terme d’une aventure farfelue, escorté par de jeunes enfants, l’idée est belle. « Hé ben, il s’est pas foulé » lance un enfant devant la performance de Jean. La simplicité rayonne en effet de ce film, triste et souriant, plein d’humour.

Le lion est mort ce soir, de Nobuhiro Suwa, France, 1h43, avec Jean-Pierre Léaud, Pauline Etienne, Maud Wyler, Arthur Harari, Isabelle Weingarten, Noë Sampy, Louis-Do de Lencquesaing. Sortie le 3 janvier 2018.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film.