[Critique] « Faut savoir se contenter de beaucoup » : fable anarchiste et farfelue avec Noël Godin et Jean-Marc Rouillan

8 février 2016 Par Olivia Leboyer | 0 commentaires

Jean Henri Meunier a la caméra buissonnière et sauvage : il suit ici les tribulations, scénarisées et jouées, de deux anarchistes, bien différents mais amis, Noël Godin l’entarteur et Jean-Marc Rouillan (d’Action Directe). Bizarre, drôle, souvent dérangeant, le film intrigue (Au Festival Grolandais, Benoît Delépine a remis aux deux acteurs le prix d’interprétation). A découvrir en salles le 10 février.

Note de la rédaction :

Deux amis, anarchistes dans l’âme et vaguement vieillissants, décident de partir en Grèce pour faire sauter le système. Seulement, ils entendent faire les choses avec style et cherchent d’abord une Cadillac noire, indispensable pour la révolution.

On dirait presque une fable de La Fontaine. Le clown Auguste Noël Godin, toujours entre une pirouette et une minauderie, et le dur à cuire, Jean-Marc Rouillan, pour qui la lutte révolutionnaire impliquait de prendre des vies. Au fil de conversations très écrites et habilement cousues/décousues, les deux hommes livrent des bribes de réflexion sur le monde qui nous entoure : autour d’eux, certains se sont aigris, perdant leur légèreté pour se plonger dans des chicaneries sans fin. Les révolutionnaires des années 1970, désillusionnés, ont vieilli et se sont rangés, pour la plupart. Noël Godin et Jean-Marc Rouillan, eux, trouvent que l’esprit de la Commune « branle encore dans le manche ».

Il en est beaucoup question, de la Commune de 1871. Paul Lafargue (et son sympathique Droit à la paresse) ou Jean-Baptiste Clément sont salués en bonne et due forme, dans leur cimetière. Recueillement mais pas de « peine perpétuelle » en vue pour nos deux hors la loi, qui taillent la route librement, en stop ou à pied, jusque dans le Midi.

Trinquant à Ravachol, rêvant de grèves imaginaires ou des pirates de Stevenson, Noël Godin voit la Révolution sur un mode très romanesque, assez flou. Quant à Jean-Marc Rouillan, il croit dans l’action, mais plus tellement, en fait, car les temps, et lui aussi sans doute, ont changé. Donc, l’action se passe principalement dans les bistrots, à boire et draguer quelques jeunes femmes. Un clin d’œil, un peu maladroit, aux Valseuses de Blier, et deux ou trois envolées avec de belles furies effrontées, ponctuent ce voyage nonchalant, au but sans cesse différé.

Tant que la cadillac n’est pas disponible, il faut bien passer le temps. Et quand surgit Sergi Lopez, toujours aussi fou et magnifique, l’anarchie trouve naturellement ses lettres de noblesse. D’ailleurs, le film rappelle par instants le beau Western de Manuel Poirier, où l’amitié désoeuvrée de deux marginaux dérivait tranquillement à travers champs.

Au son de Vince Taylor, on peut encore crier : « A bas les fourmis ! Vive les cigales ! ».

Faut savoir se contenter de beaucoup, de Jean Henri Meunier, France, 1h20, avec Noël Godin et Jean-Marc Rouillan, et la participation de Miss Ming, Sergi Lopez, Bernardo Sandoval. Sortie le 10 février 2016.


Faut savoir se contenter de beaucoup: Trailer HD par cinebel

Visuels : (c) affiche, photo et bande annonce officielles du film.


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: